On a presque envie de dire que tout est bien qui finit bien après l'annulation du concert de rap de Black M à Verdun mais cette histoire laisse un goût amer. Comme beaucoup j'ai été choqué par cette décision incompréhensible de choisir, pour rendre hommage aux morts d'une des plus grandes batailles de la première guerre mondiale, ce style musical et ce personnage. Là où on aurait attendu à la rigueur de la musique militaire ou plutôt quelque chose de solennel, marche funèbre, symphonie "héroïque", qui appartînt au patrimoine commun des Français et des Allemands et fût lié de tout temps à ce genre de cérémonie, une musique qui fasse vibrer nos coeurs et parle à notre mémoire, de la musique "classique" européenne s'il faut le préciser; ce fut le rap qu'on choisit, c'est-à-dire la poésie la plus maladroite chantée de la façon la plus primaire. La décision semble avoir été prise conjointement par un ministre des anciens combattants qui fait partie des inconnus au bataillon et par le maire PS de Verdun qui s'est ainsi acquis une célébrité d'un quart d'heure. Cette incongruité m'a fait penser d'abord à l'hommage musical aux morts du 13 novembre : tout ce que la République a trouvé alors qu'elle avait été victime d'un véritable acte de guerre contre ses valeurs fondamentales, ce fut une bluette de qui était encore "l'abbé Brel", la chanson "Quand on n'a que l'amour". Les terroristes ont dû se gondoler et se dire que les brebis étaient prêtes pour l'abattoir. Puis, le maire de Verdun a naïvement vendu la mèche : Black M est adulé par les jeunes. En effet on a appris à flatter ceux-ci dans le sens du poil -  ce qu'on appelait en des temps de morale étroite de la démagogie -  et encore plus à la veille d'élections où la moindre voix comptera pour un parti en pleine déconfiture. ainsi Hollande vient-il de promettre aux très chatouilleux Antillais un mémorial de l'esclavage. Ça ne mange pas de pain et il est probable qu'il n'en posera pas la première pierre. D'ailleurs dans le choix du rap il y a aussi une part de culpabilité blanche à l'égard des colonisés (tous les Français "de souche" sont, à l'évidence, descendants des quelques trafiquants de bois d'ébène et doivent payer). En invitant un "artiste" qui les traite de "kouffars" (mécréants) et se plaint de son sort dans leur pays, nos deux zozos se font fouetter avec une volupté toute chrétienne et expient les péchés de leurs pères, colons féroces et avides. La réaction fut immédiate et beaucoup plus large qu'on ne dit. Il ne faut pas croire que seule l'extrême-droite fut choquée, le furent les patriotes de tous les partis (je rappelle que "patriote" n'est pas une injure), les gens qui avaient tout simplement le sens de la décence, qui ne danseraient pas dans un cimetière ni ne rigoleraient pendant la sonnerie "aux morts". Devant cette levée de boucliers et par crainte de troubles, se souvenant peut-être des paras qui chahutèrent Gainsbourg pour sa "Marseillaise", le maire et le ministre ont donc annulé l'invitation.

Ils ne pouvaient guère faire autrement, mais il y aura un prix à payer pour un parti au pouvoir qui accumule sottises et reculades. Les patriotes de gauche, les "républicains pour parler comme Debray, ne leur pardonneront pas cette pantalonnade, cet effacement de notre histoire, ce communautarisme qui disloque la République en butte aux attaques les plus injustes. Les jeunes des "quartiers" se sentiront une fois de plus humiliés parce que l'un des leurs l'a été. Black M a publié à la suite de cet incident un communiqué au ton apaisé qui contraste avec son style habituel. Il y rappelle que la France a été la terre d'accueil de ses parents et l'a éduqué. Sur ce point on peut discuter car elle ne lui a sans doute pas appris qu'il fallait "couper le pénis des pédés", de quoi faire frémir les thuriféraires du mariage gay...Il rappelle aussi que son grand-père était tirailleur sénégalais en 39-45. C'est bien, mais cela ne donne pas plus de droit à son descendant qu'à un joueur de biniou breton ou à un violoneux berrichon, de rendre hommage aux morts de la Grande Guerre. Il n'en reste pas moins qu'on lui avait promis quelque chose et qu'on le lui retire, qu'en ne lui tenant pas parole on ne le considère pas comme un égal, que ce qu'on pouvait prendre pour une reconnaissance de la "culture" des "quartiers" apparaît comme ce qu'il était : une basse manoeuvre politicienne. Démasqué, le PS perdra les rares voix que lui laissait l'abstention massive de cette catégorie de la population. Ce parti, avec sa lâcheté habituelle, accuse l'extrême-droite, l'ectoplasmique ministre des Anciens combattants ose même parler avec cette annulation "d'un premier pas vers le fascisme", rien moins...Non, c'est bien lui qui est responsable, lui qui ne connaît ni l'histoire de son pays ni la sensibilité de son peuple et il faudra bien qu'il paye. En attendant, soldats de Verdun, nous n'irons pas cracher sur vos tombes.