Comme je ne regarde jamais à la télé la cérémonie des césars, où "la grande famille du cinéma français" se congratule en n'en pensant pas moins et subit les plaisanteries de garçons de bains des comiques de service, je n'avais pas identifié le maigre buste sanglant que mes amis postaient à son propos sur les réseaux sociaux. Après une journée de recherches intenses, c'est fait. Il semblerait donc qu'il faut désormais le piment d'un scandale pour que la fête soit parfaitement réussie. L'an dernier une virago en colère était sortie de la salle en criant "la honte, la honte!", soit qu'elle condamnât les amateurs de lolita (fussent-ils pardonnés depuis longtemps par leur victime), soit que le nom de Polanski sonnât mal à ses oreilles comme à celles de Daroussin, ou tout simplement parce qu'elle estimait que son film aurait dû l'emporter. Cette année donc la comédienne Corinne Masiero s'est mise à poil sur scène, révélant un corps barbouillé de mercurochrome et de slogans revendicatifs. Qu'on ne s'attende pas à ce que je m'indigne comme certains de mes amis. Jeter le trouble dans cette cérémonie vieillote et faussement consensuelle, c'est faire oeuvre pie. Et surtout, le faire en présence de la ministre de la culture est une oeuvre de salut public. Exhiber sous le nez de cette bourgeoise angevine, qui se la joue amie de l'art et des artistes et qui participe à l'étranglement de la culture, un corps nu et sanglant, c'est une façon brutale mais efficace de la ramener à la réalité (petit bémol: les tampons. La précarité menstruelle, c'est un autre sujet). Oui, Bachelot est en train de tuer le cinéma par incapacité à s'imposer et elle n'a même pas l'élégance de démissionner. Merci à Corinne Masiero d'avoir fait tomber le masque et mis à poil la ministre.