Causons derechef

17 juin 2017

Prom'nons nous rue Pajol pendant que le loup n'y est pas (Marizibill 2)

                                                             A Marlène S. qui fut pierreuse  tout un soir

 

  Dans les bas-quartiers, rue Pajol

  Elle allait et venait un soir

  Offerte à tous, belle cagole,

  Et allumait sur les trottoirs

  Les gars lubriques, oh, quelle folle !

 

  Et collaient à la belle caille

  Un photographe à l'air morose

  Avec trois flics qui sentaient l'ail

  Gardant sa vertu et son prose

  Prêts à tirer sur la racaille.

 

  Rue Pajol, gens de toutes sortes

  Regardent passer la catin 

  Bien tapis dans l'ombre des portes

  - Leurs yeux luisent, les galopins ! -

  Et ils murmurent : "Elle est trop forte".

  

  

 

  

 

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09 juin 2017

Entendez-vous dans nos campagnes l'accent "Nique-ta-mère" ?

J'ai vu hier un des films sélectionnés à la Semaine de la Critique à Cannes : Petit paysan de Hubert Charuel. Il ne restera probablement pas dans les annales des rares films français consacrés au monde paysan, non qu'il soit sans qualités, mais il manque fâcheusement de point de vue. Le réalisateur hésite entre le film réaliste, l'étude d'un cas psychologique, celui du héros anxieux et perfectionniste, et un cinéma de dénonciation, mais rien n'est vraiment mené au bout. Il évoque le mal-être des petits éleveurs aux revenus fluctuants et sans cesse menacés par un coup du sort, leur difficulté à se marier, leur relation affective avec leur troupeau (la belle idée du veau nouveau-né qu'il installe dans son salon pour le sauver de l'abattage), leur vie de travail sans cesse recommencé sans dimanches ni vacances, malgré tout l'émotion ne naît jamais  et le message ne passe pas vraiment. A preuve le public parisien riait à certaines séquences qui étaient en fait tragiques. Tragique, le film l'est, car la menace qui pèse sur le troupeau va se finir par s'abattre sur lui (je spoil, là...), mais son abattage propre et humain par les services vétérinaires n'a pas la grandeur de celui qu'on voit dans un beau série B américain, Hud de Martin Ritt. Le troupeau d'un ranch texan atteint par la fièvre aphteuse est poussé dans une immense fosse creusée pour l'occasion et meurt dans l'angoisse, l'étouffement et les coups de fusil du personnel sanitaire avant d'être enseveli. Difficile de ne pas pleurer. De même si le paysan de Charuel est sonné après la mort de ses bêtes et la perte que cela représente, on pense à tous les autres qui se sont suicidés dans les mêmes circonstances ou sont devenus fous comme le personnage interprété par Bouli Lanners. Si le système de surveillance orwellien (le mot n'est pas trop fort) qui emprisonne les éleveurs est bien décrit, il est à peine critiqué. Le veau que l'on voit naître en souffre dès son premier jour : on lui poinçonne l'oreille pour y implanter une étiquette d'identification qu'il gardera toute sa courte vie. Les contrôles sanitaires, vétérinaires, de qualité pour le lait, sont constants et inquisiteurs. La menace de la loi ou de l'abattage du troupeau plane et on la brandit sans cesse au nom du  principe sacré de précaution, dussent des bêtes et des hommes en crever. Toute révolte individuelle, comme celle du héros, est vouée à l'échec. C'est toujours l'Etat-Moloch qui gagne.

Mais ne soyons pas trop sévère avec ce film qui donnera quand-même aux gens des villes une idée de cet univers dont ils sont à peu près complètement coupés. Je ferai encore une critique sur un point qui peut paraître secondaire mais qui m'a choqué comme un fausse note dans un concert. Deux des personnages, dont le héros, ont parfois des traces d'accent des cités dans leur parlure, or cela me semble tout-à-fait déplacé. Le film se passe en Haute-Marne, terre qui n'est pas spécialement ouverte à la modernité ni à la diversité. Les protagonistes approchent la quarantaine et ont fréquenté les collèges du coin à une époque où cet accent n'était pas encore triomphant. Il est probable que leur génération ne parle plus patois et qu'ils ont juste conservé les intonations un peu lourdes de l'est. Jusqu'à un certain moment (la situation a pu évoluer) la Province a été un conservatoire de la langue et de sa diversité à travers les parlers locaux. Pour reprendre la terminologie de Guilluy, les accents des terroirs (même s'ils ont, à l'exception de certaines régions, tendance à disparaître) seraient ceux de la France périphérique et donc du peuple et celui des "quartiers" l'accent de la France des métropoles où les esclaves ont déteint sur leurs maîtres qui les logent dans les banlieues. Pourquoi le cinéaste n'a-t-il pas demandé aux acteurs de corriger leur intonation ? Je ne vois qu'une explication : lui n'a pas été choqué, à cause de son âge ou de son origine, et il lui a semblé que c'était là le parler naturel d'un paysan français comme de la population toute entière de notre pays. De fait, par une étrange inversion les ex-colonisés ont imposé leur parlure dans les quartiers où ils étaient les plus nombreux et leur accent s'est répandu ensuite à travers le rap, les interviews nombreuses de djeunes dans les médias, une fascination malsaine pour une jeunesse bruyante et très revendicatrice. Pas seulement leur langage d'ailleurs, mais aussi leur gestuelle : j'ai vu l'autre jour deux bobos sexagénaires qui se saluaient en frappant leur poing à la manière des jeunes Noirs des ghettos américains, il ne leur manquait qu'une trottinette...Imaginons un instant que les personnages du film aient parlé avec l'accent de Marseille, l'incongruité nous aurait sauté aux yeux, mais c'est encore pire ici parce que cela semble entériner une uniformisation de notre langue qui témoigne de son appauvrissement.

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03 juin 2017

Décroissez et ne vous multipliez pas

Le monde ne bruit ce matin que de la décision prise par Trump de dénoncer les accords de Paris avec un égoïsme cynique. La condamnation est quasi générale : je n'ai encore trouvé personne pour le défendre sur la presse en ligne et les réseaux sociaux. Ah si, un sénateur républicain du Michigan qui a déclaré que si la catastrophe annoncée arrive, Dieu interviendra personnellement pour nous sauver. Tant de sottise laisse pantois mais il n'est pas sûr que l'argument ne porte pas aux USA auprès d'une population peu cultivée et ayant une foi aveugle dans la Providence. Qui peut nier le changement climatique et les catastrophes géographiques, économiques, politiques, qu'il  va entraîner ? Pourtant, comme le rappelait quelqu'un ce matin dans un commentaire sur les réseaux sociaux, nous négligeons le problème fondamental, celui de l'explosion démographique, ne voulant pas voir, comme de vulgaires Trumps, l'origine du problème.

On se contente pour l'instant de soigner les effets sans vouloir s'attaquer à la cause par pure idéologie. Que la population mondiale cesse de croître et même - rêvons un peu - qu' elle diminue et l'apocalypse n'aura pas lieu. Les écologistes étaient conscients du problème dans les années 70 et parlaient de la bombe P (comme population), malheureusement atteints par l'idéologie tiers-mondiste et par des préoccupations sociétales, ils ont abandonné ce combat qui aurait pu (pourrait ?) sauver l'humanité au profit du voile islamique et du mariage pour tous. Moins de monde sur terre, c'est moins de consommation, moins d'usines, moins de gaspillage d'énergie, de façon automatique, sans qu'on ait besoin de prendre des mesures drastiques. Malthus l'avait vu avec son fameux gâteau dont les parts sont d'autant plus petites qu'on est nombreux. Qu'on me démontre en quoi il se trompe, on devrait dresser une statue de ce génial pasteur sur le parvis des Nations-unies à New York et se prévaloir avec fierté de l'épithète "malthusien" devenue une injure... Il y a 40 ans dans les pays avancés la contraception se répandait, le droit à l'avortement était conquis. La politique de l'enfant unique en Chine était montrée en exemple : la famine n'y existait plus (il est vrai que la façon musclée dont elle était appliquée était mal connue). Restait le Tiers monde où ce n'était pas du tout la même musique. On continuait à y pondre des enfants par rafales pour des raisons diverses et variées qui pouvaient se combiner : tradition des sociétés paysannes primitives où un enfant est une paire de bras, religion, nationalisme souvent expansionniste des états récemment indépendants. Même des pays se voulant révolutionnaires comme l'Algérie s'y sont mis, rabattant ainsi les prétentions à la liberté des nombreuses femmes qui avaient milité avec courage au sein du FLN. En Afrique noire, un pays quasi désertique comme le Niger, un des plus pauvres du monde, combinant la tradition et l'Islam, a un taux de fécondité de 7,60 (vous avez bien lu 7,60 !) par femme. L'Inde, qui n'a jamais eu une politique sérieuse de birth control par nationalisme,va dépasser la Chine. Les réfugiés économiques affluent d'Afrique noire et périssent tragiquement en Méditerranée, et tout à l'avenant...J'ai bien conscience qu'appliquer à l'échelle mondiale, avec des organisations internationales souvent impuissantes, une telle politique, est presque impossible, pourtant ne l'est-ce pas encore plus de faire baisser la consommation d'énergie, protéger la nature, aller contre des intérêts égoïstes quand les gouvernements traînent les pieds ? Ne pourrait-on financer des politiques de contraception auprès des pays ouverts, faire pression sur les autres en coupant les crédits, éduquer les peuples et leurs dirigeants. Si on n'y réussit pas on ira dans le mur à coup sûr et beaucoup plus vite qu'on croit : quoi qu'on en dise, la planète s'enrichit globalement avec l'économie mondialisée et la consommation croît plus vite que la population. Lanceurs d'alertes, intéressez-vous enfin à ce problème vital, beaucoup plus que celui de la corruption ou des paradis fiscaux ! Menons des campagnes sur Internet qui est de plus en plus consulté. Menons le bon combat, la mère de toutes les batailles !

Et puis, laissons un peu ces considérations économiques et politiques. Imaginez comme le monde serait plus agréable et plus beau si nous étions moins nombreux et consommions moins. Rappelez-vous le temps où nos campagnes n'étaient pas salies par des silos, des batteries, des granges en tôle, où les abords des villes n'étaient pas enlaidis par les ignobles zones de chalandise avec leurs entrepôts déguisés en magasins qui vous vendent de la daube. Rappelez -vous le temps où voyager était un bonheur : pas de queues dans les aéroports, des avions à moitié vides où vous pouviez vous étendre sur les sièges et où les hôtesses vous gâtaient, des trains sans réservations roulant assez lentement pour vous permettre de jouir du paysage, pas de "rentrée difficile sur Paris" le dimanche soir. De l'espace partout, dans les rues, les bâtiments publics (jamais on n' a manqué de salles de cours dans mon lycée), de vastes étendues de campagne sans croiser son semblable. Moins de bruit, celui des autos ou les criailleries de la foule. Retrouver le bonheur de la solitude, le calme de la méditation, le bruit de ses pas, la nuit,dans les rues. Retrouver un monde où il y aurait moins de quartiers Hlm, de lotissement communaux aux maisons semblables et laides, où il n'y aurait plus cette agressivité qui naît de la promiscuité. Ah, rêvons un peu...

25 mai 2017

Hommage à Jean Sorel

En revoyant hier SanJeansoreldra de Visconti je me suis soudain demandé ce qu'était devenu Jean Sorel qui partage la vedette du film avec Claudia Cardinale. Je me rappelais vaguement qu'il faisait partie de ces acteurs français qui ont beaucoup tourné en Italie dans les années 60 mais qu'il n'avait pas atteint la célébrité d'un Delon ou d'un Trintignant. Je l'avais entrevu souvent mais ne l'avais pas particulièrement remarqué, or hier sa beauté m'a ébloui et je ne pus comprendre qu'il n'ait pas fait carrière. Il était dans ce film assez vénéneux, tournant autour d'une histoire d'inceste frère-soeur, beau comme Alain Delon dans Plein soleil, avec une pointe de voyouterie à la Helmut Berger. Que lui était-il arrivé ? Était-il mort tragiquement, s'étant suicidé par dégoût de la vie ou à cause de son échec professionnel ? Avait-il été assassiné au matin d'une orgie dans le palais romain d'un aristocrate décadent ? Avait-il passé le reste de sa vie à courir le cachet avant de finir aigri et mal rasé dans un hospice pour vieux comédiens ? Rien de tout cela en fait, comme me l'a appris Wikipedia, ce condensé du savoir humain...

Les fées semblaient pourtant s'être penchées sur son berceau : il est né Jean de Chieusses de Combaud Roquebrune (si ça n'est pas un nom qui se dévisse...) et appartient à une famille de très ancienne noblesse. Son père, fidèle à la tradition militaire de sa race, avait participé à la Résistance "de droite". Tôt orphelin le fils entreprit des études sérieuses (l'encyclopédie en ligne en fait même un normalien, ce qui serait à vérifier) pour être diplomate, ce à quoi semblaient l'appeler sa prestance et son origine. Toutefois après son service militaire dans l'Algérie en pleine guerre des années 56-57 , il décide de devenir comédien. Son physique pouvait l'y porter, mais peut-être aussi une curieuse tradition qui fait que beaucoup de jeunes nobles font du théâtre ou du cinéma, qu'ils aient pris le goût de la comédie dans les collèges jésuites, qu'ils soient favorisés culturellement, que la comédie sociale ou les leçons de maintien les y portent, ou pour tout autre raison...Il prend alors le pseudonyme de Sorel que cet homme cultivé emprunta probablement à Stendhal. Son premier rôle au cinéma fut dans J'irai cracher sur vos tombes, le film qui tua Boris Vian, mort d'une crise cardiaque lors d'une projection de montage...Il tourna ensuite très souvent en Italie dans les années 60-70, parfois même avec des "grands" comme Lattuada, Bolognini et, donc, Visconti, qui lui donna sûrement son meilleur rôle pour lequel son physique et sa sensibilité font merveille. De même le vit-on apparaître par la suite, dans des rôles secondaires, chez Benoît Jacquot ou Téchiné (il joue dans Les soeurs Brontë où s'illustre aussi Roland Barthes...). Toutefois, il faut bien l'admettre, il fit surtout du cinéma alimentaire et notamment des gialli avec Lucio Fulci. Les titres de ses premiers films, Les adolescentes, Les lionceaux, évoquent le tout jeune homme charmeur et conquérant. La suite est d'un autre tonneau. En voici quelques exemples : Traqués par la Gestapo (il rencontra sur le plateau la comédienne Anna Maria Ferrero qu'il épousa et qui devint la femme de sa vie), Le tueur à la rose rouge, L'adorable corps de Deborah, Le venin de la peur (alias Les salopes vont en enfer), Horreur dans la nuit...Puis ses tournages se firent de plus en plus rares. Son dernier film est L'origine de la violence d'Elie Chouraqui en 2015. Comme beaucoup de comédiens il se rabattit sur la télé où il tourna de nombreux feuilletons, mais là encore n'obtint pas la célébrité d'un Cremer ou d'un Lanoux. Pourtant il n'est pas tout à fait oublié puisqu'il a été fait commandeur des arts et lettres en 2011.

Drôle de vie quand-même. Il aurait pu être diplomate, consul dans quelque république bananière écrasée sous le soleil comme dans un roman de Greene ou de Lowry, ou ambassadeur traînant son ennui dans une capitale et des villes d'eaux de la vieille Europe. Il aurait pu être un autre Ronet ou un autre Delon avec son nom en haut de l'affiche et les plus belles femmes à ses pieds, tournant même à Hollywood que son charme et son nom auraient fascinée. Mais il fut cet acteur qui alignait des films de série B, voire Z, parce qu'il fallait payer le loyer ou peut-être avec une délectation masochiste et un peu d'amusement, peu à peu marqué par la vieillesse mais toujours portant beau. Il me fait penser à quelques actrices dont la carrière prit à un moment un mauvais tournant malgré leur talent et leur beauté (Dominique Sanda, Sabine Haudepin...), mais qui suis-je pour tirer le bilan de vies que lui-même et elles-mêmes considèrent peut-être comme pleines et heureuses ?

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23 mai 2017

"Et le gouvernement, vous en pensez quoi du gouvernement ?"

Quelques impressions, sans plus. On jugera sur pièce après les fameux 100 jours qui donnent lieu à un premier bilan (les journalistes sont gens pressés). Du reste on n'est même pas sûr qu'on n'en aura pas un autre le mois prochain malgré les vents favorables qui poussent notre jeune pilote. 

A tout seigneur tout honneur, nous avons donc touché un premier ministre énarque, barbu et boxeur. Voilà une figure un peu originale, à part l'ENA bien sûr. La barbe, on n'en avait pas vu depuis longtemps, mais ce n'est pas une belle barbe bien étalée de radical-socialiste de la IIIème république un peu salie par la roborative nourriture des banquets républicains, non, ce serait plutôt celle de la vague des députés PS en 1981, ce qui est d'assez mauvais augure, il faut bien le dire. Il a aussi un beau front haut d'intellectuel, là le signe et favorable. Pratiquer la boxe est original et ce sport d'esquive et d'endurance semble parfaitement adapté au combat politique. En tout cas il échappe au ridicule d'un de ses prédécesseurs avec ses caleçons collants de cycliste. Comme beaucoup d'énarques qui se la jouent en montrant qu'ils peuvent réussir dans des domaines très éloignés de leur formation, il a écrit des romans policiers (à quatre mains, il est vrai). Le très brillant Edgard Faure avait fait de même en son temps sous le pseudo d'Edgar Sandey. Le seul extrait qu'on en ait publié montre que notre homme (à moins que ce ne soit son complice) aime les gros seins sur lesquels on se roule, il le fait avec tant d'insistance, qu'on se demande...Passons. Il a été aussi maire du Havre, ce qui vaut mieux que d'être maire d'Eu (plaisanterie locale) mais le fossé n'est-il pas trop large d'un sous-préfecture à la capitale ? 

Vient ensuite le premier cercle : les ministres d'état. Parmi eux Bayrou qui ne sera jamais président de la république mais clora sa carrière avec une charge prestigieuse, ministre de la justice, garde des sceaux, noble appellation qui évoque la France éternelle des rois à la République. On lui souhaite quand-même bien du plaisir avec les prisons surpeuplées qui sont la honte de notre pays, les tribunaux qui manquent cruellement de personnel et les secrets de l'instruction qui sont devenus ceux de Polichinelle. Il est vrai qu'il a montré, à l'Education, qu'il savait tenir une patate chaude. Le Maire, le gendre idéal, à l'Economie, ça surprend un peu, on l'aurait plutôt vu aux Affaires étrangères à cause de son excellent milieu et de sa prestance, mais enfin avec cet homme de droite dans un ministère-clé ceux qui hésitaient encore verront de quel côté penche son patron. Il est flanqué de Darmanin "à la Fonction publique et aux comptes publics". C'était ce qu'on appelait le Budget, mais ce rapprochement suggère que les fauteurs de déficit sont ces maudits fonctionnaires. Avec Sylvie Goulard aux Armées, Macron se fait un petit coup de pub et de féminisme à peu de frais. Il a dû penser à la populaire ministre allemande de la Défense, Ursula von der Leiden. Tant pis pour ceux qui l'attendaient à l'Europe qu'elle connaît bien. Bravo en tout cas pour le nouvel intitulé de son ministère : Défense était trop abstrait, Défense nationale rappelait fâcheusement la guerre de 70. Ce sont des marins, des aviateurs, des fantassins qui forment nos armées et se battent pour nous, ne l'oublions pas. Du coup l'Europe et les Affaires étrangères reviennent à Le Drian, ce qui m'a fait sursauter, mais, hélas, c'est assez logique. Un ministre des Affaires étrangères est devenu un commis-voyageur pour placer des produits français et notre Breton a une compétence après avoir vendu des armes de par le Monde. Ô mânes de Norpois, les temps ont bien changé. Rappelons pour mémoire Hulot à "la transition écologique et solidaire", quelqu'un m'expliquera peut-être un jour le rapport entre les deux, et Collomb merdelion comme on disait sous Pradel.

Ensuite on tombe dans les inconnus (c'est ça la société civile) ou les inattendus. Pas tout-à-fait inattendu, le premier traître du PS, Ferrand qui hérite de la "Cohésion des territoires", je suppose qu'il s'agit de feu l'Aménagement. Il y a une Justice immanente, il va en baver dans un pays de plus en plus morcelé : métropoles, France périphérique, ouest et est, ghettos communautaires, zones de non-droit...Françoise Nyssen, elle, est connue, du moins de ceux qui lisent, même si sa maison d'édition ne découvre pas un génie tous les jours contrairement à ce que certains semblent penser. Dommage qu'on murmure une histoire de secte et de conflit d'intérêt à son encontre. Comme c'est devenu l'usage on met à des postes modestes des "représentants de la diversité", les méchants disent un arabe et un nègre (en l'occurrence c'est une femme) de service. On a mis cette dernière aux sports, c'est limite raciste... Le contingent des Coréens étant épuisé, il n'y a pas d'Asiatique. Parmi tous ces obscurs, ces sans-grades que je ne nommerai pas (même avec un gouvernement "resserré", c'est long) certains se sont déjà fait remarquer. J-M Blanquer, ministre de l'Education (qui n'est plus nationale) a esquissé son programme dans une interview, mélange de langue de bois et de propositions séduisantes (sur le latin, l'histoire...), peut-être trop, mais cet ancien recteur sait qu'il faut passer de la pommade à ceux qui sont au front et qui espèrent que l'arrière tiendra. Nous avons un ministre de l'agriculture, mais pas de ministre de la mer, nous qui avons un des plus grands domaines maritimes du Monde, allez comprendre...En revanche on a des "Outre-mers", ce pluriel m'a toujours ravi par sa démagogie sous-jacente. Enfin, je regrette de finir sur ce mauvais élément, n'oublions pas l'inénarrable Marlène Schiappa qu'on a collée de façon très orwellienne à "l'égalité homme-femme". Dans un livre édité à la Musardine (maison d'édition spécialisée dans le livre grivois, rien à voir avec Actes sud) elle se moque des "grosses" et de leurs pratiques sexuelles, ce qu'elles n'ont guère apprécié. Plus grave est sa laïcité très tempérée qui s'accommode du voile à l'école . Gageons qu'elle participera au "processus de marche exploratoire" du côté de la rue Pajol et expliquera aux jeunes mâles qu'eux aussi devraient mettre un voile et accepter que que les femmes - grosses ou pas - puissent aussi leur mettre la main aux fesses.

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07 mai 2017

Brigitte Macron et l'âge du capitaine

Une de mes amies québécoises a posté sur sa page un article de la "Presse" de Montréal sur le couple Macron intitulé "La différence d'âge qui dérange" et commençant ainsi :"En France on ne parle que de ça". Chacun sait que les féministes canadiennes sont redoutables (probablement parce qu'elles ont eu à affronter des hommes particulièrement machistes), mais là elles voient vraiment la réalité par le petit bout de leur lorgnette. Les Français y sont caricaturés en indécrottables machos ayant une vision préhistorique de la Femme et lui refusant des gigolos quand eux se paient des lolitas. Les bûcherons ou les ouvriers du pétrole québécois seraient-ils donc devenus, sanctifiés par Justin Trudeau, des féministes intransigeants qui feraient la pige à nous autres?.. J'ai bien sûr commenté ce statut en disant que, même s'il y avait eu quelques dérapages, mes concitoyens parlaient encore plus du programme de Macron. J'aurais pu ajouter que l'étalage obscène du couple dans la presse pipole à des fins de propagande et de conquête de certains segments de l'électorat, les baisers baveux devant des salles survoltées, y étaient peut-être aussi pour quelque chose, et que tout cela avait été combiné par le couple pour faire élire monsieur. Même Sarkozy, c'est dire, avait été plus mesuré dans l'utilisation de ses compagnes à des fins de propagande. J'aurais pu dire aussi que souvent ce n'était pas la différence d'âge qui était critiquée mais la vêture de la dame qu'on pouvait trouver passablement vulgaire, mais je me serais aventuré sur un terrain glissant et aurait aggravé mon machisme d'un once de gérontophobie.

De fait, cette différence d'âge inhabituelle est passée assez bien au nom de la liberté individuelle : chacun fait de son corps et de son coeur ce qu'il veut, la société n'a pas à porter de jugement. On serait tenté de conclure qu'il y a eu une évolution favorable des moeurs, si on se rappelle l'affaire Gabrielle Russier avec laquelle la comparaison s'imposait . Elle, toutefois, ne s'est pas terminée en conte de fée, mais tragiquement. Précisons pour les jeunes. En 1968 une prof de lettres et un de ses élèves,16 ans, tombent amoureux. Les parents du garçon prennent très mal la chose, les amants se cachent, mais  plainte est déposée pour détournement de mineur et l'adolescent est interné en psychiatrie. Gabrielle, poursuivie et condamnée, est emprisonnée quelques mois, puis bénéficie d'un sursis mais le Parquet fait appel. Ne supportant pas cet acharnement, séparée de son amant, elle se suicide. Son souvenir perdure dans une chanson, un film (médiocre), un polyptyque, mais surtout une conférence de presse de Pompidou où, interrogé sur cette affaire qui avait fait grand bruit, il répondit par des vers d'Eluard : "Comprenne qui voudra / Moi mon remord ce fut la victime raisonnable au regard d'enfant perdu...". Sommes-nous donc devenus plus tolérants ? Voire. Je ne sais plus qui faisait remarquer que si l'histoire du couple Macron ne s'était pas déroulée au sein de la bourgeoisie d'Amiens, dans un collège religieux où on abhorre le scandale, la DAS se serait saisie de l'affaire et la femme serait en prison. D'un autre côté les parents de Christian, le jeune amoureux de Gabrielle, appartenaient aussi à la bourgeoisie, ils étaient professeurs d'université (et communistes, ce qui ne les portait pas à approuver de tels débordements). Il faut plutôt créditer l'impact des idées féministes : égalité de droit pour détourner des mineurs...Du reste nous ne sommes pas encore débarrassés de bien des tabous et interdictions dans le domaine sexuel, le moindre n'étant pas celui de la pédophilie. Ce pauvre Cohn-Bendit porte comme une croix les passages d'un livre où il rendait compte d'une expérience communautaire avec adultes et enfants dans la fièvre des années 70, quant aux curés, n'en parlons même pas...

Ces problèmes de morale sexuelle ont été traités, avec d'autres  par un philosophe qui vient de mourir et auquel le "Monde" a consacré une belle nécro, Ruwen Ogien. Ce moraliste libertaire s'est fait le défenseur de pratiques minoritaires contre les "bonnes moeurs". Il dénonce le passage de jugements moraux réprobateurs à une légalité punitive (censure des livres, répression de l'homosexualité, de la drogue...). Il souscrit au principe unique d'éthique du philosophe libéral Stuart Mill : "La seule raison légitime d'une communauté pour user de la force contre un de ses membres est d'empêcher que du mal soit fait à autrui". Pour Ogien il n'y a crime que s'il y a victime et il n'aurait pas condamné les deux couples maudits...Les autres engagements qu'il prend sont parfois plus contestables. Si les pratiques sado-maso, la consommation de drogue, voire la prostitution, qui est une libre disposition de son corps, ne sont pas à première vue condamnables, qu'en est-il de l'homoparentalité (peut-être faut-il après tout "un papa et une maman" pour structurer la personnalité de l'enfant) ? Comme il soutient la GPA on a aussi reproché à ce libertaire d'être un libéral prônant la marchandisation du corps. Ces questions sont délicates mais il les dissèque avec beaucoup de finesse à partir de cas concrets dans des livres au titre réjouissant et prometteur : L'influence de l'odeur des croissants chauds sur la bonté humaine et Philosopher ou faire l'amour. Je vous laisse devant ce choix car je veux publier ce texte avant 20 heures pour ne pas tomber sous le coup d'une inculpation pour offense au chef de l'état.

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05 mai 2017

Le seau hygiénique et le moulin à café

Comme je suis en pleine période régressive (j'ai évoqué dernièrement les présidentielles des années 60), faisons un saut dans les années 50 vues à travers quelques objets usuels peu ou prou disparus.

  Le seau hygiénique : Il fut d'abord en émail, d'une belle couleur bleue en général, avec une anse en métal à poignée de bois. Il suppléait aux cabinets au fond du jardin ou sur le palier, la nuit, et même le jour pour les malades. Une des premières tâches de la maîtresse de maison à l'aurore n'était guère poétique : il fallait aller le vider puis le rincer à l'eau de javel. Ce produit de nettoyage était fort utilisé à l'époque de même que le savon de Marseille ou le savon noir. Son odeur m'était insupportable et je me demande si ce n'est pas une des raisons qui m'ont fait détester le Maroc (avec d'autres plus personnelles tout-de-même...) : les  Marocains en usaient et en abusaient et son odeur atroce flottait partout. Comme le progrès marchait déjà à pas de géant en ces temps reculés, le plastique remplaça l'émail, ce qui permit au moins d'uriner de façon plus discrète. Il n'a pas complètement disparu, on en voit parfois dans les jardins transformés en pots de fleurs. On ne saurait confondre le seau hygiénique avec le pot de chambre, de dimensions plus modestes. Celui-ci, une sorte de vase renflé en faïence muni d'une anse en oreille, était en principe placé dans la table de nuit que fermait une petite porte. Son usage était plus délicat : il fallait bien viser et ne pas manquer de souplesse si on le posait sur le sol. Le fond en était parfois orné d'un monument symbolique d'une ville avec la mention "souvenir de" ou, plus souvent, d'un oeil, car l'humour ne perd jamais ses droits en France...Qui sait s'il n'y en a pas eu des séries avec binettes d'hommes politiques qu'on pouvait conchier. De quoi rêver, non ? 
 
Le moulin à café : On en trouve peut-être encore chez quelques écolos adepte de la décroissance et bien résolus à ce qu'on ferme au plus vite les centrales nucléaires, ou alors dans des intérieurs, comme simples objets décoratifs manifestant une pointe de nostalgie et de révérence pour le passé . Eh oui, autrefois on n'achetait pas le café moulu, on le moulait (ça paraît bizarre, mais j'ai vérifié dans Bescherelle) soi-même. Je ne me rappelle pas que le mécanisme fût réglable : tout le monde était au même régime, une mouture moyenne. Comme on y ajoutait une pincée, voire une cuillerée de chicorée (je me rappelle encore la marque : Leroux et le paquet orné d'une soubrette apportant une cafetière sur un plateau) et qu'on en faisait une quantité qu'on réchauffait au-fur-et-à-mesure, le résultat n'était pas brillant et un abîme nous séparait de l'espresso. Les enfants se disputaient la gloire de mouliner le café, je me demande bien pourquoi. Il y a quelques années, j'ai essayé de le faire et j'ai trouvé ça aussi long que pénible.Dans les années 60 il fut remplacé par le moulin électrique, responsable de bien des doigts coupés et bientôt on ne trouva quasiment plus que du café moulu comme si les gens devenaient de plus en plus paresseux.
 
  Le garde-manger : Ce  cube ou ce parallélépipède avec une armature en bois sur laquelle était cloué un fin grillage tenait lieu de réfrigérateur. Ce dernier ne se répandit que bien après la machine à laver (je traduis pour les plus jeunes : lave-linge) car il représentait un superflu dont on se privait dans une France qui n'était pas déjà entrée dans la société de consommation et toute empreinte encore d'une mentalité paysanne. En ville, dans les immeubles populaires on voit encore parfois de l'endroit où on le logeait sous l'appui de la fenêtre. Dans les maisons particulières on le mettait dans l'endroit le plus frais : la cave. De fait, sauf peut-être au cours des étés très chauds, les aliments s'y conservaient assez bien, le goût des fromages n'était pas gâté par le froid, il ne manquait que les glaçons (encore un luxe dont on se privait sans regret). A la campagne la fermière y alignait ses fromages pour qu'ils s'affinent après les avoir posés sur une feuille de châtaignier (là, le bobo frémit...). Il voisinait avec le tonneau où l'on jetait les fruits abîmés, voire les trognons, avant de le porter à l'alambic pour fabriquer cette gnôle qu'on appelait "confiture de vieux garçon".
 
  La lampe à pétrole : Elle trônait en bonne place dans chaque maison à une époque où les pannes de courant étaient fréquentes au moment des tempêtes qui abattaient facilement les poteaux en bois. Souvent elle était assez joliment peinte et décorée. On devait acheter du pétrole lampant chez l'épicier, mais je n'ai aucun souvenir de l'avoir jamais fait. L'allumer et régler la flamme étaient toute une histoire : il ne fallait pas qu'elle file et que le verre noircisse, ce verre qu'il fallait manier avec d'infinies précautions. Il y avait aussi provision de bougies qu'on montait dans les chambres, fichées dans leur bougeoir en cuivre. Bientôt les pannes se sont faites plus rares , probablement à l'époque où l'EDF unifia tous les syndicats départementaux, augmenta ses effectifs et se mit à planter des poteaux de ciment. Les lampes à pétrole restèrent comme éléments décoratifs et on en a même électrifié.Il faut maintenant des "tempêtes du siècle" pour provoquer de longues pannes qui indignent les gens de plus en plus dépendants de l'électricité, obligés de se contenter du chauffage-pull et de donner aux chiens le contenu de leur congélateur.

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29 avril 2017

Comment reconnaître un vieux croûton dans notre société

Il dit encore "passages cloutés" pour  "passages protégés".

Il s'étonne qu'il n'y ait plus de "Félix Potin" dans Paris ni de "Dames de France" en province (à ce propos, il abomine l'expression "en région").

S'il exprime un sentiment d'admiration, il n'emploie pas le mot cool mais sensass et il ne faudrait pas beaucoup le pousser pour qu'il dît formid'

Il s'indigne qu'un journaliste qui fait allusion à l'OAS dans un article se croie obligé de préciser de quoi il s'agissait.

Mai 68 lui paraît hier alors qu'un demi-siècle nous en sépare. Un demi-siècle c'est ce qui sépare mai 68 de la fin de la première guerre mondiale...

Il va, vêtu d'un jean et d'un blouson comme il y a 40 ans.

Les rassemblement d'amateurs de 2CV ou de 4L qu'il croise parfois sur les routes à la belle saison lui tirent des larmes.

Faisant fi du politiquement correct il parle encore de colonies et de métropole et déteste l'euphémisme à l'international pour à l'étranger.

Il a fait partie du dernier carré des résistants au téléphone portable jusqu'à ce que France Télécom les réduise par sa politique de la terre brûlée, en détruisant ses cabines téléphoniques.

Au café il peut héler le loufiat en criant "Garçon!" au mépris de l'usage désormais établi qui veut qu'on dise : "Monsieur, s'il vous plaît" et "Bonjour!" quand il est à votre portée.

Des slogans publicitaires des années 50-60 traînent dans sa mémoire :"Etre fraîche, c'est facile. Le rester, c'est Printil", "Un préjugé qui vous coûte cher", "Pour toi, cher ange, Pschitt orange. Pour moi, garçon, Pschitt citron", "Dubo, Dubon, Dubonnet", "A vue de nez, il est 5 heures du soir"...mais aussi "La publicité vous prend pour des cons, la publicité vous rend cons".,.

Et des refrains idiots : "Donne-moi ta main et prends la mienne/ mais oui, mais oui, l'école est finie", "Sacré, sacré,sacré Charlemagne","Capri, c'est fini"...

Il voue un culte à Marynin Monroe et à Brigitte Bardot.

Il déplore la fin des études classiques (oubliant, du reste, peu-à-peu son latin) et émaille ses propos de citations des pages roses.

Il ne comprend pas qu'on puisse encore appeler station-service des postes d'essence où l'on doit se servir seul au risque de se salir, voire de flamber, où il faut aller payer à la boutique au risque de se tremper, où on ne vous nettoie pas le pare-brise (à vous le seau d'eau sale et le chiffon gras) ni ne vous vérifie l'huile ou la pression des pneus comme on le voit faire dans les vieux films américains.

La litanie des noms doubles, voire à particule, des hommes politiques de la IVème, le ravit. Elle fleure bon les vieilles familles de notables enracinées dans leur terroir : Bourgès-Maunoury, Cornut-Gentile, Coudé du Foresto...

Il aime traverser les petites villes de la France périphérique en fermant les yeux sur les zones de chalandise minables qui les encerclent. Dans le centre on trouve encore de vieilles merceries, des magasins qui s'appellent "Mode de Paris", un mail...Mais soudain - ô horreur - un kebab et une agence flambant neuve du "Crédit agricole".

Il évite de ponctuer sa phrase d'un "voilà" tous les quatre mots et abhorre l'expression "pas de souci".

Il a assisté impuissant à la mamanisation de la société. La première fois, il y a fort longtemps, qu'il a entendu un grand adolescent (il proscrit évidemment "ado") dire "ma maman" il a cru à un second degré, mais non. Les mamans sont partout, dans la bouche des adultes les plus rassis, dans celle des politiciens, des pipoles, des journalistes. Tous baignent dans une sorte d'attendrissement niais qui le fait grincer des dents. Bientôt le mot "mère" ne survivra que dans l'expression "nique ta mère".

Il commence à calculer l'âge des disparus dans les avis de décès du "Monde" et ne commence pas un repas sans avaler quelque petite pilule. Bientôt il mettra des bas de contention pour prendre l'avion.

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24 avril 2017

Miettes électorales : les castors se mobilisent et autres billevesées...

Cette campagne fertile en surprises se termine sur une dernière surprise : ce qui était prévu de longue date est advenu, Marine Le Pen et Macron sont vainqueurs. Comme il fallait s'y attendre la belliqueuse troupe des castors s'est rassemblée pour "faire barrage à", mais avec d'étranges défections et des ralliements plus étranges encore. La Droite quasi unanime l'a fait, et en particulier Fillon qui trahissait ainsi son discours sur notre identité et notre culture au Puy-en-Velay. Soutenir celui qui a déclaré qu'il n'y avait pas de culture française, qui refuse de défendre notre langue, c'est-à-dire notre identité même, c'est quand-même un peu fort de café. A l'inverse Mélenchon a refusé de donner des consignes de vote à ses électeurs et beaucoup lui sont tombés dessus à bras raccourcis dénonçant son amertume et sa noire complicité objective avec les forces du Mal. Or, on peut comprendre que ce candidat qui s'y voyait déjà après sa remontée spectaculaire ait été déçu et un peu triste, mais il y a autre chose. D'abord par respect de la démocratie et de la liberté de pensée de ses électeurs (il n'est peut-être pas le caudillo qu'on a dit parfois), ensuite pour des raisons politiques. Comment pourrait-il accepter de cautionner l'homme de la dérégulation, de la libre circulation des marchandises, des capitaux et des hommes, du libéralisme sans frein ? Tout son passé politique le lui interdit. Mais Marine Le Pen, direz-vous ? Je me demande - révérence gardée - s'il n'a pas plus de sympathie pour une femme qui fait un discours de remerciement politique, où ses idées - toutes mauvaises qu'elles puissent être - sont clairement exposées, notamment la grande question qui devrait être au centre du débat avec son adversaire, celle de l'Europe. Quel contraste avec le discours de Macron, un gloubi-glouba tout juste bon à nourrir des bobos ignorants de l'histoire, des djeunes, élèves d'écoles de commerce, et des rombières sur le retour. Il a même, ce traître, osé employer plusieurs fois le mot "patriote" sans vergogne aucune. Un projet ? Il en a un : faire tourner la machine à ramasser des profits; le reste, il s'en fout.

Le pauvre Fillon, dès qu'ils le surent battu, ses "amis" lui tombèrent sur le poil et lui taillèrent un costume (facile...). Lui-même eut (enfin!) l'élégance de reconnaître sa responsabilité, mais il était bien temps ! Arriver à faire perdre la Droite dans un pays où elle est sociologiquement majoritaire et après un quinquennat de gauche calamiteux, il fallait le faire ! Espérons que cela mettra un terme à une carrière déjà bien remplie et que cela lui aura évité d'atteindre son point d'incompétence. Rappelons tout de même qu'il a été victime, quoi qu'on en dise, d'une campagne de presse orchestrée qui a pu faire la différence. En tout cas les rats ont vite quitté son navire, notamment son premier ministre annoncé, François Baroin qui s'est révélé un petit arriviste de la plus belle eau. Pas de maroquin, en tout cas, pour ces bonnes gens, à moins qu'ils ne se rallient à Macron, mais je crois plutôt qu'ils vont attendre le troisième round qu'ils peuvent gagner.

Je suis passé hier soir peu après huit heures devant la Mutu où s'étaient réunis les partisans de Hamon. Sombre soirée. Les derniers, des jeunes avec drapeaux européens ou français, quittaient les lieux, l'air sinistre. Oserai-je dire que je me réjouis de cette défaite qui me fait croire en la Justice immanente. Ce médiocre ambitieux (mais peut-être manipulé par l'ogresse de Lille bouffie de ressentiment) qui a pendant des années mis des bâtons dans les roues de son gouvernement et de son parti a trouvé là son châtiment. S'il a fait un petit peu mieux que Deferre en 1969, le PS est laminé et mettra du temps à se reconstituer en l'absence de tous ceux qu'a siphonnés Macron. Je le vois mal s'en sortir aux législatives. Peut-être survivra-t-il comme un parti social-démocrate classique si les frondeurs passent sous les fourches caudines de Mélenchon.

Dupont-Aignan ne sera pas remboursé de ses frais de campagne. Bien fait ! Cela servira de leçon à tous les députés de base qui se croient une mission et ne représentent qu'eux-mêmes et des courants qui sont à peine des ruisselets.

Nous ne sommes pas prêts, en revanche, d'être débarrassés des candidats folkloriques. Ô, mânes de Barbu (cf message précédent), réjouissez-vous ! Les trotskistes font, comme d'habitude, un score minuscule (je ne compte pas Mélenchon), mais Asselineau, qui avait quand-même un programme clair et pensé même si on n'est pas d'accord, est battu par Lassalle dont la trogne, l'accent rocailleux et la légende faisaient rire, plus même que son programme : un vote en forme de pied-de-nez. M'est avis qu'il va y en avoir beaucoup de pieds-de-nez, sous une forme ou une autre, dimanche prochain.

14 avril 2017

Souvenirs des présidentielles de 1965

50 ans déjà, mâtin ! Les premières de la toute jeune Vème république qui ne mérite sûrement pas le discrédit que jettent sur elle de jeunes daims ambitieux et de vieux révolutionnaires faisandés. Voici ce dont je me souviens, moi qui étais bien jeune mais m'intéressais à la politique et ai même distribué des tracts pour un des candidats. Je ne vérifie ici aucun fait et n'en ajoute pas, quitte à oublier des événements importants, des chiffres et même des candidats...Ne subsiste que ce qui m'a frappé.

  D'abord la campagne télévisée qui nous paraîtrait maintenant trop sobre, sérieuse, en un mot ennuyeuse.Tous les soirs à la même heure, sur la chaîne unique en noir et blanc, les candidats filmés de face en gros plan débitaient leur programme. Le dispositif était parfois changé (mais il me semble que cela n'a concerné que le second tour) et il se trouvait face à un journaliste qui l'interrogeait. Je me souviens de l'interview la plus célèbre, celle du général De Gaulle par Michel Droit, ce spécialiste de la brosse à reluire que le "Canard" surnomma Michel Courbe. Le Général mima le geste de sauter sur sa chaise pour dauber les européistes "qui crient l'Europe, l'Europe en sautant comme des cabris". Je ne me rappelle plus le faire-valoir de Mitterrand. Évidemment, à l'époque, pas question de débat entre tous les candidats. Vous imaginez le général De Gaulle... Du reste ils n'étaient que six, cinq contre le président qu'ils réussirent à mettre en ballottage à la surprise générale. En réalité on aurait pu l'imaginer. Celui-ci avait réglé, au prix de bien des souffrances et bien des rancoeurs le lourd problème algérien pour lequel on l'avait rappelé, comme en 1946 on n'avait plus besoin de lui. Et puis il y avait eu la grande grève des mineurs qui lui avaient tenu tête en 1963 et une modernisation du pays menée à la hussarde qui fit des victimes. Face à lui François Mitterrand, candidat d'une gauche unie provisoirement dans la FGDS après le flop de l'opération "Monsieur X" menée par "L'express" qui voulait faire investir Deferre comme candidat du centre-gauche. Il fit plus de 30% au premier tour. L'opposition de droite (ou du centre, comme on voudra) fit un tabac avec 18% grâce à Lecanuet, jeune, souriant, bel homme (une sorte de Macron...). Mauriac qui, en bon gaulliste, le détestait parce qu'il avait mis le Général en ballottage le surnomma "Kennedillon". Il y avait déjà un candidat d'extrême-droite, Tixier-Vignancour ex-fonctionnaire de Vichy et un des avocats attitrés de l'OAS. Il sut jouer de sa trogne et de sa célèbre "voix de bronze" qui vous passait partout, faisant parler le sentiment plus que la raison, rappelant les souffrances des pieds-noirs et des harkis et il obtint ainsi plus d'un million de voix, résultat inespéré pour une extrême-droite encore mise au ban à cause de la collaboration. Sa haine de De Gaulle était telle qu'il se désista pour Mitterrand au second tour (il est vrai qu'il l'avait peut-être rencontré dans les couloirs de l'Hôtel du Parc...). On avait aussi des "petits candidats". Par exemple Marcilhacy, sénateur de la Charente (on se croirait chez Balzac ou Chardonne...) dont la seule qualité était d'être plus grand (en taille) que son rival. Il condamnait la constitution de 1958 à l'instar du président de son assemblée, Monnerville. Le plus folklo était indubitablement Barbu (qui ajoutait au ridicule de son nom celui de son prénom, Marcel). C'était une sorte d'abbé Pierre geignard qui avait été quelque chose, me semble-t-il, dans le mouvement coopératif à la Libération. De Gaulle, comme on sait, l'emporta au finish, mais ce ne fut pas un triomphe, un 55/45 qui ouvrait à Mitterrand sa deuxième carrière politique loin des jardins de l'Observatoire et des combines de la Quatrième, et qui annonçait la fin prématurée du second mandat gaullien.

Je votai pour la première fois aux présidentielles de 1969. Les choses avaient changé, 1968 était passé par là. On se souvient du dessin de couverture de "Hara Kiri hebdo" avec cette légende : "Qui a les plus grosses fesses, Pompidou ou Poher ?". Le second tour opposa ces deux candidats de droite, la Gauche fut laminée avec l'improbable tandem Deferre/Mendès-France. Le PC, lui, tira son épingle du jeu grâce au rondouillard et faux gentil Duclos, stalinien de la plus belle eau. Il y eut aussi la première candidature trotskiste avec Krivine, bidasse en congé. Comme on sait, elles devaient se multiplier...Nous étions entrés dans une ère nouvelle...