Donc notre premier ministre, préposé aux petites choses, affrontant comme sur un ring l'impopularité de la mesure, l'a décidé : nous ne roulerons pas à plus de 80 km/h sur les petites routes. Évidemment ça fait grogner les gueux de la France périphérique dont la réflexion ne va pas plus loin que le bout de leur nez d'alcoolique. On a beau leur démontrer par a plus b qu'ils ne perdront que quelques minutes pour faire les 50 km qui les séparent de leur domicile ou de leurs clients, ils font une montagne de devoir se lever plus tôt comme si ce n'était pas à cette France là qu'ils appartenaient ! Ils en envieraient presque les heureux habitants de la Métropole qui affrontent quotidiennement les pannes de RER, les grèves, les pince-fesses, que sais-je encore ?...Et je ne parle pas des passéistes qui préféraient les petites routes pittoresques serpentant dans la Douce France, ils découvriront enfin l'Autoroute après avoir dûment versé leur obole aux patrons du BTP. L'autoroute, les nuages de gazole des camions de la diversité, ses chiottes à musique dans les stations-services, sa gastronomie "de pays" très spéciale...Un autre argument utilisé est qu'on sauvera ainsi entre 350 et 400 vies par an. On reste dans le vague, c'est plus prudent car ça ressemble terriblement à un chiffre au doigt mouillé. Vu le grand nombre des causes d'accidents et leur combinaison, comment peut-on dire sérieusement que baisser la vitesse de tant sauvera un nombre proportionnel de vies ? Mais les chiffres impressionnent toujours...D'ailleurs, s'il s'agit de sauver des vies, pourquoi pas 70 km/h ? On pourra même dire que la décroissance du nombre d'accidents est exponentielle, ça ne mange pas de pain et le citoyen, qui en entend tellement, le croira. Ainsi, avec douceur et bénignité, en resserrant peu à peu le garrot, on arrivera à un petit 50 à l'heure qui permettra de contempler le paysage pendant que les mômes l'arrière seront sur leur console. Mais, n'ergotons pas, sauver des vies n'est-il pas la plus noble des causes ? Ne voit-on pas déjà la ministre Buzyn ferraillant contre les fumeurs, pardon, les tabagiques, qui ne lui ont rien demandé, sont assez grands garçons (ou filles) pour faire ce qu'ils veulent de leur corps et ne gênent personne sinon les néo-puritains de l'hygiène. Sauver des vies sur la route, soit, mais en fait-on assez contre l'alcool et la drogue au volant quand la plupart des contrôles se font après un accident ? Avez-vous vu beaucoup de policiers sévir contre les téléphones portables ? On commence tout juste à se préoccuper du diesel qui nous a empoisonné depuis des décennies et a tué bien plus que les accidents de la route. Du reste cette politique de préservation de la vie n'a rien d'humaniste, le grand argument c'est "ça coûte à la collectivité". Et puisqu'on parle gros sous, on a vu un premier ministre un peu gêné, préciser que le produit des amendes servirait à soigner les blessés de la route (comme si on soupçonnait l'Etat de nous racketter...). Cela m'a rappelé cette bonne vieille vignette Ramadier réservée aux petits vieux avant de servir à tout et à n'importe quoi.