En janvier 2010 le parlement adopte une loi sur le secret des sources, certes imparfaite mais dont la pire imperfection aux yeux de la majorité était d'être une loi sarkozienne. On allait voir ce qu'on allait voir avec celle que la Gauche concoctait. Las ! On a vu. Le Conseil d'état, fortement influencé par les ministres de l'Intérieur et de la Défense, a considérablement limité la liberté des journalistes en précisant qu'il pourront être poursuivis, entre autres, s'ils portent atteinte "aux intérêts fondamentaux de la nation : son indépendance, l'intégrité de son territoire, sa sécurité, la forme républicaine des institutions, les moyens de sa défense et de sa diplomatie, la sauvegarde de sa population en France et à l'étranger, son milieu naturel et son environnement, son potentiel scientifique et économique et son patrimoine culturel". Ouf, n'en jetez plus ! Allons-y de notre comparaison littéraire puisque l'affaire Snowden a boosté les ventes de 1984 d'Orwell (au fait, lisez du même auteur, si ce n'est déjà fait, Une histoire birmane, roman colonial dignede Malaisie ou de Les asiates). Cela fait furieusement penser à un extrait du monologue de Figaro dans la pièce de Beaumarchais où il raconte son expérience de publiciste "...pourvu que je ne parle en mes écrits ni de l'autorité, ni du culte, ni de la politique, ni de la morale, ni des gens en place...ni de l'Opéra, ni des autres spectacles...je puis tout imprimer librement sous l'inspection de deux ou trois censeurs". Le Progrès marche à pas de géant...

La seule limite qu'on puisse poser à ce secret des sources concerne, à mes yeux, le droit des personnes : diffamation, atteinte à la vie privée et surtout à la présomption d'innocence à cause des très nombreuses violations du secret de l'instruction qui devrait être aussi sacré que celui de la confession. Les journaux les plus vertueux et les plus moralisateurs s'y adonnent en toute tranquillité d'esprit. Ce serait plus honnête de l'abolir et de décréter que toute personne mise en examen est considérée comme coupable jusqu'à preuve du contraire.

Il paraît que Christiane Taubira était furieuse qu'on ait détricoté la loi élaborée par ses conseillers, moyennant quoi elle la défendra comme elle était prête à accepter à propos des peines plancher de "faire ce qu'on lui dirait de faire". La dame n'est déjà pas de haute taille, ce n'est pas courber sans cesse l'échine qui va la grandir.