Certains jours on se demande si les antimacronistes ne sont pas aussi "primaires" que les anticommunistes d'antan. Macron, qui aime à brandir la muleta sous le nez du taureau, leur en donne parfois l'occasion, mais sur les deux derniers événements qui font le buzz en ce moment je ne vois pas ce qu'on pourrait lui reprocher.

Le couple présidentiel a donc commandé à la manufacture de Sèvres un service de table dont l'usage sera évidemment protocolaire. Que n'avait-il pas fait là ! Les chiffres les plus extravagants ont couru sur son prix, on a crié au gaspillage éhonté des deniers de l'Etat ("notre argent"), on a fait des comparaisons rien moins que pertinentes avec les 5 euros d'allocation logement arrachés aux pauvres, avec le sort des malheureux retraités qui continuent à payer la CSG? Et que sais-je encore ? A-t-on oublié, ou seulement fait semblant, que les Macron ne faisaient là que respecter une saine tradition qui remonte à la royauté : encourager par des commandes les industries françaises du luxe dont le prestige était immense dans l'Europe du XIXème siècle. Le roi de France n'allait pas faire signer des contrats commerciaux à l'étranger, mais Versailles était une sorte de vitrine pour les autres cours européennes. Notre président a donc fait montre de patriotisme en célébrant la gloire de la France et de ses arts alors qu'on lui reproche - je reprends la spirituelle formule d'un de mes amis sur Fb - de manger des pauvres dans de la vaisselle d'or. Tiens, cette "vaisselle d'or" ne vous rappelle rien ? Ce fut une rengaine de l'Action française contre Blum qui prétendait défendre le peuple et qu'elle accusait de vivre dans un faste oriental. De droite ou de gauche, le populisme a décidément toujours les mêmes accents.

L'autre anecdote est celle de la réprimande présidentielle à un collégien lors de la cérémonie de commémoration de l'appel du 18 juin.Voilà que ce jeune homme est devenu pour certains une sorte de héros, l'un de citer Corneille,"Va, cours, vole et nous venge", l'autre d'évoquer Gavroche (et pourquoi pas le petit tambour Bara pendant qu'on y est...).Doucement, messieurs, doucement. Il ne s'agit que d'un adolescent qui a voulu se faire valoir aux yeux de ses potes en interpellant de façon familière,un personnage symbolique. Il n'a tenu compte ni du lieu, ni du moment, ni de ce que représentait Macron. C'est à la fois anodin (provocation d'ado) et grave (perte du sens des symboles, incapacité à distinguer l'individu de sa fonction). De cela il n'est pas entièrement coupable : on lui serine depuis sa tendre enfance d'être" naturel", de dire sans fard ce qu'il pense et de ne respecter que ses pairs. Macron a eu tort de se focaliser sur une "Internationale" qui n'avait rien de politique alors que ce qui comptait, c'étaient les "manières", savoir prendre ses distances et moduler ses paroles et ses gestes. Néanmoins ce recadrage était bien venu et la "victime" a été assez intelligente pour l'accepter et en tirer une leçon. On a parlé de son "humiliation", le mot est trop fort et de toute façon c'est courir un risque que de s'exposer aux caméras pour avoir son quart d'heure de célébrité. D'ailleurs, si quelqu'un a été humilié, c'est le premier personnage de la république interpellé comme dans une cour de récré. Quand Bayrou avait eu un comportement similaire, mutatis  mutandis, à l'égard d'un jeune lascar qui lui faisait les poches, tout le monde l'en avait félicité. Les moeurs auraient-elles tant évolué ou est-ce parce que ce collégien ressemble à un jeune bobo et qu'il y a connivence ? Non, je crois simplement que Macron cristallise les haines d'une gauche et d'une extrême-droite en capilotade, de souverainistes qui n'arrivent pas à convaincre et d'une Droite furieuse de le voir faire ce qu'elle n'a jamais osé. Pour un peu on deviendrait macroniste face à une telle unanimité...

NB : j'ai laissé de côté la  dernière histoire en date, la piscine de Brégançon. Que le président de la république ait une piscine dans sa résidence de vacances officielle, quel scandale épouvantable ! Surtout dans une région où le moindre peigne-cul a la sienne dans son faux ranch. Cet ouvrage pharaonique va engloutir, je parie, le montant des pensions de reversion qu'on ne servira plus. Attendons le prochain et pour cela faisons confiance au "Canard" et à "Médiapart".