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Je ne sais si beaucoup de personnes se rappellent le roman de Gilbert Cesbron sur le traitement de l'enfance délinquante qui connut un succès phénoménal dans les années 50 et fut porté à l'écran. Or, étrange coïncidence, 3 films sur ce thème sortent ou vont sortir actuellement : Les garçons sauvages, La fête est finie et La prière. Je m'empresse de dire que je n'ai vu d'eux que leur bande-annonce, mais c'est suffisant pour avoir envie d'aller voir l'un d'eux et pour avoir une petite idée de tous. Deux d'entre eux traitent de la drogue, un de la violence, maux de l'époque et de la jeunesse, il faut croire.

  Commençons par celui qui semble le moins intéressant : La fête est finie, premier film d'une certaine Marie Garel-Weiss. La bande-annonce laisse présager un récit classique : une jeune droguée débarque dans un centre de désintoxication, problèmes d'adaptation, thérapie de groupe avec moniteurs idéalistes (là on retrouve Cesbron), amitié fusionnelle avec une camarade de misère, évasion, retour ou non au centre. J'évoquais l'autre jour "Les dossiers de l'écran d'Armand Jammot (décidément, je régresse...) pour le très surestimé Jusqu'à la garde. Il semble bien que ce film soit du même tonneau. A moins que, mais je n'y crois pas trop, cette amitié féminine ne nous offre quelques scènes épicées rappelant ce sous-genre cher aux amateurs de bis : femmes en prison.

  Diablement plus intéressant semble Les garçons sauvages, premier long métrage de Bertrand Mandico auteur de nombreux courts-métrages, films d'animation, installations...L'histoire de ces jeunes gens de bonne famille abandonnés sur une île tropicale dont la nature sauvage se prête à tous les excès et à toutes les peurs, évoque Lord of the flies de William Golding adapté lui aussi au cinéma ou, moins connu, le film japonais Battle royale dans lequel il me semble me rappeler que joue Kitano. Ces jeunes gens, violeurs et assassins, ont échappé à la justice mais leur famille les a confiés à un mystérieux "capitaine" qui s'est fait la tête du Hollandais volant dans Pandora. Celui-ci a pris l'engagement de les guérir de leur violence, et de fait il leur fait subir un traitement d'un sadisme brutal qui devrait leur faire les pieds...Voilà pour l'anecdote, mais l'essentiel est le langage cinématographique de Mandico qui rappelle celui d'un Jodorowsky ou mieux, d'un Carmelo Bene : jeux sur le noir et blanc et la couleur, montage d'images somptueuses à la manière des surréalistes, déchaînement de violence de la nature et des éléments auxquels semble commander le "capitaine" pour soumettre sa jeune troupe. Nous sommes bien loin du réalisme social mais au contraire dans un univers fantastique où les passions s'exaspèrent. Il se peut que le film ne tienne pas la longueur et que ce déluge de belles images ennuie, en tout cas la bande-annonce séduit.

  La fête ressemblerait plutôt au premier film, sauf que son héros est un garçon. Histoire classique aussi avec narration traditionnelle, mais le centre de désintoxication est bien particulier : un prêtre le dirige, qu'on imagine volontiers en aumôniers des scouts marins chers aux intégristes, et sa méthode est à base de prière (c'est bien le moins), de travail rude dans une campagne pluvieuse (pas de feu de camp le soir autour duquel on chanterait "Maréchal, nous voilà", mais on n'en est pas loin), d'interdictions nombreuses et d'une discipline de fer. Évidemment, le jeune héros se révolte, hésite. Qui l'emportera de Dieu ou de Satan, de la rédemption ou de la tentation du monde ? Si l'on en croit l'affiche du film, il semble que ce soit Dieu. Et cela m'amène à faire un rapprochement avec un autre film récent : L'apparition de Xavier Giannoli, cette histoire d'une enquête canonique sur une jeune fille visionnaire dont on s'étonne qu'elle ne soit pas caricaturale mais au contraire très fine et respectueuse pour l'héroïne. Y aurait-il un courant catho souterrain dans le cinéma français bien loin des films hagiographiques des années 50 ? Plutôt étonnant, mais de toute façon c'est une autre histoire.