Le Monde, honneur et navire-amiral de la presse française, le Monde dont l'indépendance à l'égard des pouvoirs et de l'argent est presque un article de foi et dont l'objectivité ne saurait être mise en doute, le Monde qui sait allier la défense de l'économie libérale la plus classique à une position de pointe dans les domaines sociétaux et artistiques, ce prestigieux quotidien qui porte bien haut le flambeau de la France sur la Terre entière est attaqué sur le terrain de la morale et de la déontologie par un journal dont le nom même est un mensonge. Cet hebdomadaire (car il répand son venin 52 fois l'an : on regrette parfois que la France soit une démocratie), Valeurs actuelles, puisqu'il faut bien le nommer, représente la réaction la plus noire et ses ennemis ne s'y sont pas trompés en le surnommant Valeurs inactuelles. Pour donner la mesure de leur idéologie pernicieuse, un seul trait suffira : ils refusent le mariage gay et soutiennent la Manif pour tous. Surmontez votre dégoût et écoutez la suite. Dans un article, ils accusent les deux journalistes du Monde qui enquêtent sur les "affaires" et plus spécifiquement celles concernant Sarkozy, d'avoir été reçus successivement à l'Elysée, au ministère de la justice et même au Pôle financier quelques jours avant la parution de leurs révélations. La perfidie d'une telle accusation ne vous soulève-t-elle pas le coeur ? La réaction a été fulgurante. Le directeur du Monde (pour ceux qui n'auraient pas suivi, il y en a eu trois en un an, il s'agit de Gilles van Kote) ne s'est pas abaissé à démentir ces visites discrètes où les mauvais esprits verraient connivence, compromission et viol du secret de l'instruction. Il est allé droit à l'essentiel : ses journalistes avaient été "épiés et suivis" (par qui ? On ne sait trop : des journaleux de Valeurs actuelles ? des détectives stipendiés par cette feuille exécrable, des policiers fascisants ou voulant arrondir leurs fin de mois?). En tout cas au Monde on ne mange pas de ce pain là : pas question de suivre sa victime caché derrière des lunettes noires ou de donner des rendez-vous à des informateurs dans un rade sordide, on va directement à la source de l'information, c'est tout bénéfice pour le lecteur (et peut-être même l'informateur...). Brandissant l'épée de feu du respect des sources en archange vengeur, le zélé directeur du prestigieux quotidien menace les irrévérencieux journalistes réactionnaires. Ira-t-il jusqu'à demander une entrevue au (à la ?) garde des sceaux pour lui mettre les points sur les i ? Après tout on connaît le chemin de son bureau au Monde et si c'est pour la bonne cause il ny a pas de raisons de se priver.