Titre idiot : je ne lis jamais à la plage, mais je ne pars jamais sur mon île sans livres, bien que je sache pouvoir en trouver d'autres dans les brocantes estivales ou dans ma propre bibliothèque puisque l'été est une saison particulièrement propice à la relecture. En voici quatre que je ne saurais recommander puisque je ne les ai pas lus, mais voici pourquoi et comment je les ai choisis.

  L'opoponax de Monique Wittig :

Je me souviens que le titre du livre intriguait lors de sa parution dans les années 60 aux éditions de Minuit et que l'auteur obtint un prix littéraire. J'étais trop jeune pour le découvrir, ne lisant alors que des romans traditionnels et uniquement en livre de poche. J'avais toujours en tête le titre sans aucune envie particulière de le lire, puis l'autre jour, en flânant chez Gibert, je tombe - en cherchant autre chose - sur une réédition et sur cette phrase de Duras en quatrième de couverture : "C'est un livre [.....] qui est régi par une règle de fer, celle de n'utiliser qu'un matériau descriptif pur, et qu'un outil, le langage objectif pur. [....]. Ce dernier est celui dont l'enfance se sert pour déblayer et dénombrer son univers". Cela m'a paru intéressant. J'ai ouvert le livre : un texte dense et serré, pas de paragraphes, pas de dialogues. Une description,donc, sur 250 pages, mais dont il m'a semblé qu'elle ne m'ennuierait pas puisque c'est aussi un récit. L'incipit a achevé de me convaincre : "Le petit garçon qui s'appelle Robert Payen entre dans la classe le dernier en criant qui c'est qui veut voir ma quéquette,qui c'est qui veut voir ma quéquette. Il est en train de reboutonner sa culotte. Il a des chaussettes en laine beige." On dirait du nouveau roman mais j'ai l'impression que je ne vais pas m'ennuyer.

  Fontamara d'Ignacio Silone :

Chez Gibert encore (j'y passe une partie de ma vie...) : j'ai vendu quelques livres et donne ceux qui ont été refusés à des récupérateurs qui se tiennent sur le trottoir d'en face. Parmi les livres entassés mon regard s'arrête sur un roman publié dans l'excellente collection "Les cahiers rouges" chez Grasset. Ils ne peuvent pas faire moins que de me le donner...De Silone je savais seulement que c'était un écrivain antifasciste et proche des communistes. Le roman décrit la vaine résistance de paysans des Abruzzes à ceux qui les oppriment et leur révolte noyée dans le sang dans l'Italie fasciste. Peut-être est-ce un livre édifiant ou peut-être pas. Après tout Silone a vite été en délicatesse avec le Parti et ne pratiquait pas forcément le réalisme socialiste et Faulkner le considérait comme un des plus grands écrivains mondiaux. Et puis je connais mal le roman italien : celui du XIXème siècle, n'en parlons même pas, et j'ai bien des lacunes dans le roman contemporain. Lire Silone me changera un peu de ceux qui étaient à la mode dans les années 60 : Buzzati, Calvino, Gadda, ou de Svevo qui est si peu italien.

  Falco d'Arturo Perez-Reverte (Points policier) :

Un policier pour les vacances ? Oui, mais un policier de Perez-Reverte, peut-être ce qui se fait de mieux dans le genre actuellement. Enfin, précisons, dans le genre policier historique. J'ai découvert cet auteur en lisant Le maître d'escrime. Le suspense y est habilement ménagé, mais encore plus remarquable est l'évocation de Madrid et de l'Espagne à la fin des années 1860, à la veille du coup de force de Prim contre la reine Isabelle devenue très impopulaire. Ce n'est plus l'Espagne chère aux romantiques que visitait Théophile Gautier 25 ans avant et qui semblait n'avoir guère changé depuis le siècle d'or, mais un pays entrant dans la modernité avec une classe bourgeoise active et l'urbanisation, dont le romancier donne une description très vivante. Changement d'époque dans Falco, puisque nous sommes en 1936 et que le héros, sorte d'aventurier, se met au service des services secrets franquistes pour délivrer José-Antonio, fondateur de la Phalange, prisonnier des "Rouges". Pas de suspense, me direz-vous, puisque lui-même et ses compagnons ont été fusillés et sont "morts pour Dieu et l'Espagne" comme le proclament encore des plaques sur de nombreuses églises de Cantabrie ou Galice. Il n'importe je fais confiance au romancier pour me maintenir tout-de-même en haleine et faire revivre cette époque fascinante.

  Le crime du golf d'Agatha Christie (livre de poche) :

Bon, là tout le monde connaît : cottages anglais enfouis sous les fleurs, thé et sandwich au cresson, Hercule Poirot avec son filet à moustache et le butler trop poli pour être honnête ou l'institutrice ui cache un lourd secret. Elle a quand-même écrit beaucoup de romans, alors, bien sûr, de temps en temps...(je viens d'en lâcher un au bout de 50 pages), mais celui-ci m'a été recommandé par une personne de confiance.