Certains se sont scandalisés dernièrement qu'un journaliste ait pu appeler "gueules cassées" les djihadistes blessés sortant de Baghouz assiégée. A ceux qui l'auraient oublié, rappelons que cette expression due à un officier lui-même grièvement atteint, a désigné après la guerre 14 les grands blessés de la face. L'expression était provocatrice mais fut comme un titre de gloire pour des soldats dont l'horreur répandue sur leurs visages marquait le sacrifice mieux que toute autre blessure. Toutefois cette formule n'est pas intrinséquement liée à la Grande Guerre et peut-on vouloir au journaliste si elle lui est venue à l'esprit devant le cortège dantesque des derniers défenseurs de Baghouz ? Il a pu voir, sortant des ruines, des moribonds sur des brancards, des béquillards tenant maladroitement une poche de sang, des yeux crevés et des mâchoires fracassées. Je n'ai aucune indulgence pour ces fanatiques, aucun désir de voir la chappe de l'islamisme peser sur de nombreux pays avec son cortège d'exécutions, de lapidations et toutes les formes de répression contre ceux qui ne croient pas, pensent mal ou baisent selon leurs goûts. Qu'on juge donc ceux qui survivent sans indulgence et qu'on les enferme (la peine de mort, très peu pour moi). Mais ce sont des combattants et je  trouve parfaitement injuste de leur dénier un courage qu'ils ont montré. Il me semble qu'il faut faire une différence entre les terroristes visant des civils sans défense (même s'il y en avait probablement parmi eux) et ceux qu'il faut bien appeler des soldats, qui ont résisté pendant des semaines à un ennemi qui les écrasait sous les bombes et les obus (les civils ne servaient pas vraiment de boucliers...). Leur cause est exécrable, ils n'en ont pas moins été ardents à la défendre (je n'ose dire "héroïques", qu'est-ce que je ne prendrais pas !...). Face à la vertu militaire il faut montrer une certaine équité et reconnaître la même aux cadets de l'alcazar de Tolède et aux Rouges de la sierra de Teruel. Pour un peu je regretterais presque que leurs adversaires ne leur ait pas décerné les honneurs de la guerre, qui est la plus belle des cérémonies militaires.