Une fois de plus j'ai envie d'entonner l'air célèbre d'Offenbach. Hier dans le train Amsterdam/Paris deux militaires américains en vacances ont maîtrisé un terroriste probablement islamiste qui s'apprêtait à tirer sur les passagers à la kalachnikov. L'un des deux hommes a été grièvement blessé.

On peut d'abord trouver un sens politique à cet évènement : il permet de bien distinguer où sont nos amis et où nos ennemis. N'en déplaise à la droite la plus extrême et à la "gauche de la gauche" qui entretiennent la tradition de l'antiaméricanisme le plus primaire, les Américains sont à nos côtés comme pendant la guerre et comme l'a chanté Sardou ("Si les Ricains n'étaient pas là...). Les mêmes gens se mettent la tête dans le sable et ne veulent pas admettre que nous sommes en guerre contre les islamistes. Certes, nous ne la voulons pas, mais eux la veulent et attaquent sur tous les fronts. Ceux qui s'égosillent "pas d'amalgame", "pas de stigmatisation", "l'Islam religion de paix" ne sont peut-être pas des traîtres comme on disait à la Libération, mais au moins des "idiots utiles".

Il est toutefois plus intéressant de souligner l'aspect sociétal de cette histoire. Dans les mêmes circonstances les civelots baissent les yeux, se plongent dans leur journal, montent le son de leur Iphone ou regardent défiler à la fenêtre les cités grises de banlieue. Est-ce leur affaire si des gens se font dépouiller, si des filles se font molester, si des faibles se font frapper par une bande de lascars qui font régner leur loi ? Vont-ils courir un danger, risquer un mauvais coup pour des gens qu'ils ne connaissent pas ? Il ferait beau voir. On leur a appris que la valeur suprême était leur petite personne à laquelle s'appliquait avant tout le sacro-saint principe de précaution. D'ailleurs ce serait à la police d'intervenir, elle est payée pour ça. A l'inverse on a enseigné aux militaires de façon parfois un peu rude quelques vertus comme le courage, le dévouement, l'altruisme, l'audace. Je sens combien tout cela sonne ringard, ça sent le curé, le boy scout ou de vieux militant rouge, il y a longtemps que nous autres modernes avons balancé ça par-dessus bord. Pourtant dans certaines circonstances ça fait rudement plaisir quand elles se manifestent. Il se trouve que ce sens de la solidarité avec la communauté à laquelle on appartient est particulièrement développé chez les Américains, héritage des protestants non-conformistes et de l'esprit d'entraide des pionniers aux rudes conditions de vie. Au lieu de nous rebattre les oreilles avec le "vivre ensemble" et le "faire société", commençons par l'éducation de chacun.

D'ailleurs l'image de l'armée a évolué. Dans ma prime jeunesse c'était l'armée coloniale en butte à toutes les accusations : tortures, massacres, incendies de mechta, viols...Mais il y avait chez ses officiers un patriotisme incontestable souvent né avec la Résistance, une volonté réelle chez certains d'aider les populations dont on voulait conquérir les coeurs et un sens de l'honneur et de la parole donnée qui leur a fait refuser d'abandonner les harkis dont on connaît le sort. L'antimilitarisme a peut-être culminé avec 1968 et les années qui ont suivi, celles de l'adjudant Kronenbourg de Cabu et de la défense du Larzac. Puis l'armée a en quelque sorte disparu des radars comme si cette institution ne comptait plus. Elle s'est technicisée, des régiments ont été dissous et des casernes transformées en sièges de conseil général. On a fini par supprimer un service militaire où depuis longtemps les classes sociales ne se mélangeaient plus et ce sans craindre de la transformer en garde prétorienne qui aurait menacé la République, ses crocs étaient bien limés... Puis peu à peu on s'est aperçu que nos soldats assuraient des missions de paix à l'étranger qui n'étaient pas sans danger (Liban, Afrique), qu'ils savaient se transformer en humanitaires lors de catastrophes naturelles et même, depuis quelque temps, qu'ils protégeaient la République et ses citoyens contre le terrorisme. Les "Je suis Charlie" héritiers de Cabu les acclamèrent. alors oui, je le proclame, "j'aime les militaires" et il faudrait peu me pousser pour que je crie ; "Vive l'armée"...