C'est comme ça : je n'ai pas lu Denis Tillinac. Que sais-je donc de lui? Qu'il était d'un chiraquisme sans concessions, qu'il jouait au réac grognon, qu'il appartenait à "l'école de Brive"dont il fut même, en quelque sorte, le leader. "L'école de Brive", justement : une poignée d'écrivains d'origine limousine (mais tous les auteurs limousins n'en font pas partie) d'où émergent les noms de Michel Peyramaure qui fait des romans historiques ou de Claude Michelet dont l'oeuvre, qui évoque grives, palombes et engoulevents, ferait presque penser qu'il est ornithologue. En somme une littérature ancrée dans un terroir, un roman populaire de bon aloi (mais je n'ai pas lu Michel Peyramaure...). Je ne sais pourquoi (enfin si, et je vais essayer de le dire) je rapproche Tillinac de Kléber Haedens (bien oublié, je le crains) de façon très subjective. Tous deux sont ancrés dans le sud-ouest, tous deux sont de droite (Haedens un peu plus que Tillinac), tous deux ont grand souci du style et du "bien écrire" (du moins, c'est ce qu'on dit), mais surtout l'un et l'autre font partie de ces écrivains que je n'ai pas lu parce que la vie est trop courte et la littérature immense, parce qu'ils sont dits "légers" et qu'on nous a appris à faire passer avant le sérieux. Et de temps en temps j'ai des regrets, je me dis que ce sont peut-être des frères à côté de qui je passe et je me mets à rêver devant un titre aussi merveilleux que Salut au Kentucky ou Le bonheur à Souillac. "Ne devrais-je pas les lire, me dis-je, et puis non, se répond-t-on, je n'ai pas encore fini l'oeuvre de Dostoievski". On s'est pourtant délecté des Hussards et de toute une palanquée d'écrivains dont le grand mérite était leur style charnu et gouleyant, leur amour de la belle phrase qui retombe bien : Jacques Perret, le grand ancêtre, Marcel Aymé, Blondin, René Fallet, Vialatte..(tiens, la plupart sont des gens de droite, je me demande bien pourquoi...). Mais, rien à faire, il ya des trous dans la raquette (j'emploie à dessein cette expression abominable et ressassée qui sera la honte de notre époque) et tous deux sont passés au travers. Je dois donc l'avouer à ma grande honte et mon grand regret :

Je n'ai lu ni Kléber Haedens ni Denis Tillinac.