Plutôt que de faire état de résolutions qu'on n'aura pas la force de tenir ou d'espoirs vains, retournons nous vers le passé. De quoi ai-je parlé sur ce blog en 2018 ? Laissons de côté la politique (3 textes sur les "gilets jaunes", c'est peut-être plus que le phénomène ne mérite)ou les considérations sur la société comme elle va (mal) : toujours les mêmes criailleries et les mêmes regrets d'un monde assurément moins brutal et plus cultivé. Tiens, justement, qu'ai-je lu ou vu dont je vous ai fait part ?

 Commençons par le cinéma, il paraît que j'y passe mon temps (et comment ne pas le faire dans la ville du monde qui offre le plus grand choix de films ?) en compagnie de vieillards comme moi, derniers gardiens du Temple, la Cinémathèque et les salles du Quartier latin. A l'occasion d'une rétrospective j'ai évoqué le cinéma de Chabrol que j'ai qualifié de "cinéaste de la province", pensant  à ses films des années 70-80. Il tournait dans des lieux particulièrement évocateurs de ce qui n'était pas encore la France périphérique : petites villes un peu endormies du Centre ou de Bretagne. Il décrivait avec gourmandise et humour les perversions des notables du lieu. Du reste son premier film, en noir et blanc, quand il appartenait à cette nouvelle vague qu'il finira par quitter, se déroulait déjà dans la Creuse (Le beau  Serge). La mécanique finira par tourner à vide mais on reverra encore avec plaisir Le boucher ou Les noces  rouges. J'ai rendu également un hommage mitigé à Bertolucci : Prima della rivoluzione fut un choc, hélas il est passé ensuite à de grands machins pseudo-historiques, des films en costume qui ne valent pas tripette : l'argent l'a perdu. Reste aussi Le dernier tango avec sa légende noire : le sadisme qu'il exerça contre Maria Schneider. Enfin j'ai rendu à la rayonnante et superbe Jennifer Lawrence l'hommage qui est dû à sa beauté et à son intelligence. Qu'attendent les plus grands réalisateurs du monde pour lui proposer des rôles à sa mesure ? Je ne parle que de trois films récents, tout-à-fait marginaux. De fait je ne vais voir que des classiques, des films de ma jeunesse par nostalgie ou des films à la marge (pays, thème, écriture...). Il s'agit des Garçons sauvages de Bertrand Mandico dont l'histoire rappelle celle de Lord of the flies de Golding mais qui vaut surtout par son écriture qui rappelle celle de Jodorowsky ou de Carmelo Bene; surréalisme maîtrisé, noir et blanc superbe, souhaitons à Mandico de pouvoir tourner à nouveau. Les deux autres : La prière de Cédric Kahn et L'apparition de Xavier Giannoli ont pour point commun la religion catholique et ne sont ni hagiographiques ni moqueurs. L'un évoque un centre de soins pour jeunes drogués (sans être gnangnan) tenu par un prêtre, le jeune héros y hésite entre révolte, vocation religieuse et amour. Je vous jure bien qu'à aucun moment on a envie de rire. L'autre est le récit d'une enquête canonique à la suite d'une apparition de la Vierge et ce qui nous paraît complètement décalé y est passionnant.

Quand je ne vais pas au cinéma, je lis...Ou plutôt, maintenant je relis (dernièrement Gide, Thomas Mann, du solide...). Ne comptez donc pas sur moi pour évoquer les prix littéraires ou "les grands livres qui les auraient mérités". Pas lu le Goncourt, pas lu Le lambeau. En revanche je suis tombé par hasard sur un chef-d'oeuvre de la SF : Les coucous de Midwich dont j'avais vu les deux adaptations cinématographique sous le titre Le village des damnés. C'est l'histoire d'extra-terrestres qui envahissent mystérieusement un village anglais sous la forme d'enfants surdoués qui finiront par le dominer. L'atmosphère y est parfaitement angoissante et elle amène les personnage à se poser de grands problèmes de morale comme on aimait le faire dans les années 50. J'ai beaucoup aimé aussi La marquesita de J-L Talon, auteur fin-de-siècle mort jeune, qui ressemble un peu à Hugues Rebell. Comme chez ce dernier l'érotisme y est torride. L'auteur évoque le Madrid de 1900 avec ses toreros adulés par les deux sexes, ses jeunes décavés, ses ecclésiastiques libidineux, ses femmes qui, putains ou aristocrates, ne pensent qu'à l'amour. On pense à La femme et le pantin de Pierre Louys, mais c'est beaucoup mieux. Enfin, à partir de la fortune que connaît son expression 'le grand remplacement" je rends(presque...) hommage à Renaud Camus qui fut (est?) un grand écrivain en dépit de ses dérapages qui, hélas, se multiplient.

Et puis, en vrac, un hommage nostalgique aux chanteuses rive gauche de ma jeunesse : Catherine Sauvage, Cora Vaucaire, Monique Morelli, Hélène Martin...Celles qui ne sont pas mortes sont oubliées, hélas. Et aussi le fameux bouquet de Jeff Koons, artiste parfaitement représentatif de ce que sont  le foutage de gueule et la spéculation dans l'art contemporain. C'était tellement gros qu'Hidalgo, devant les protestations, n'a pas encore osé le faire installer mais nous ne perdons rien pour attendre, à moins que le sort qui a été réservé à ses urinoirs en forme de fusée ne l'ait fait réfléchir.