Je partage volontiers sur Facebook, des articles de journaux la plupart du temps, quelquefois des photos ou des textes de mes "amis" (ces guillemets ne sont pas dévalorisants, ils rendent simplement compte du sens particulier du mot dans le contexte), mais j'ai parfois des scrupules, tant sur le contenu même des textes que sur le principe du partage.

  J'ai choisi personnellement qu'on puisse partager tous mes posts (la modestie m'oblige d'ailleurs à dire qu'on n'en abuse pas) et je me suis imaginé que l'indication "partager" sur les pages de mes amis m'autorisait à faire de même. Or il m'est arrivé de lire dans les commentaires :"M'autorisez-vous à partager?". Je m'interroge alors : "Ai-je violé quelque règle de bienséance en ne demandant pas la permission?". Comme ce scrupule semble toutefois assez rare, je pense qu'il s'agit plutôt d'une manière de compliment : on fait connaître à l'auteur qu'on a approuvé son propre texte ou le choix qu'il a fait du texte de quelqu'un d'autre. Mais ne soyons pas trop formalistes, "partager" pose aussi des problèmes de fond.

Cela veut-il dire notamment que je souscris à tout ce que dit l'auteur? sinon, à partir de quelle proportion d'opinions partagées m'engagé-je à ses côtés? Mais si moi je fais un tri, celui qui lira ma page ne sera pas en mesure de le faire et m'attribuera des positions qui ne sont pas les miennes. L'affaire se complique encore si je partage un texte ironique ou un pastiche qui pousse à l'excès certaines idées pour en démontrer la sottise. L'exemple classique est le lecteur qui prend au pied de la lettre le fameux texte de Montesquieu sur l'esclavage : "les peuples d'Europe ayant exterminé ceux de l'Amérique, ils ont dû mettre en esclavage ceux de l'Afrique..."; on en trouve toujours un certain nombre tout prêts s'indigner vertueusement faute d'avoir compris. Autre chose : il peut m'arriver de partager un texte avec lequel je ne suis pas d'accord, pour des raisons esthétiques. Un de mes amis pousse souvent des saintes colères avec des accents et un talent dignes de Léon Bloy, je partage son texte pour que d'autres connaissent la même jouissance littéraire. Un autre publie souvent des dessins humoristiques qui atteignent des sommets dans l'abject et le crado, je m'en voudrais de priver mes autres amis du plaisir malsain que je prends à les voir... S'il fallait se justifier à chaque coup et faire précéder chaque texte partagé d'un longue analyse justificative, on n'en finirait pas. Je fais confiance à la finesse psychologique de mes amis qui sont les meilleures gens du monde....