Triste destin que celui du "Monde magazine", complètement tombé entre les griffes des modeux, ces pseudo-artistes prétentiards au service des femmes du Golfe et des parvenues chinoises. Sous prétexte de fashion week, (mais, bon dieu, que fait donc le Haut Comité de la Langue Française?), nous avons droit à un numéro de 200 pages dont 130 sont intégralement consacrées à la mode, 10 pages de texte et le reste en photos de mannequins et d'accessoires (ajoutons les 4 pages de couverture. Sur la première une femme, assise, ouvre largement ses jambes gainées de noir). Dieu merci, on ne voit pas de ces top-models échalas obligées de s'affamer pour survivre dans le métier : elles tapinent pour les grands couturiers dont le sadisme et la haine de la Femme mériteraient plus d'attention que les dragues un peu lourdes. Là, on s'adresse à la clientèle étrangère que j'évoquais plus haut et à un public français de cadres supérieures et de femmes de notables. Aucune extravagance donc chez ces stylistes de deuxième catégorie, mais toujours la petite pointe de sadisme quand ils dessinent des tenues provocantes ou inconfortables. La plupart des photos sont d'un érotisme soft qui s'accorde bien avec le papier glacé : femmes cuisses ouvertes (mais on n'entrevoit pas la culotte), ou qui semblent se masturber à l'abri de leur sac à main, couples saphiques...On a droit à tous les fantasmes les plus beauf dans un journal qui se pose en défenseur de la Femme contre les agressions sexuelles et les horreurs grammaticales. Et n'oublions pas l'ambiguité sexuelle de beaucoup de modèles qui va jusqu'au transvestisme (ça titille les cis-). Et avec ça une idélogie très "United colors of Benneton" : ni race, ni genre, ni frontière; les hommes s'habillent en jupe, les femmes ont des hanches de garçons et tous quelle que soit leur couleur arborent le sourire de la mondialisation heureuse. On retrouve cet état d'esprit dans un article en forme de conte édifiant dans le même numéro : dans un petit village d'Italie les habitants ont pétitionné pour conserver leur centre d'accueil de migrants (!) car ceux-ci jouaient si bien au foot dans le club local et portaient les paquets des grands-mères...Dans ce dégueulis d'images commerciales surnagent quelques chroniques amusantes et deux articles, l'un de Zineb Drief sur un fait divers qui pose la question du consentement des mineurs, l'autre de Vanessa Schneider sur l'expérience du jeune Macron en khâgne qui pose la question de Macron...Saluons le titre en forme de clin d'oeil du dernier et rendons grâce à ces talentueuses journalistes. Mais, hélas, que de papier gâché pour que nous puissions les lire !