Revenons sur l'année écoulée. Dès le premier jour mon blog s'est placé sous l'étendard du Prophète puisque j'évoquais Soumission de Houellebecq dans ma série "je ne l'ai pas vu mais j'en parle quand-même", et il se clôt de la même façon. Ce qu'on a pu parler de cette fichue religion cette année encore !  L'auteur qui a déjà dressé son portrait en pied, mi-Deschiens mi -Céline, suscite des réactions parfois violentes qui m'ont poussé à lire ensuite son livre dont j'ai apprécié la belle évocation de Huysmans, de Paris, la peinture très juste de notre époque et son côté farce hénaurme. Presque immédiatement après eut lieu l'attentat contre "Charlie" et l'épicerie casher, l'occasion pour moi d'évoquer avec nostalgie ma longue route avec Hara Kiri et ses avatars jusqu'à ce que l'absence de Cavanna, Delfeil de Ton ou Berroyer et la disparition des meilleurs dessinateurs ne se fasse cruellement sentir. On s'aperçut bientôt que malgré la manif monstre du 11 janvier tout le monde n'était pas Charlie, de Le Pen à Plenel (quelle plaisir de rapprocher ces deux noms...) en passant par Debray,Todd (ce qui est déjà plus intéressant) et les écrivains américains qui pétitionnèrent au nom du respect des "communautés" contre un prix de la liberté d'expression attribué au journal  et ne furent pas loin de renverser la culpabilité. Et l'année finit sur un acte terroriste encore plus sanglant dont la cruauté nous sidéra d'abord. Puis ce furent fleurs, bougies, éloges funèbres bisounours dans la presse bobo, naissance proclamée d'une "génération Bataclan", pas moins...Ma pitié fit assez vite place à l'agacement dans un éloge ironique des bobos et de l'esprit de résistance en terrasse. Dans un autre texte je me suis interrogé sur le traitement du phénomène par les médias : la même semaine le décapité de Grenoble et les dizaines de morts deTunis et du Koweït n'avaient visiblement pas la même peau...Tout cela se termina sur une note presque comique : le hoax de l'instituteur qui en fait révélait un profond mal-être.

Nul ne s'étonnera que j'ai aussi parlé beaucoup du FN. Nous aura-t-on assez cassé les oreilles  tout au long de l'année avec ce parti, ses leaders et la terrible menace qu'il fait peser sur la France ! Combien ont pu m'agacer les métaphores éculées et répétées à satiété : les digues sautent, endiguer le flot, ne pas céder aux sirènes, la marée brune...! A chaque scrutin on y est allé de son "pacte républicain" et des "valeurs de la république", mais criblé de flèches, le géant avançait toujours...Je maintiens qu'on s'y prend mal, qu'on n'a pas le droit de faire la leçon aux gueux quand on est aussi raciste qu'eux, que la devise de la République et creuse, que seule une normalisation du FN et un combat loyal (et non, tous contre le petit pauvre qui a des poux dans la cour de récréation) permettront d'écarter le danger supposé de ce parti. Moins sérieux : un pastiche du Cid pour évoquer les rivalités dans la famille Le Pen.

On s'est aussi pas mal empaillé à propos de l'Islam, entre ceux qui la voient comme une religion de paix et d'amour (pas seulement des barbus,  ajoutez un moustachu célèbre) et les dénonciateurs du djihad, de l'EI, des mollahs, du niqab imposé, etc...La cruauté de ceux qui tuent en son nom est-elle due à leurs frustrations ou cette religion est-elle une véritable fête sexuelle même pour les femmes et les homos : jeunes négresses fournies aux émirs par Boko Haram, gays fouettés jusqu'au sang (ils aiment ça !) comme dans les bordels pour tantes chers à Proust, 70 houris qui se gougnottent pendant que deux assurent le service sexuel du martyr...La pensée dominante est quand-même pas touche à l'Islam et surtout à nos grands amis du Golfe qu'on accuse de façon inconsidérée de pratiquer l'esclavage, de financer le terrorisme, d'être homophobes et de couper un peu trop souvent quelques cabèches. Silence ou on poursuit !

Quelques pages culturelles aussi : sur les bibliothèques devenues médiathèques et lieux de vie pour mieux lutter contre une tradition fondée sur le Livre et faite de silence et de retrait. Contre le politiquement correct : une couverture de "l'Obs", organe officiel de la bien-pensance, nous mettait en garde contre les Zemmour et les Finkielkraut pour promouvoir des intellectuels de gauche100% purs...Ce qui n'est évidemment pas le cas d'Onfray, ce défenseur des petits Blancs dont il est issu, ce pourfendeur de l'immigration sans limites, une sorte de Morano de la philosophie qui serait bien capable d'employer le mot "race". Il a été aussi un peu question de littérature, de Houellebecq déjà cité aux prix littéraires de l'année. Au passage deux cinéastes un peu austères et fascinants ont été célébrés : Philippe Garrel et Apichatpong Weerasthakul, on ne peut pas être plus éloigné de Star wars...Dernier hommage aussi à Dracula, le seul, le vrai, qui venait de mourir (mais pour un vampire il y a toujours de l'espoir) et m'a rappellé les balbutiements de ma cinéphilie.

Et les djeunes, on ne les a pas oubliés les djeunes qui sont l'espoir de la France et le sel de la Terre. On a salué le grand retour de la dictée qui allait leur faire les pieds et on s'est dit que Najat n'allait pas s'arrêter là et rétablirait aussi les compositions en vers latins (Naietae meae laudes). On a bien rigolé à la lecture des études de cas proposées pour le nouvel enseignement moral et civique et on s'est indigné de l'interdiction réactionnaire et néo-colonialiste du "tchip" (je vois que vous avez déjà oublié ce que c'est...) dans les écoles des quartiers.

Et enfin, dans le désordre : Poutine, la Grèce plus coupable que victime, un beau voyage en Birmanie, quelques considérations sur la langue (qui s'ajoutent à mes corrections sur les réseaux sociaux...), une histoire express de la fin des paysans, les prolos et l'allocation de rentrée, l'île d'Oléron qui se gentrifie et la désolante habitude qu'ont prise les naturistes de se raser leurs toisons...Ça n'a peut-être pas été super, mais quel boulot!