Notre sémillante ministre de la culture (et de la communication) a introduit un recours auprès du Conseil d'état contre la décision du Tribunal administratif de Paris d'interdire aux moins de 18 ans Love de Gaspard Noé. j'ai d'abord pensé que cette interdiction était justifiée : quoi de plus traumatisant pour un adolescent que de devoir en même temps consulter son portable, bouffer son pop corn et se br....r ? aussitôt j'ai entendu tonner une voix "Oserai-je ainsi piétiner les valeurs de la France éternelle, patrie des droits de l'homme et de la liberté ? Trahirai-je les millions de "Charlie" épandus dans nos rues pour défendre le droit sacré de pouvoir dire, écrire, montrer ce qu'on veut à qui on veut que nos ancêtres ont acquis dans le sang et les larmes ? Voulais-je donc bâillonner écrivains et artistes, les persécuter les mettre dans des culs-de-basse-fosse comme aux temps les plus noirs de l'ancien régime ? Je me couvris la tête de cendres et admis qu'il ne fallait pas interdire. Pourtant, me dis-je soudain, cette mesure se contente de faire passer dans la catégorie "porno" ce film. Est-il plus que cela, en un mot peu ou prou une oeuvre d'art ? A première vue il appartiendrait plutôt à la première catégorie. On y baise tout du long en essayant de pimenter la chose avec quelques ornements : masturbation en gros plan avec éjaculation (en 3D ça va faire peur), triolisme, club échangiste (Jack is back) et même un travelo. Le client en a pour son argent, enfin manque tout de même la zoophilie. Quand on s'appelle Noé...A Cannes la réaction des critiques fut unanime, entre rires gras, bâillements et sifflets. Interdisons donc, pensais-je derechef. Mais ma conscience frémit, qui suis-je et que sont les critiques pour décider qu'un film est de l'art ou du cochon ? (bon, je sors...). La même interdiction a pesé sur Virginie Despentes pour Baise-moi. Depuis la dame s'adonne au roman et les éloges pleuvent. Qui pourrait prétendre que ce n'est pas une artiste ? Certains vont même jusqu'à la mettre à la hauteur d'une Christine Angot, alors...

A ce stade ma réflexion n'avançait pas. Enfin la révélation vint. Le recours devant le tribunal venait de l'association "Promouvoir" dont le but est la promotion des valeurs judéo-chrétiennes dans tous les domaines. L'ennemi s'est démasqué, c'est la Manif pour tous, l'obscurantisme religieux, la famille "tradi", la droite extrême, la France moisie, la morale ringarde...POUAH ! Et en plus ils n'ont même pas les c.....s de demander une interdiction complète ! D'ailleurs le producteur et le réalisateur ne s'y sont pas trompés qui dénoncent l'anachronisme des réacs et proclament d'un air entendu "On devrait en savoir plus sur la France" [Après le recours]. Rassurez-vous, la France n'est pas moisie et les gens modernes que nous sommes auront à coeur de défendre une morale adaptée à leur temps sans tabous ni interdits. Nous sommes forcément à vos côtés contre la censure comme nous étions derrière "Charlie". Contre la censure et contre ce danger encore plus affreux, l'autocensure. Où irions-nous si on ne pouvait plus voir sur scène des enculades ou des crucifix conchiés, si on ne pouvait plus représenter à l'écran les tortures les plus brutales ? Menons ensemble le bon combat pour que triomphe un cinéma moderne. Du reste la réputation de votre film n'est-elle pas déjà faite ? J'entends dans le lointain comme un bruit de tiroir-caisse.