Peut-être d'autres personnes se sont-elles demandé pourquoi le "Monde" avait ressorti un fait-divers remontant au mois de juillet dans son édition d'avant-hier. Résumons le en 2 mots : dans un "quartier" de cette coquette cité bourguignonne deux abrutis foncent en voiture sur un groupe de jeunes dont l'un les aurait escroqués puis reviennent avec un fusil de chasse et les criblent de plomb en proférant des insultes racistes, faisant quelques blessés. On serait presque tenté de dire : "pas de quoi fouetter un chat", rien à voir avec les règlements de compte à la kalach ni avec les lynchages à la batte de base ball si fréquents dans les grandes villes et qui laissent des morts sur le carreau. Or, justement, notre prestigieux quotidien, toujours soucieux d'éduquer le citoyen au "vivre ensemble" et de traquer la bête immonde du racisme qui sommeille au fond de chaque Gaulois, a voulu, par une fausse symétrie, montrer que tous les torts n'étaient pas du même côté, et surtout faire oublier la réaction de nos concitoyens (sauf Coquerel) aux parole du rap de Nick Conrad appelant à écarteler les bébés blancs, pendre leurs parents et faire pisser le sang. Vous me direz qu'on en a entendu bien d'autres, que c'est de la poésie, que la colère des opprimés, fussent-ils pétés de thune, est toujours juste, que les Blancs (terminologie du lascar) doivent maintenant courber la tête pour se faire pardonner des siècles d'oppression, mais là ça ne passait pas. Revenons maintenant aux victimes de l'agression et au "racisme ordinaire" d'une petite ville de la France périphérique qui indigne une journaliste à l'oreille complaisante.

  Dans le quartier de la ZUP (une douzaine de hlm et quelques pavillons) où a eu lieu l'agression tout se passe bien, du moins en apparence. La journaliste trouve les jeunes en train de fumer leur joint en écoutant à fond la caisse un rappeur américain. Comme toutes les nuits d'été ils ont piqué tables et chaises du centre social voisin (si c'est "social", c'est à tout le monde), ont branché clandestinement une console sur le secteur, sorti canettes de bière ou de boissons hygiéniques pour Croyants et chichas. Cette petite sauterie va durer jusqu'à l'aube au grand dam de la population laborieuse des immeubles qui appartient à la mythique "France qui se lève tôt" car, rappelle le maire, Beaune a peut-être une réputation mondiale, de beaux monuments, mais la moitié de la population vit en hlm et beaucoup sont smicards. On peut constater tout de même que ces gentils jeunes commettent trois délits : vol, consommation de drogue (et même un peu de trafic avoue le procureur de Dijon qui a le sens de la litote) et tapage nocturne. Comme il en est ainsi toutes les nuits d'été on peut conclure que la police n'intervient jamais et après on s'étonnera que la population se sente abandonnée et qu'un sentiment d'impunité se développe chez les jeunes des "quartiers" et les incite à franchir toutes les limites. Sauf les limites géographiques, semble-t-il. Ces jeunes se voient mal accueillis dans les cafés du centre et les boîtes du coin. on a du mal à s'étonner: une mauvaise réputation, un débarquement en bande parce qu'ils ne sont pas rassurés de l'accueil, un comportement ressenti comme hostile par les souchiens même si souvent ce n'est pas le cas, mais ils n'ont pas les codes ou n'imaginent pas devoir les respecter. Ce qui me fait penser à une autre affaire qui a défrayé la chronique récemment : celle des mariages maghrébins (les journalistes ont eu du mal à sortir l'épithète...) et de leurs cortèges bruyants et dangereux contre lesquels des maires (d'infâmes racistes, sans doute) ont dû prendre des mesures. Le plus piquant c'est que les djeunes de Beaune tremblent maintenant au moindre crissement de pneu depuis la nuit tragique, oublieux des rodéos qu'ils pratiquent probablement eux-mêmes. Pour conclure, écoutons un des interviewés qui dit en substance que leurs "darons" ne voulaient pas faire de vagues et baissaient la tête, mais que pour eux c'est différent : ils sont nés en France et veulent faire valoir leurs droits. On pourrait d'abord faire remarquer à ce jeune coq que leurs"darons" se sont battus dans leurs syndicats et n'ont pas toujours baissé la tête, ensuite que les droits individuels s'arrêtent là où ils empiètent sur celui de chacun et sur la loi commune, enfin qu'il ne devra pas s'étonner si de telles réactions se multiplient, hélas, si chacun veut imposer sa loi.