Le poste de ministre n'est pas une sinécure, comme s'en est récemment aperçu la secrétaire d'état à la jeunesse et à l'engagement face à une foule de jeunes hostiles à Poitiers (on peut se demander s'ils n'ont pas vu dans le choix de cette ville une provocation, alors qu'il n'y avait que le désir qu'avait la nouvelle maire EELV de faire parler d'elle).

Reprenons l'histoire depuis le début. La FCSF (fédération des centres sociaux et socio-culturels français) tenait là sa réunion nationale annuelle et avait commissionné 130 jeunes pour qu'ils fassent part de leurs recherches et réflexions sur la place de la religion dans la société. Cette fédération fait partie de ces nombreuses associations d'utilité publique très présentes dans les quartiers populaires et copieusement financées par l'Etat. Son but est "d'éclairer les enjeux liés aux questions sociales et de nourrir les politiques publiques en renforçant le pouvoir d'agir des habitants sur les questions qui les concernent" (noble tâche!). Des jeunes avaient passé quelques jours de vacances à étudier la question sous la houlette de militants de l'association. Si on parle souvent de diversité, on ne saurait employer le mot ici : visiblement tous étaient musulmans, et musulmans purs et durs comme nous allons voir. Pas le moindre chrétien, pas le plus petit bouddhiste, même pas un "musulman modéré", et encore moins un athée (on tremble pour le sort qui lui aurait été réservé...). Ces jeunes représentent-ils vraiment la jeunesse des quartiers? Ce serait très inquiétant. Plus probablement des islamistes militants ont noyauté l'association et manipulent des têtes faibles. Ce n'est guère plus rassurant...

Dans un premier temps Sarah El Haïry les a écoutés et a été rapidement édifiée. Ils réclamaient des cours de religion à l'école, le droit d'y porter le voile et tout autre signe religieux, ils voulaient qu'on supprime le droit au blasphème et qu'on interdise aux journalistes non-musulmans de parler de l'Islam ("parce que les journalistes sont tous pro-Israël", ils n'osent pas dire juifs...). Comme si cela ne suffisait pas un adjoint au maire de Poitiers (EELV, rappelons le...) a enfoncé le clou en déclarant que la loi de 2004 était islamophobe (on a toujours besoin d'un idiot utile). La ministre ne s'est pas dégonflée et a déclaré tout net qu'elle n'était pas d'accord, que la laïcité c'était la liberté et qu'elle favorisait la coexistence des religions, qu'elle approuvait la loi de 2004 et que la liberté d'information n'était pas négociable. Mouvements divers, comme on dit, face à cette personne qui ose les contredire. Elle tente alors de fédérer tout le monde en entonnant l'hymne national, et se retouve quasi seule à chanter (ce qui a dû être assez difficile à vivre sur le moment), et immédiatement après quelques fille voilées viennent lui reprocher ce chant "guerrier et barbare", reprenant sans le savoir une vieille critique de l'extrême-gauche antimilitariste qu'on avait dû leur souffler.

Tout cela, comme dit un de mes amis, laisse bien des choses à penser. Que penser de ces animateurs qui "encadrent" une réflexion qui aboutit à un discours antilaïc, anti liberté et antisémite? Que penser de ces jeunes que l'on flatte, dont on écoute complaisamment le discours ("nous partons de ce qu'ils nous disent") avant de l'orienter subtilement, ces jeunes qui sont "cassés" parce que la ministre a interrompu un dialogue de sourds ("la meuf, elle nous a manqué de respect!"), de ces jeunes enfin, qui renient un pays dont ils ont largement profité? Puisse ce malheureux épisodes rendre la vue à ceux qui ne voient pas le séparatisme qui vient et peut-être la guerre sociale.