Entre le mensonge, la maladresse ou le second degré, il est parfois bien difficile de décrypter ces courts textes ou ces images comme l'ont montré récemment les messages de Rokhaya Diallo et d'Alexis Corbière auxquels j'ajouterai bien immodestement un des miens.

  Quand j'ai découvert le tweet de cette dernière où elle se plaignaient que tous les pansements fussent blancs, j'ai tout d'abord pensé à un tweet malveillant : la chose était tellement énorme que même l'antiraciste le plus véhément n'aurait osé proférer telle ânerie sous peine de sombrer dans le ridicule et Rokhaya Diallo peut haïr les Blancs mais n'est tout de même pas stupide. D'ailleurs, immédiatement, ses défenseurs ont prétendu qu'il s'agissait là d'humour (qu'on ne saurait qualifier de "noir" par respect de ceux qui, comme Swift, s'y sont illustrés) et ont accusé la redoutable "fachosphère" de faire flèche de tout bois. La suite est assez confuse, mais il semble bien que notre leucophobe ait maintenu ses propos. Doit-on porter à son crédit son honnêteté : elle l'a pensé, elle l'a dit, elle ne se renie pas ? Ou croit-elle rallier à elle les populations noires ? (au fait, comment fera-t-on pour les "Jaunes" qui ne sont jamais jaunes ?) Ou, plus simplement, joint-elle l'entêtement à la bêtise ? Je vous laisse le choix. Le cas Corbière est différent puisqu'il s'agit, à première vue, d'une manipulation dont il est l'auteur. Pour faire taire les grincheux qui n'ont pas vu plus de 40 000 participants faire sa fête à Macron, il a tweeté une photo des Champs-élysées le 13/07/1998 juste après la victoire de la France en Coupe du monde. C'était risqué : les tifosi sont nombreux et ont encore en mémoire ces heures d'une gloire bien ternie. Il a été très vite démasqué. Là encore ses partisans ont cru pouvoir faire valoir l'argument de l'ironie : il s'agissait, en forçant le trait, de dénoncer la mauvaise foi des réacs qui n'avaient pas vu le flot débordant de militants suivant leur prophète. Las ! L'intéressé a démoli lui-même cet argument en plaidant l'erreur de manipulation, ce qui est quand-même un peu gros pour quelqu'un qui use et abuse des tweets...Bêtise ou mauvaise foi, à chaque fois cela retombe sur le nez du coupable. Y aurait-il une justice immanente ?

Je conclurai avec mon cas. Si l'humour ou l'ironie peuvent servir d'excuse ils peuvent être aussi source d'erreur quand vous les pratiquez vous-même. Il y a une semaine j'ai écrit un statut où je disais en substance : il paraît que Philippe Lançon a écrit un livre, vous en avez entendu parler ? J'étais alors infiniment agaçé par la campagne de copinage dithyrambique et massive sur les ondes et dans la presse. Voyant que ma question avait été prise au premier degré, j'ai d'abord pensé que j'aurais dû mettre un émoticône, mais c'était souligner un peu lourdement mon propos. Pourtant c'est peut-être indispensable, si vous pratiquez le second degré vous avez des chances de n'être compris que des proches qui connaissent bien votre caractère, or sur Fb vous vous adressez à de parfaits étrangers. Combien de fois, d'ailleurs, me suis-je fait piéger moi-même. Tout ça et les fake news, décidément le monde de la communication est plein d'embûches...