Une chose m'a surpris dans la liste des revendications des Gilets Jaunes, c'est que n'y figure pas la suppression de la fameuse limitation de vitesse à 80 km/h sur les routes secondaires qui fit tant de bruit il y a quelques mois. Et pourtant, ce fut un magnifique exemple du mépris que les élites manifestent à l'égard d'un peuple dont ils ignorent la vie de tous les jours et à qui ils veulent imposer ce qui, dans leur grande sagesse, ils estiment être bon pour lui. Quand les gueux ont protesté que cette mesure rallongerait leurs trajets, on leur a rétorqué avec de savant calculs, que cela ne serait que de quelques minutes. Or ceux-ci mesurent avec soin leur temps quand il s'agit, le matin, d'emmener les gosses à l'école avant de prendre la route pour leur usine où les attend l'horloge pointeuse. Il s'agira de se lever un peu plus tôt, une frustration et une petite souffrance pour ceux que n'attend pas le premier caffèlatte dans un openspace où on arrive à l'heure qu'on veut. On leur vole un peu de temps, on leur pourrit un peu plus la vie et on voudrait qu'ils disent merci. Quant à l'argument que cela sauvera des vies, outre que ça n'est pas encore prouvé, il n'a pas beaucoup de sens : vivre c'est s'attendre à mourir, d'un accident de la route ou de l'usure due au travail et au stress, ma foi...A quoi riment ces calculs d'épicier sinon à remplir des tableaux statistiques pour faire valoir sa politique. Le plus pénible dans l'histoire c'est ce ton condescendant et autoritaire qu'a pris Edouard Philippe (c'est lui qui a "porté la mesure", comme on dit) pour s'adresser aux automobilistes de la France périphérique : vous êtes des enfants, vous n'y connaissez rien, on a fait le calcul pour vous qui en êtes incapables. Maintenant rompez, ce sera comme ça et pas autrement, et si vous n'êtes pas contents, prenez le train s'il y en a un, ou un car Macron, ça fera plaisir au Patron.

 Mais que sont les taxes sur les produits pétroliers à côté de celles qui frappent le tabac ! Et là encore les GJ, qualifiés de "gars qui fument des clopes et roulent au diésel" par Benjamin-Blaise Griveaux, garçon d'un excellent milieu, futur maire de Paris, qui ne fume pas pour garder la forme au tennis et au squash et qui exige de son chauffeur qu'il fasse le plein d'essence et non de diesel qui pue, les GJ, disais-je, sont concernés. Il faut dire que l'augmentation de ces taxes a été stratosphérique, au point que le gouvernement, qui ne répugne pas à commettre parfois une canaillerie, a retiré les cigarettes de la liste des produits pour calculer l'indice des prix il y a une vingtaine d'années.On se demande comment les gens modestes peuvent encore fumer. Ah mais, justement, IL NE FAUT PAS, leur serine-t-on à l'oreille depuis leur âge le plus tendre, et nous allons vous aider en vous rackettant. Vous ne le saviez pas, mais ça vous colle le cancer, ça vous rend impuissant, vous accoucherez d'un demeuré ou votre mari vous quittera parce que votre peau aura vieilli. Comme si les fumeurs l'ignoraient, abrutis par une propagande martelée sans répit ! Or ce sont les gens de la moyenne qui sont les plus gros fumeurs, les métropolitains font du sport et s'offrent un petit joint à l'occasion. Ce petit bonheur sera bientôt arraché aux gueux, il ne leur restera plus que le tiercé et la bibine (ça, on n'y touche pas, de puissants lobbys et les parlementaires pinardiers la protège). Beaucoup ont des bullshit jobs et, c'est vrai, la cigarette est un moment de pause et de convivialité qui permet de tenir. Pourquoi leur enlever ça ? Pourquoi les ayatollahs de l'hygiène leur dicteraient-ils leur vie et décideraient-ils de leur bonheur ? Et s'ils ne veulent pas prolonger une existence médiocre dans des EPAHD sordides et préfèrent des plaisirs fugaces ? Que les puritains nous foutent la paix ou il y aura bientôt un mouvement des doigts jaunes !