Causons derechef

08 décembre 2016

La Gauche et l'Interruption Volontaire d'Opinion

Commençons par nous justifier car le sujet est sensible et on a vite fait de vous coller sur le râble des opinions que vous n'avez pas. Le droit à l'IVG est une conquête sur laquelle il n'est pas question une seconde de revenir. Qu'on se souvienne de toutes les vies brisées : filles trop jeunes obligées de quitter l'école et promises à un avenir sinistre, épouses épuisées par les maternités, mutilations et morts dues à la maladresse de faiseuses d'anges...Intolérable ! Évidemment l'avortement ne devrait être qu'un dernier recours qu'une éducation poussée à la contraception et le développement de la vasectomie devraient faire disparaître. La question de la "vie" du foetus ne se pose pas pour moi qui le considère comme une sorte d'excroissance, d'organe interne du corps de la mère, puisqu'il n'a pas de conscience. J'ajouterai enfin que je me targue d'être un des derniers malthusiens (les écolos l'étaient aussi dans les années 70 mais ils ont trahi). Oui nous sommes trop nombreux, ce qui épuisera à brève échéance les ressources de notre monde et nous fait vivre en attendant dans une promiscuité pénible. C'est dire que tout moyen de limitation des naissances a droit à ma bénédiction.

  Ces précautions prises, venons au fait. Une dame Rossignol, qu'on dit ministre, a porté un projet de loi, actuellement en discussion au sénat, qui "élargit le délit d'entrave à l'IVG aux sites Internet diffusant de fausses informations sur l'avortement", délit assorti de lourdes amendes. Il faut évidemment entendre par "fausses informations" des opinions qui ne sont pas celles de la dame et du PS. Elles ne sont pas les miennes non plus, mais il ne me viendrait pas à l'idée d'empêcher qu'elles s'expriment. Or l'avortement n'est pas - les militantes féministes sont les premières à le dire - une "opération de confort". Il entraîne une souffrance physique, peut laisser des séquelles, même si c'est très rare, doit être mûrement réfléchi car on ne peut revenir en arrière et on peut être hantée par l'enfant qu'on n'a pas eu, enfin la condamnation de l'acte par de nombreuses religions pose légitimement question aux croyantes (Fillon ne m'a pas choqué en disant qu'en tant que catholique il était contre mais ne reviendrait pas sur la loi Veil). Les sites en question suscitent cette réflexion, d'une façon unilatérale, c'est sûr, et on a débusqué derrière eux la "Manif pour tous", le démon favori et repoussoir de la Gauche pour effrayer le bon peuple. Probablement, et alors ? Ces sites ont profité du vide laissé par un gouvernement qui n'avait même pas été fichu de créer le sien. Ils se sont donné une allure officielle, dit-on. Soit, mais ne figure pas dans leur adresse gouv.fr, ce qui devrait éviter toute ambiguïté et, de toute façon qu'on les oblige à préciser qu'ils ne sont pas officiels, pas besoin de les poursuivre.

Alors, pourquoi lancer ce débat dans une pays en pleine crise sociale et institutionnelle ? D'abord, évidemment, parce que notre bonne Gauche pharisienne est intimement persuadée d'être le parti du Bien, celui des antiracistes, des anticolonialistes, des féministes, des humanistes, de celui qui ne laissera jamais passer le fascisme et vomit le Lepénisme mais ouvrira tout grands ses bras à l'Immigré à condition qu'il aille habiter dans un autre quartier. Quand on professe le Bien, qui est un absolu, on ne peut tolérer les déviants, les anticonformistes, les pécheurs au service du Démon. On multiplie donc les lois pour les faire taire : loi Gayssot contre tout révisionnisme en histoire, loi Taubira qui impose une vision unique de l'esclavage car il n'y a pas de religion sans dogme et si on ne brûle pas les hérétiques, on les bâillonne. De plus nous sommes à la veille d'une élection importante et la Gauche est en peine déconfiture et part en lambeaux. Elle a vu là un moyen de rassembler ses maigres troupes sur une question sociétale puisque son programme économique est condamné en son sein même. Petite carabistouille et négation d'une de ces fameuses "valeurs" qu'elle a toujours à la bouche, la liberté d'opinion et d'expression. Puissent les citoyens ne pas se tromper et bien voir quel est l'enjeu de cette loi scélérate qui s'ajoute à beaucoup d'autres !

 

 

 


02 décembre 2016

Mauvaise semaine pour Pimprenelle : ça turbule et ça surine dans les LEP

Oui, mauvaise semaine, non seulement personne ne lui a demandé d'être candidate à la primaire de la Gauche mais elle fait l'actualité et s'en passerait bien pour une fois. L'incident de Marseille, pourtant, paraît bien banal dans cette ville : à la suite d'un "différend" (je mets des guillemets, les djeunes diraient plutôt "embrouille") un élève d'un lycée professionnel en poignarde un autre qui en meurt. Le coupable et des complices, dont une mère visiblement hyper-protectrice, ont été arrêtés. L'établissement passe pour "sans histoires". Peut-être mais cette réaction ressemble un peu à celle des habitants des "quartiers" qui, lorsque on arrête un trafiquant de drogue ou un terroriste islamique, disent : "Ce n'est pas possible, il disait toujours bonjour et portait les paniers trop lourds des vieilles dames" (pardon, des mamies). Najat, qui a un coeur gros comme la sardine qui a bouché le port de Marseille et le sourire de la Bonne mère, a fait part de son "immense émotion" et a balancé aux lycéens une cellule de soutien psychologique (il n'est pas question apparemment que la police protège l'établissement). Fin provisoire de l'histoire en attendant le jugement.

Plus intéressant ce qui s'est passé à Paimboeuf, petite ville frappée par la Crise de la France périphérique. Une centaine d'élèves du lycée professionnel Albert Chassagne ont attiré l'attention des médias en manifestant devant leur établissement pour réclamer des sanctions contre les condisciples qui leur pourrissent la vie en perturbant les cours et en se livrant à des vols et à des agressions (j'allais dire "y compris sur les profs" comme si cela n'allait pas de soi...). Ce genre de réaction est très rare bien que la majorité des élèves, n'accablons pas les jeunes, aient envie de travailler dans de bonnes conditions, mais une conception erronée de la solidarité et la terreur que font régner les violents les paralysent le plus souvent. A Paimboeuf cette réaction a été massive (plus de la moitié de l'effectif), exaspérés qu'étaient les lycéens par  la proviseure qui se refusait à punir. Il faut dire que la dame applique avec un zèle qui lui vaudra, nous l'espérons, une belle promotion, la politique ministérielle : l'élève est au centre du système éducatif, on lui doit respect et considération et en cas de conflit on n'hésitera pas à céder du terrain. Pas de vagues, surtout pas de vagues. Cette politique s'appuie sur une idéologie permissive et anti-autoritaire qui l' imprègne visiblement puisqu'elle a déclaré "Ça me fait peur que des élèves réclament des sanctions contre d'autres élèves...La réponse au problème se fait par le dialogue et non en coupant des têtes. L'école doit être inclusive et bienveillante." On retrouve ici la l'idéalisme naïf des Dubet ou Meirieu qui a fait tant de ravages mais aussi un sacré mépris de classe : ces élèves, enfants de prolos, sont présentés comme de petits Dupont-Lajoie, des fascistes en herbe. Arrivée l'an dernier dans l'établissement la proviseure a "bâti des projets en collaboration avec le théâtre Trucmuche", "voulu faire des élèves des citoyens éclairés et responsables" (ce n'est visiblement pas le cas de tous...), "former les jeunes au hip hop" (plutôt que de les former à un métier, eux sur qui plane la menace du chômage en dépit des promesses de Pépère). On croirait lire un Projet d'établissement, ils sont rédigés dans la même langue de bois. Ajoutons que ce genre de situation a des effets pervers. Les élèves et les parents interrogés affirment que les trublions viennent de la ville voisine de Saint-Nazaire et sont envoyés à Paimboeuf faute de place là-bas. Un parent d'élève ajoute - dans les classes populaires on n'a pas peur des mots - qu'ils sont d'origine étrangère. L'absence d'autorité et le pourrissement de la situation tournent à l'affrontement entre "Gaulois" (ou "Bretons"...) et allogènes. Beau résultat qui n'était sûrement pas celui qu'attendait notre très progressiste proviseure.

25 novembre 2016

Un peu de Fillon bashing pour ceux qui voudraient voter au second tour des primaires

 Les fermiers de Fillon - car il possède des centaines d'hectares - lui disent "Bonjour, monsieur not' maître" en soulevant leur casquette.

  Fillon a mis ses enfants à l'école libre.

  "Ami, entends-tu le chat-huant qui ulule sur nos plaines ?" : c'est Fillon traînant après lui les débris de la Grande armée catholique et royale.

  Fillon va à la messe tous les dimanches et communie aux grandes fêtes.

  Le KGB tient Fillon avec des photos compromettantes. Vous voulez que je vous fasse un dessin ?

  Fillon rêve que le pape l'honore du titre de président très-chrétien en digne successeur des quarante rois qui ont fait la France.

  Quand Fillon était chez les curés il faisait l'enfant de choeur plus souvent qu'à son tour pour boire le vin de messe.

  Grâce à Fillon les fabricants d'aiguilles à tricoter se frottent les mains.

  Fillon s'entraîne à avoir un regard d'acier pour ressembler à la Dame de fer.

  La protection sociale à la Fillon : s'ils n'ont pas de dents qu'ils mangent de la bouillie, s'ils ont un cancer on peut discuter.

  Fillon rêve de partir pour la Syrie comme le jeune et beau Dunois et de sauver la Chrétienté.

  L'arme secrète de Fillon pour l'élection (la vraie) : Poutine lui a promis de rembourser les emprunts russes, et il l'a cru...

  La maman de Fillon l'avait consacré à la Vierge et vêtu de bleu pendant son enfance.

  Fillon veut mettre à pied autant de fonctionnaires qu'Erdogan.

  Fillon ne croit pas que l'islam soit une religion de paix et d'amour.

  Fillon veut remplacer la "Marseillaise" par "Sauvez, sauvez la France, au nom du Sacré-coeur".

  Vous l'avez compris, Fillon c'est la France moisie, les heures les plus sombres de notre histoire, l'hydre de la Réaction qui relève la tête, le vol noir des corbeaux s'abattant sur notre république. Ayez à coeur de la sauver, elle est en danger.

 

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17 novembre 2016

"Swagger" : une nouvelle image de la banlieue ?

Je n'irai pas voir Swagger, énième film sur les jeunes de banlieue qui sont beaucoup moins "invisibles" que certains le prétendent. A mon âge on préfère revoir comme relire et, négligeant l'écume des jours, on revient aux classiques. Pourtant ce film a ébloui une certaine Isabelle Régnier du "Monde", l'organe le plus prestigieux de la Bonne pensée. Les méchants seraient tentés de voir en elle une caricature de journaliste bobote qui, tel saint Paul sur le chemin de Damas, a eu la Révélation : ces petits jeunes dont on dit tant de mal ont beau "être noirs des pieds jusqu'à la tête" (nous sommes dans un collège d'Aulnay-sous-bois à forte population subsaharienne, comme on dit), ils sont beaux, enthousiastes, fantasques, géniaux...Pour un peu elle retirerait ses propres enfants de l'Ecole alsacienne ou de Sainte-Croix de Neuilly pour les inscrire au collège Claude-Debussy. Elle fait grand crédit au réalisateur, Olivier Babinet, d'avoir "retourné, réduit à rien tous les clichés attachés à la banlieue". Admettons-le, mais la dame elle-même n'a pas fait ce même travail sur son style. Jugez-en : "des jeunes gens [...] des histoires plein la tête et des étoiles plein les yeux", "des couleurs qui pètent", "la fougue d'une jeunesse conquérante et gonflée d'espoir", "des jeux d'ombre et de lumière très graphiques", "la formidable qualité d'écoute du cinéaste", "leur bagou est le carburant d'une mise en scène ludique, volontiers artificielle", "[le réalisateur] ouvre les portes du rêve [et ne s'interdit rien] parce que rien n'est trop beau pour la jeunesse" et tout à l'avenant. Et le film là-dedans ? Apparemment le cinéaste ne répugne pas non plus au cliché comme en témoigne cette scène qui a transporté de bonheur Isabelle : "le fabuleux Régis et sa copine sont filmés au ralenti comme les Jay Z et Béyoncé du collège, fendant la foule de leurs congénères au son d'une techno scratchée poussée à plein régime". C'est beau comme du Lelouch. Et sa vision de la banlieue ? très soft, pour dire le moins. Un plan furtif montre une jeune fille ôter son voile avant d'entrer au collège, à croire qu'il n'y a ni imam ni grand frère à Aulnay pour imposer la pudeur à ces créatures du démon toujours prêtes à faire trébucher le croyant. Les attentats ? Un "gamin" (sic) en fait un sketch devant ses copains : pas de très bon goût mais au moins ça montre comment ils ont été reçus dans les "quartiers". Les trafics et la violence des gangs : deux enfants réveillés par les sirènes de voitures de police. Des victimes, toujours des victimes... Cette vision semble bien rose mais laissons la parole au réalisateur (qui était en résidence au collège) interviewé pour l'occasion : le tournage a été interrompu par des jeunes qui les ont rackettés et la production a été obligée de casquer. La réalité finit toujours par vous rattraper...

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09 novembre 2016

Sarkozy aux musulmans : "Vivez votre foi avec des frites"

Quel génie politique ! C'est tout bonnement Nico le finaud. La République était devant un problème qui semblait insurmontable et l'ébranlait jusque dans ses fondements : les repas de substitution à la cantine. Fallait-il, campant sur des positions farouchement laïques, au nom de l'unité et de l'indivisibilité, les refuser au risque de déchirer le vivre ensemble proclamé par les meilleurs esprits ? Ou devait-on au contraire les accepter et se voir traité de foie jaune, de remplaciste, de communautariste fieffé ? Le dilemme était cornélien, mais IL est venu et tel le jeune Alexandre a tranché le noeud gordien. La solution était simple, encore fallait-il la trouver : double ration de frites à la place du sauciflard et de la côte de porc haram. Nous nous assurerons ainsi le soutien des premiers intéressés, ceux qui sont au centre du système éducatif, ceux qui depuis leur plus tendre enfance se goinfrent dans les "Macdo" et chez les "Grecs". Trop contents les lascars, ils exigeront même plus de pâté et de jambon pour les petits Gaulois. Les laïcards seront contents aussi : pas de merguez ni de mouton suiffeux qui marqueraient l'emprise de l'Islam. Qui fera la gueule ? Plenel, peut-être, mais il la fait toujours. Ajoutons qu'une telle mesure sera pérenne, au point qu'on pourrait presque la graver dans le marbre de la Constitution : imagine-t-on un ministre de l'Education nationale revenir dessus et proposer à la place quinoa et épinards ? Le flot des manifestants en casquette et capuche aurait vite fait de battre les murs de la rue de Grenelle et de l'emporter dans la tourmente.

Mais Tricky Nicky voit encore plus loin et c'est à son regard d'aigle qu'on reconnaît le grand homme d'état. Dans quelques années les enfants de la génération-frites seront tous devenus obèses. Dans les courses-poursuites avec la police ils n'auront aucune chance. Ils perdront toute agressivité et traîneront dans leurs cités, boudinés dans leur jogging et leur maillot "Qatar airways". Le "péril jeune" aura été conjuré. Allons plus loin. Ces populations allogènes seront peu à peu intégrées par ce symbole gastronomique de notre pays. On les entendra crier "Vive la France et les pommes de terre frites" comme sous la IIIème république et réciter le poème "France, tu m'as nourri de l'huile de ta friteuse", tout cela en brandissant le drapeau tricolore. Ce sont les petites décisions qui font les grandes évolutions et ça le Grand Nicolas l'a compris. "L'identité heureuse" on y arrivera mais par la frite.

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03 novembre 2016

Le "Mouchette" de Bresson et la France périphérique

Revu hier Mouchette, un des chefs-d'oeuvres de Bresson adapté de la nouvelle de Bernanos Nouvelle histoire de Mouchette. On accole toujours au cinéaste l'épithète de janséniste que lui valent son catholicisme, l'austérité apparente de ses films ( noir et blanc, mais après ce film il tournera en couleurs, acteurs non professionnels, quasi absence de dialogue et de musique...), les grandes questions métaphysiques et morales qu'ils abordent : Dieu, le Mal... Toutes choses justes mais ce qui m'a frappé hier c'est avant tout son réalisme : beaucoup de gros plans sur les visages, mais aussi sur tous les objets qui entourent les personnages et témoignent de leur misère morale ou matérielle. Il me semble même que si quelque historien ou sociologue voulait étudier la "France périphérique" au début des années 60 (car elle existait déjà, dans une définition différente de celle de Guilluy) il faudrait qu'il voie ce film, tourné en décors naturels, plutôt que des documentaires consacrés surtout à de folkloriques paysans ou aux parisiens.

Il y verra des intérieurs que nous qualifierions maintenant de sordides : murs lépreux, vêtements accrochés au mur par des clous, langes souillés qui sèchent près de la cuisinière, lits de toute la famille réunis dans la seule pièce chauffée, l'évier avec son robinet d'eau froide et la lampe à pétrole. Et aussi celui des bourgeoises-bigotes d'un chef-lieu de canton avec fauteuils en tapisserie et armoire pleine de linge. L'école est celle de mon enfance avec un poêle à mazout qui l'empuantit (nous, c'était un poêle à charbon que l'instituteur allumait chaque matin et que les grands élèves alimentaient en allant chercher du charbon au tas dans un coin de la cour avant de vider les cendres le soir). A la sortie aussi des jeunes à mobylette venaient chercher les grandes du certif' pour une partie de touche-pipi dans les bois. Dans un plan du film 3 ou 4 gamines de 9-10 ans assises sur une barre fixe tournent autour en gloussant et en montrant leur culotte "petit-bateau". Toutes portent blouse ou sarrau. Tous les matins des vieilles tout de noir habillées et fichus sur la tête vont à la messe. Les hommes  aussi le dimanche, puis ils se retrouvent au bistrot au décor minimal et sinistre des "estaminets" du Nord. Ils boivent tous, avalant d'un coup verres après verres de mauvais vin que leur sert automatiquement la serveuse à l'air las puis se finissent chez eux au genièvre. Comme c'est la fête au village, il y a un stand de tir et des auto-scooters : magnifique filmage de leur ballet et de cette façon un peu primitive de draguer les filles en les frôlant et en les envoyant tournoyer. Tous, adultes ou jeunes, pauvres ou bourgeois sont habillés "en dimanche". Pour en revenir à Guilluy il s'agit d'une France périphérique en ce qu'elle est rurale, pauvre et frontalière (l'Artois cher à Bernanos). L'économie y est précaire et marginale : contrebandiers, braconniers...et il y règne une sorte de solidarité : les gendarmes devinent l'alcool de contrebande dans un vieux camion brinquebalant mais n'interviennent pas, le garde ne met pas la main au collet du braconnier. Dans cet univers misérable Bresson chez qui c'est un thème obsédant, insiste sur la circulation de l'argent : quelques pièces poisseuses d'eau de vaisselle pour salaire de Mouchette, les gros billets pour le contrebandier, la monnaie que les soiffards jettent sur le comptoir...Cette communauté en marge du décollage économique de la France dans les années 60 semble annoncer celles des rejetés de la mondialisation que le géographe décrit. Mais que tout cela ne fasse pas oublier les souffrances de cette jeune héroïne dure et butée splendidement interprétée par une non-professionnelle comme il se doit chez Bresson.

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25 octobre 2016

Pépère devant la Haute Cour ou le mauvais fils puni

Mais qu'arrive-t-il donc à Pépère, basculerait-il du ridicule dans le tragique et la lourde menace du Tribunal suprême de la République pèserait-elle sur lui ? Il aurait - horribile dictu - trahi des secrets diplomatiques et militaires devant des journalistes trop bavards. Va-t-on le traîner en Haute Cour, boudiné dans son petit costume, ayant perdu son éternel sourire de ravi de village mais gardé ses joues pendantes, portant dans sa petite serviette d'écolier les documents pour sa défense ? Verra-t-on à ses côtés le fidèle Jouyet qui n'est quand-même pas Isorni ni l'autre qui avait une "voix de bronze" ? Un garde républicain en grande tenue lui arrachera-t-il le grand cordon de la légion d'honneur dans la cour de l'Elysée devant la troupe l'arme au pied ? Comment a-t-on pu en arriver là ? Il faut remonter très loin dans le passé, jusqu'à l'enfance qui explique tout.

Ça a débuté comme ça.

Le petit François avait une collection de soldats de plomb à laquelle il tenait comme à la prunelle de ses yeux. Or quand la famille déménagea de Rouen pour Paris où leur domicile serait moins grand, le père décida de se débarrasser du superflu et malgré les supplications de l'enfant jeta aux ordures les petits soldats. Le chagrin de François se transforma vite en colère puis en révolte contre le père-tyran qui lui avait arraché son enfance comme il aurait tranché un membre. Devenu adulte, il ne lui épargna aucune avanie. En choisissant Ségolène il fit coup double : se mettre à la colle un fille d'officier c'était, en quelque sorte, retrouver sa petite armée; lui coller dans le buffet quatre enfants reconnus et non légitimes, c'était piétiner la morale bourgeoise du père. Jeune conseiller d'état il se spécialise dans les questions fiscales, or on sait depuis le procès Cahuzac et le témoignage candide de son épouse que les chirurgiens sont une des professions qui fraudent le plus. Ne parlons pas de l'adhésion au PS qui à l'époque passait pour un parti de gauche, ce fut comme un chiffon rouge agité sous le nez du père-taureau. Ultime pied-de-nez il s'implanta pour sa carrière politique à Tulle,Tulle où avaient été internés les généraux de l'OAS qu'admirait Georges Hollande. Enfin, couronnement d'une carrière habilement menée, il devient président de la république, pour ainsi dire le père de la nation. Il s'affirme enfin par cette anaphore devenue célèbre : moi président... moi président...moi, moi, moi qui triomphe enfin. Liquidé, écrasé, réduit en poussière le rival honni. Le Père est mort mais, hélas, le nouveau père devient bien vite Pépère, surnom ô combien castrateur. Rien ne se passe comme prévu : le pays s'enfonce dans la crise et le chômage, bonnets rouges et casquettes à l'envers entretiennent le désordre, les lois d'exception n'empêchent pas les attentats meurtriers, la "jungle" s'étend, les réformes sont sabotées...Mais le président s'en fout, il plane, il est enfin le "commandant en chef" comme disent les Américains. Il peut disposer à loisir ses petits soldats dans les zones de conflit et tant pis s'ils reviennent parfois dans des cercueils de plomb. Et que je te reconquiers le Mali qui fut à nous et que je brûle d'intervenir en Syrie qui fut sous notre mandat. En France il succombe sous les lazzi mais, croit-il, ailleurs il est craint et respecté. Et il se met à rouler des mécaniques et à se vanter de ses exploits comme un ancien de la Coloniale, pas de colliers d'oreilles mais 3 ou 4 méchants écrabouillés par des drones : "Père qui as voulu me châtrer, vois ton fils et admire le!". Et c'est alors que les deux journalistes qu'il avait choisis comme confidents (car la solitude du Chef est grande) le trahissent. L'occasion était trop belle pour ses adversaires : divulgation de secrets d'Etat (personne n'a encore dit "haute trahison"...). Petits soldats qui égayèrent son enfance, vous aurez perdu François et le cadavre du Père bouge encore...

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19 octobre 2016

Le monsieur-qui-écrit-aux-journaux 2.0

Dans la France de naguère ou plutôt de jadis le monsieur qui écrit aux journaux était un personnage pittoresque et un peu ridicule. Il y avait celui des villes et celui des champs. Le premier, instituteur ou employé de bureau à la retraite, nanti d'une épouse grise et soumise, avec de grosses lunettes en corne et une tendance à la dyspepsie, écrivait ses lettres sur la table de la salle à manger, le dos au buffet Henri II. il dénonçait impitoyablement les fautes de grammaire des journalistes, était ferré sur les alliances des familles royales et très critique sur les embellissements de sa petite ville que chantait le localier. Habitué aux rapports hiérarchiques, il commençait toujours sa lettre par un "Monsieur le rédacteur en chef" et l'assurait à la fin de toute sa considération. L'homme de la campagne ou des bois n'était pas toujours si poli et pouvait clore sa lettre par un "je ne vous salue pas, monsieur" mais il n'était jamais injurieux, et élevait le débat. Atrabilaire et misanthrope, il s'était réfugié au désert pour fuir une humanité dont il fustigeait les moeurs. Méditant sur les malheurs du monde et la méchanceté des hommes en crachant sur ses chenets, il s'emparait soudain de sa plume pour débusquer la filouterie des hommes politiques, condamner la décadence de la littérature et des arts, annoncer la fin imminente de notre civilisation, heureux quand-même dans sa thébaïde au milieu de ses chats et ses livres.

Que les temps ont changé ! Dans la presse en ligne on n'écrit plus au rédacteur mais on commente en direct l'article du journaliste lui-même, et surtout, au gré des "partages" on multiplie ses interlocuteurs qui ont jugé bon comme vous de réagir à la même chose et une sorte de dialogue ou d'échange s'engage. c'est du moins ce qui devrait advenir dans un monde idéal mais on en est loin. Tout et n'importe quoi est commenté, les "grands sujets" s'effacent derrière ce qui titille ou émeut : le cul de Kim Kardashian, le chaton maltraité par des sauvageons, Hollande chevauchant son scooter pour rejoindre sa dulcinée, Macron et la différence d'âge, la folle nuit de Cyril Hanouna... Et le style ! On s'injurie les uns les autres sans la moindre invention ou on pleurniche en évoquant son "coeur de maman", on s'indigne aussi : "comment les humains peuvent-ils...". on retrouve tous les tics de langage : en capacité de, sur Paris... quant à la syntaxe, n'en parlons pas, c'est souvent du petit nègre quand ce ne sont pas des borborygmes et l'orthographe est à l'avenant. Certes de rares internautes, sur des articles "sérieux", se livrent à des analyses subtiles et à des critiques constructives mais leurs posts sont si longs qu'ils découragent le lecteur moyen.

Pourtant tout a-t-il tellement changé ?Les grammar nazis pinailleurs qui relèvent avec gourmandise les fautes des internautes pour les déstabiliser et les décourager, sont les héritiers des vieux instits qui écrivaient aux journaux. Les obsédés de complots ne rêvant que d'illuminati ou de judéo-maçons aux doigts crochus ont une forme de folie qui rappelle les monomanies de certains de leurs prédécesseurs. Surtout on retrouve chez les uns et les autres le même mal-être, la même révolte avortée, la même solitude, réelle chez les anciens, virtuelle chez les contemporains, ce qui ne vaut pas mieux.

 

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09 octobre 2016

François Mitterrand ou le coup de foudre permanent

Ma première réaction a été banale : "Mais pourquoi diable fait-elle publier tout ça, elle aurait dû le garder dans ses boîtes à chaussures où sa fille aurait trouvé lettres et journal et les aurait lus le soir à la chandelle..." Dieu me pardonne mais j'ai même eu la pensée peu élégante qu'elle faisait ça pour l'argent. Je me suis vite repris et à lire les critiques et les quelques extraits que le "Monde" a publiés j'ai compris qu'elle avait eu raison et surtout que c'était une marque d'amour et non une recherche du scandale. Cette publication complète et magnifie le personnage de François Mitterrand s'il en était besoin. Un héros de roman, on l'a souvent dit, dont la stature écrase les deux nains qui lui ont succédé, l'agité du bocal et le petit bureaucrate pépère (je mets Chirac à part parce qu'il fut lieutenant dans les Aurès en pleine guerre d'Algérie et pour son culte des arts premiers que je crois sincère). Résistant après avoir tâté de Vichy, jeune député et ministre bien décidé à conquérir le pouvoir, tramant des intrigues qui le menaient parfois à la limite de la légalité et lui valurent le surnom plutôt flatteur de "florentin" ou de Rastignac (aucun Charentais n'y échappe), enlevant à la pointe du sabre une SFIO moribonde dont il fait son instrument pour arriver enfin à l'Elysée (il y a un côté "hussard" chez lui qui appréciait les livres de ceux des années 50), séducteur impénitent, luttant deux septennats contre un cancer qui le rongeait..."Quelle histoire !" a-t-il dit pour tout commentaire le soir du 10 mai. En effet, et c'était la sienne.    Pour brocher sur le tout il aimait la littérature et les écrivains qu'il recevait à sa table de Guimard à Jacques Laurent et de Semprun à Jünger (Hollande, il a fallu le forcer à lire La princesse de Clèves quand il était lycéen...). Après la gloire politique (il est en train de rejoindre De Gaulle dans notre panthéon), la gloire littéraire, cela l'aurait flatté. Du reste le coup n'a-t-il pas été préparé avec son amoureuse ? Ce qui le grandit par-dessus tout, c'est cette passion qui a duré plus de 30 ans. Devant une si fascinante histoire d'amour le reste paraît presque dérisoire et elle ferait un roman à elle seule digne, peut-être, des grands récits de passion. Au siècle passé on pense à Belle du seigneur d'Albert Cohen, mais la passion brûlante des deux amants s'effiloche et meurt sous l'effet du temps. Dans L'éducation sentimentale l'amour de Frédéric pour madame Arnoux dure (encore qu'il le renie au dernier chapitre : "c'est là ce que nous avons eu de meilleur") mais il ne couchera jamais avec elle. Comment notre héros réussissait-il à mener de front son combat politique (il semble qu'il y ait dans la correspondance beaucoup d'allusions à celle-ci), sa vie familiale avant de trouver un compromis avec son épouse, ses autres liaisons ?...Ce cloisonnement semble incompatible avec la passion et pourtant qui pourrait la nier si j'en juge par les extraits que j'ai lus et d'ailleurs qui pourrait mettre en doute le témoignage de la survivante ? Peut-on donc être "de feu et de glace" comme le dit le cliché ?Trouverait-on dans son compatriote Chardonne l'explication psychologique qui résoudrait la contradiction ? très "chardonnesque" d'ailleurs ce rejeton de bourgeois de province que foudroie la beauté d'un jeune fille de bonne famille catholique qu'on croirait sortie d'un roman de Giraudoux. Peut-être la passion bouillonne-t-elle en province et qu'y naissent les grands amoureux...En tout cas Mitterrand a mené une politique souvent discutable, n'a pas été le meilleur des époux ni le meilleur des pères, à la fois absent et écrasant, (sauf pour Mazarine, évidemment), mais pour cet amour il lui sera beaucoup pardonné.

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03 octobre 2016

Drame pendant la "Nuit blanche" : un évêque assassiné en l'église Saint-Germain l'Auxerrois

La température était clémente et les Parisiens nombreux pour cette énième "Nuit blanche", équivalent automnal de la "Fête de la musique", à cette différence qu'il n'y a pas à chaque coin de rue un orchestre de djeunes qui vous corne aux oreilles. Au programme figurait la lecture du "Sermon sur la mort et la brièveté de la vie" de Bossuet en l'église Saint-Germain l'Auxerrois et je me faisais une joie d'y assister. On ne l'étudiait guère dans les lycées laïques, mais il me restait quelques bribes de savoir qui expliquent ma curiosité : sa défense du gallicanisme au service du grand roi, sa querelle avec Fénelon sur le quiétisme (il forme avec lui un de ces couples antagonistes comme les aime notre histoire littéraire : Corneille vs Racine, Voltaire vs Rousseau...) et surtout "O nuit désastreuse! ô nuit effroyable où retentit tout à coup comme un éclat de tonnerre cette étonnante nouvelle : Madame se meurt ! Madame est morte !". Sublime ! L'éloquence sacrée n'a jamais atteint de tels sommets et concourt, avec le théâtre, l'architecture et la peinture, à faire du XVIIème le Grand siècle. Et puis, avouons le, il y eut aussi Jean Yanne et son émission sur RTL à la fin des années 60. Deux personnages, Bossuet et son bedeau Marcel, animaient des saynètes pour introduire des calembours de haute tenue et je ne résiste pas à la tentation de vous livrer mon préféré :  Marcel, en plein hiver, entrant dans la bibliothèque de son maître où il n'y a pas de feu : "Monseigneur, vous allez attraper froid !" et celui-ci, montrant sur les rayonnages les oeuvres complètes de l'auteur des Satires :"Mais non, mon bon Marcel, j'ai du Boileau et ça me tient chaud l'hiver."

    A l'heure dite un comédien monta en chaire et poussa un "meuh" retentissant qui m'interloqua d'abord, mais je ne tardai pas à comprendre : il avait décidé de lire le texte en détachant chaque syllabe et en la séparant de la suivante par un silence d'une seconde, ce qui donnait ceci : Me - se - rait - il - po - ssible -...et tout à l'avenant. Je crus d'abord que cette afféterie ridicule était une sorte d'introduction à la prose du Grand siècle, si peu familière à nos oreilles qu'il fallait pour ainsi dire la marteler, mais je dus me rendre à l'évidence, cela continuait et je compris mieux pourquoi on avait prévu des heures pour la lecture de ce sermon. Au bout d'un quart d'heure je suis sorti, furieux. Furieux contre ce théâtreux prétentiard qui ne respecte pas son public qu'il fait périr d'ennui avec son expérience puérile qui consiste à ânonner un texte pour en ôter tout sens et toute beauté, privant ainsi l'auditeur de toute jouissance, mais surtout, qui ne respecte pas l'écrivain qu'il prétend faire connaître, comme si une méditation sur la mort et la fragilité humaine n'était que roupie de sansonnet, comme si la construction du discours de Bossuet, la puissance de sa rhétorique, la beauté de sa langue ne signifiaient rien à ses yeux, qu'il avait le droit de les triturer à sa guise et de les utiliser comme faire-valoir. Il moulinait un de nos plus grands orateurs sacrés à la façon des metteurs en scène qui s'emparent de grandes pièces du répertoire et collent dessus des ballets d'éphèbes à poil qui se pelotent, des projections d'actualités de guerre ou de tonitruantes musiques en complète dissonance avec la pièce. Combien de théâtreux sont des outres pleines de vent qu'un public de jobards entretient dans l'idée que ce sont eux les véritables créateurs et non celui qui a écrit la pièce. Du reste qu'un tel spectacle ait pu être sélectionné pour une manifestation patronnée par Anne Hidalgo et sa camarilla ne m'étonne guère. Qu'aura-t-on l'an prochain : la lecture de la Recherche en javanais par des jeunes gens nus dans le camp naturiste qu'on nous a promis :"Lavontavan je me savuis cavouchavé de bavonne haveur" ou bien celui qui voudra "entrer en résistance" lira-t-il à l'envers  La Princesse de Clèves ? Avec elle tout est possible et je suis sûr qu'elle saura encore me surprendre...