Napoléon est mort à Sainte-hélène

                                                                                          Son fils Léon lui a crevé l'bidon

                                                                    

                                                                          

Certaines personnes se sont étonnées ce 15 août que nous ne fêtions pas le 250ème anniversaire de la naissance de Napoléon et l'un de mes amis FB a rappelé qu'en 1969 l'évènement avait été dignement célébré avec, notamment, un discours de Pompidou. Pourquoi donc le relatif silence de cette année ?

  Une des raisons, peut-être la principale, n'a rien à voir avec Napoléon, elle tient à la manie française des commémorations. Passe encore qu'on fête la naissance d'un grand homme, tel ou tel évènement, 50 ans ou un siècle après, mais ne fractionnons pas à l'infini : 25 ans, 120 ans, 150 ans...Si ça continue on fêtera les 75 ans de mai 68 en allant interviewer les survivants dans un Ehpad et les anniversaires se multiplieront au point que plus personne n'y fera attention.

  Mais ce n'est pas tout. On peut se demander si le culte des grands hommes n'a pas disparu de notre pays. Certes il ya De Gaulle qui désormais fait presque l'unanimité, ou même Clemenceau. Est-ce le temps qui a effacé l'empereur de nos mémoires ? Peut-être, d'autant qu'il est réduit à la portion congrue dans les programmes d'histoire. Du reste celle-ci ne reconnaît plus à des individus un rôle essentiel dans le destin des peuples depuis belle lurette. Faut-il favoriser ce culte des grands hommes? Mais Napoléon en est-il un, il traîne une réputation épouvantable auprès de certains. Il est pour beaucoup "l'ogre corse", celui qui a fait massacrer des centaines de milliers de jeunes gens et qui déclarait avec cynisme après la bataille d'Eylau  "une nuit de Paris réparera tout ça". Il a envoyé au casse-pipe les "pauvres conscrits du Languedô" et les très jeunes "marie-Louises". Un grand stratège assurément mais qui finit par être vaincu, et de cela on se souvient. Que reste-t-il dans notre littérature des guerres napoléoniennes? Essentiellement deux descriptions fameuses de Waterloo, celles de Hugo et de Stendhal (auxquelles j'ajouterai celle d'un romancier des années 50 oublié à tort, Robert Margerit). Ni Austerlitz, ni Wagram, à croire que le Français n'a pas la fibre épique et entretiendrait le culte de la défaite pour s'apitoyer sur son sort. Un de se héros n'est-il pas Vercingétorix, battu et humilié par son vainqueur?

  Un autre mot lui colle à la peau : "l'usurpateur", comme si nous, les fils de la Révolution, avions fait nôtre l'opinion du parti royaliste et avions juré fidélité aux Bourbons. Ses ennemis l'ont aussi traité de parvenu vulgaire singeant le cérémonial de Cour, créant une noblesse que même ceux qui ne descendaient pas des croisés affectèrent de mépriser. On dénonça aussi son népotisme à la mode corse qui lui fit placer sur des trônes ses frères qui s'y montrèrent incapables ou avides. On peut même se demander si la réputation du neveu n'a pas flétri rétrospectivement celle de l'oncle, Hugo continuant le travail de Chateaubriand, Napoléon le petit remplaçant le grand, le 2 décembre rappelant le 18 brumaire et Sedan Waterloo.

  Si on essaie de faire un bilan, on découvre que la France est moins étendue en 1815 qu'à la fin de la Révolution (sans compter la vente de la Louisiane...) mais le pays n'est pas à genoux et se relèvera vite même s'il n'a plus la même puissance politique. On lui sait gré du Code Napoléon qui fut aussi libérateur pour beaucoup de pays européens. On lui reconnaît de grandes qualités d'organisateur et d'administrateur, un Colbert avec du génie militaire en quelque sorte...Ce n'est pas négligeable, mais qu'on ait oublié l'épopée de l'armée impériale tombant comme la foudre sur l'ennemi,courant d'un rivage à l'autre de l'Europe, revenant chargée de drapeaux et d'honneurs, c'est peut-être dommage.