Pas étonnant que les Français passent pour un peuple frivole : depuis une semaine ils sont en train de s'empailler sur le voile islamique et la vêture très olé-olé des collégiennes. Faut-il choisir la tenue enveloppante de la bonne Corrézienne dont le visage ne montre que deux hublots dissimulant ses yeux d'almée, ou alors les crop tops émoustillants de la jeunesse des écoles au ventre plat et au nombril aguichant? Ou peut-être y a-t-il un juste milieu? Vaste question. Laissons de côté le hijab dont on a tant parlé et penchons nous plutôt sur le crop top et autres tenues indécentes.

L'argument qu'opposent ces jeunes filles à leurs censeurs est simple comme bonjour :"c'est mon choix!" "c'est ma liberté". Qui pourrait aller contre une tendance forte de la société qui fait que chacun - comme dans la chanson - fait ce qui lui plaît, dussent les autres en souffrir : musique (si l'on peut dire) à fond les bafles, rodéos dans les rues et sur les trottoirs que leur disputent trottinettes et vélos, déchets jetés par terre...La vie en société est devenu un combat où les faibles sont écrasés. Certains leur opposent pourtant que ce choix n'est pas sans conséquences fâcheuses : émoustillés par ces vêtements qu'ils dévoilent plus qu'ils ne voilent (le jean à trou en étant le paradigme) des adolescents au sang bouillonnant, et même des adultes peuvent y voir une façon de s'offrir. Oui, mais, leur répond-t-on, le problème n'est pas la tenue des filles, il est dans l'éducation des garçons. Certes, mais c'est un rude combat que de brider l'instinct sexuel galopant de nos jeunes lurons ou d'apprendre aux lurons de la diversité que porter une jupe ou un crop top ne signifie pas qu'on est une pute bonne pour les caves de la cité. Le risque existe réellement à certains moments et dans certains endroits, mais après tout, si elles sont prêtes à l'assumer

 Si la  rue est  un endroit qui peut être dangereux (il y a deux jours encore une jeune femme a été insultée et molestée à Strasbourg parce qu'elle portait une jupe), l'école est en principe un endroit sûr, mais se pose alors un autre problème, celui de la tenue qu'on y autorise. Certains établissements (mais pas l'institution) exigent une tenue décente, mais qu'est-ce que la décence? Est-ce seulement, pour les femmes, de cacher le plus de chair possible? Veut-on protéger la fragile vertu des professeurs pour qui chaque élève du sexe est une lolita offerte à leurs appétits? Mais, justement, si leurs jeunes élèves montrent leurs appas, cela ne les calmera-t-il pas un peu et leur évitera de passer à l'acte? Les filles n'auraient-elle pas honte de paraître coincées - summum de la honte - si elles couvraient leur tendre poitrine d'un chaste corsage? Cette décence qu'on exige est-elle simplement un respect d'habitudes sociales, une forme de politesse, mais dans ce cas pourquoi les blâmer? il y a longtemps qu'on ne s'habille plus pour aller au théâtre ou au concert et je me rappelle avoir vu, un jour d'été, des gens suivre un enterrement en short. Voilà les "manières de ce temps" que condamne dans son coin Renaud Camus, mais personne ne l'écoute..."Venez comme vous êtes", elles ne se le sont pas fait dire et vont à l'école vêtues comme pour aller à une boum ou à une après-midi lèche-vitrine avec les copines. Les adultes, y compris les profs, donnent l'exemple : j'ai vu, à l'occasion de la rentrée, la photo d'un enseignant en jogging et T shirt dans une classe de lycée. De mon temps les seuls à ne pas porter veste et cravate étaient les profs de gym qu'on regardait un peu de haut. On ne peut, certes, exiger maintenant de tels raffinements d'élégance mais peut-être un peu moins de laisser-aller. Pour en revenir aux élèves, je me demande si Blanquer, parlant de "tenue républicaine" ne pensait pas à l'uniforme. C'est un vieux serpent de mer, et je suis sûr qu'on n'y reviendra jamais. J'oserais dire que c'est dommage. Un des plus beaux spectacles de la rue asiatique est celui de ces nuées de garçons en short bleu et chemisette blanche, de ces filles parfois en tenue traditionnelle mais le plus souvent en jupe plissée et corsage, allant à l'école ou en revenant dans une joyeuse cohue. Ah, nostalgie, quand tu nous tiens...