J'ai été grandement surpris par l'absence de commentaires sur l'hommage national à Charles Aznavour dans la cour des Invalides, il est vrai que la descente des Champs élysées par le char funèbre de Johnny Hallyday le précédait de quelques mois. Je veux bien reconnaître au petit Charles bien des mérites : ce fut un grand chanteur populaire, un bon acteur, et son engagement pour l'Arménie au moment du tremblement de terre et pour qu'on garde la mémoire du génocide a été sans faille. Mais tout de même...Ce genre de cérémonie aux Invalides est en principe réservé à ceux qui sont morts pour la patrie, donc avant tout aux militaires auxquels on a adjoint quelques hommes politiques ou grands serviteurs de l'état (dont certains du reste - je pense à Chaban-Delmas - s'étaient illustrés dans la Résistance); à quel titre Aznavour aurait-il pu y prétendre ? Je trouve même ça presque comique. Imaginez la réaction de Ferré, même s'il n'était qu'un anar en peau de lapin, ou de Brassens, si on leur avait dit qu'on leur rendrait hommage dans cet antre de militaires. Et si pour rendre hommage à Maurice Chevallier la clique avait joué "Le chapeau de Jojo" ou "Prosper, yop la boum", ou si pour une réconciliation définitive le choeur des paras avait entonné la Marseillaise gainsbourgienne et "Je t'aime, moi non plus...".La pipolisation a des limites qui me semblent en cette occurrence allégrement franchies. Heureusement que Brigitte Bardot pense mal car, les choses étant ce qu'elles sont, on la collerait illico au Panthéon pour atteindre plus vite la parité. Mais cette pompe funèbre, cette mort en grand apparat, ce n'est pas Aznavour qui les avait choisies, c'est le président de la république.

Et là, nous retrouvons le problème Macron. Jupiter, dit-on, non, Janus bifrons, ou pour parler plus clair Docteur Jekyll et Mr Hyde. D'un côté l'homme qui veut redonner à la fonction de président sa majesté, voire son aura, et c'est la cérémonie d'intronisation dans un haut lieu de culture avec "l'Hymne à la joie" et en arrière-plan une pyramide symbolisant l'éternité ou, à tout le moins, un savoir ésotérique très ancien, c'est aussi le président qui se veut philosophe comme un monarque éclairé au XVIIIème siècle, citant ce Ricoeur dont il se prétend le disciple ou Descartes. De l'autre l'homme posant pour une photo, le regard enamouré, ou esquissant un pas de danse au milieu d'un groupe de travestis proférant en musique des obscénités dignes du meilleur rap, ou celui qui embrasse littéralement un jeune délinquant, laissant planer le doute sur la nature de son désir et de son rapport à la loi, l'homme aussi qui s'entoure d'une petite cour de cultureux de troisième ordre (et n'allez pas dire que c'est la faute à Bibi...). Que penser, sinon que le vernis craque et que la vraie nature de Macron se révèle quand dans l'euphorie (ou la colère) il se lâche. Or ce président qui semblait avoir une si haute idée de sa fonction se révèle incapable de la porter et il s'ensuit que son autorité s'effrite comme nous avons pu le voir avec les démissions de Hulot et Collomb et le prestige que lui valaient sa jeunesse et son intelligence en prennent un coup. Il essaie donc de se rattraper en essayant de flatter les goûts d'un peuple qu'il connaît mal par des cérémonies à la gloire de supposées idoles, qui sont l'équivalent des jeux de cirque romains. C'est bien dérisoire et pathétique et cela augure mal de la fin du quinquennat.