Cette polémique est probablement passée inaperçue et peut paraître bien fade à côté de la bataille d'Hernani ou du Manifeste des Cinq, mais elle montre bien comment monte la mayonnaise et c'est assez amusant. Ce qui est un peu triste, c'est le peu d'écho qu'elle a eu. Au début du mois le romancier Eric Chevillard, qui tient un feuilleton au Monde littéraire, fait une critique mitigée du dernier Modiano, disant entre autre qu'une "petite musique" pouvait tourner à la ritournelle et que les récits de l'auteur s'effaçaient parfois dans le brouillard qui les baigne. Rien de violent, au contraire une appréciation mesurée qui peut sembler assez juste. Quelques jours après l'académie de Suède couronne Modiano et Chevillard maintient avec un peu d'autodérision sa critique. C'est alors que Pierre Bergé actionnaire principal du "Monde" intervient avec éclat sur Twitter. Il s'en était déjà pris quelques jours avant à Chevillard coupable d'avoir descendu deux livres, l'un de Giscard et l' autre d'Alexandre Jardin (dans la Couture on se croit artiste mais on a visiblement des goûts de chiottes en matière de littérature). Et ce galopin récidive en s'attaquant à un prix Nobel ! N'a-t-il aucun sens des honneurs ? Notre magnat indigné "gazouille (je cite Pierre Jourde et le mets en garde : nous frôlons là l'homophobie...) des formules vengeresses" à l'encontre de son employé. Celui-ci, que personne ne lit, est un jaloux et un aigri qui se venge en s'attaquant à Modiano. Trois jours aprés Chevillard répond avec beaucoup d'humour sur son blog : L'autofictif. Je cite pour ceux qui ne le liraient pas (et ils ont tort !) sa réponse qui m'a fait pisser de rire : "J'étais pressenti pour incarner Yves Saint-Laurent dans le troisième biopic de l'année consacré au célèbre tailleur, mais je crois que je vais finalement décliner.". Dernier épisode une chronique de Pierre Jourde dans l'Obs, cet écrivain et universitaire balaie les piètres et minables reproches du papyvore qui confond talent et tirage en lui rappelant notamment qu'un écrivain pour happy few objet de thèses et de colloques en vaut bien un autre.Il égratigne aussi au passage sa vieille ennemie Josyane (avec un Y) Savigneau, ex-dictatrice des lettres, qui apporte son soutien déférent à son patron en commentant son tweet. Rappelons qu'il l'avait déjà fessée en public dans le réjouissant pamphlet co-écrit avec Eric Naulleau, Petit déjeuner chez Tyrannie. On en est là aujourd'hui et il est probable que le feu va s'éteindre : Chevillard est aussi doux que modeste, Modiano discret à son habitude et Bergé s'est fait moucher. On peut donc d'ores et déjà tirer une conclusion de cette affaire. Elle n'a guère fait de bruit dans Landerneau parce que le ton n'était pas violent, que la littérature n'intéresse plus personne et que les lecteurs ne vont pas s'étriper entre chevillardons et modianesques. Les derniers évènements qui ont fait le buzz dans le domaine de la culture  sont le pamphlet de Zemmour et les attaques contre Marcel Gauchet de deux jeunes bourdivins ambitieux relayés par des historiens rebelles auto-proclamés. Les Français s'intéressent plus qu'à des affrontements virils Gauche-Droite et ne lisent plus que des livres politiques de niveaux très différents ou de la littérature de gare. Les sciences humaines ont triomphé et quand on aura adapté l'enseignement aux djeunes au lieu de l'inverse les Lettres périront corps et biens. Triste, vous disais-je.