Un an seulement et on commémore l'attentat contre "Charlie hebdo" puis dans quelques mois on remettra le couvert.On s'apercevra ensuite qu'il n'y a pas de raisons d'oublier Merah, incontestable précurseur et modèle. En 2017 on aura ainsi droit à trois cérémonies, et prions Dieu que dans l'intervalle on n'ait pas matière à en ajouter d'autres. C'est sûrement l'intérêt du gouvernement d'essayer de maintenir ainsi une unité qui se lézarde, mais il y est puissamment aidé par les médias qui flattent peut-être un goût particulièrement développé dans le peuple français. Depuis le 13 novembre ce sont vraiment les grands cimetières à la Une. Les deux quotidiens favoris de Boboland nous ont infligé l'hagiographie de toutes les victimes qui semblaient - homogénéité de ce groupe social ou banalité d'expresion des journalistes - tous semblables, avant de se pencher sur le sort des survivants. Et comme nous sommes en janvier, je ne peux plus ouvrir un journal ou allumer son poste radio sans entendre le mantra "Charlie hebdo", au point d'en avoir la nausée. Une chose est sûre, je n'achèterai pas leur numéro anniversaire tiré un peu imprudemment à un million d'exemplaires : le journal qui ronronnait déjà entre antilepénisme et anti-islamisme a perdu ses meilleurs dessinateurs et journalistes, surtout ces messes du bout-de l'an, surtout pour des anarchistes athées, m'agacent. Qu'on se batte ou qu'on oublie, mais qu'on ne ressasse pas. Et puis lire les éloges funèbres de Fleur Pellerin (qui n'a pas plus lu Bossuet que Modiano), Charlotte Gainsbourg ou je ne sais quel rappeur ne m'intéresse pas. Du reste la commémoration tourne vinaigre et je ne parle pas seulement de la cérémonie sinistre en présence du président et de la mayresse pour dévoiler une plaque où on n'avait même pas été foutu d'écrire correctement le nom d'une victime (je sais, il en aurait ri, mais ça n'est pas une raison...). On découvre aussi qu'on en savait plus qu'on ne croyait sur ce qui se préparait, que l'immeuble était tellement sécurisé que les junkies venaient s'y piquer, qu'un des gardes du corps étaient parti acheter des croissants...Les veuves sont en colère, des familles se plaignent d'avoir été moins bien traitées que d'autres, du genre "Pourquoi lui a été décoré et pas notre mort à nous ?". Ah, la concurrence victimaire ! Du reste c'est stupide de coller la légion d'honneur à des morts qui n'en pouvaient mais. La méritent ceux qui les ont défendus ou ceux d'entre eux qui ont couru un risque pour défendre la liberté d'expression. Restent encore en certains lieux des bouquets flétris, des mots délavés par la pluie et des bougies fondues, ne faudrait-il pas balayer tout ça ?

Il faut toutefois reconnaître que le gouvernement  a su réagir immédiatement et se tourne aussi vers l'avenir. Pourtant si l'état d'urgence et les restrictions provisoires aux libertés ont été d'abord unanimement approuvés, ça n'a pas duré. On a dénoncé assez vite les excès de zèle d'une police dont on peut croire qu'elle prend une revanche sur les humiliations qu'elle a subies dans les "quartiers". Et puis il y a eu ce piège diabolique dans lequel s'est laissé enfermer Hollande. Pour une fois cet homme, qui reconnaît lui-même être peu accessible aux émotions, en a ressenti une. Poussé par la colère il a menacé de dechéance de nationalité les bi-nationaux. Patatras ! que n'avait-il pas dit ! la Gauche, furieuse, brandit l'accusation suprême : lepénisme, rupture de l'égalité républicaine, etc.... La Droite mégote et pousse ses feux, réclamant que cette condamnation soit étendue des crimes aux délits (si je comprends bien, un djeune, mettons franco-algérien, qui taguerait "vive Daesh" sur un bâtiment officiel, serait invité à aller voir si l'herbe est plus verte dans les Aurès qu'à Barbès). Cela tourne maintenant à la franche rigolade : pour désembourber leur patron certains socialistes ont d'abord évoqué l'indignité nationale (ça vous a un petit air d'épuration. Et si on tondait les femmes terroristes ?). D'autres ont eu cette idée brillante : pour ne pas écorner la sacro-sainte égalité, décrétons la déchéance pour tous, nationaux et bi-nationaux, multipliant ainsi le nombre d'éventuels apatrides...Or, d'après la Déclaration universelle des droits de l'Homme et une convention signée en 1961, on ne peut priver un individu de nationalité, oui mais - ici les juristes interviennent - elle n'a pas été ratifiée et d'ailleurs...(je vous fais grâce des autres arguments). Et on se torture les méninges pour savoir comment on pourra punir des méchants qu'on n'a pas encore attrapés et obtenir trois cinquièmes des voix au Congrès pour changer la Constitution et assurer la réélection de Hollande. Espérons que ces petits jeux habiles et ces politiciens qui rivalisent de mauvaise foi et triangulent comme des bêtes sauront arracher les Français à leur chagrin !