Finissons l'année en beauté et en parlant d'amour. Depuis quelques années j'entendais sans broncher ce mot devenu à la mode, et puis il y a eu une fois de trop ou un contexte qui le rendait encore plus grotesque, et j'ai enfin pris pleinement conscience que le mot "amoureux" pour désigner l'élément masculin d'un couple non marié (ou pacsé : ils sont de la même farine) était d'un ridicule achevé. Appeler son partenaire "mon amoureux", c'est bêta, c'est mièvre; on pense à l'amoureux transi, au personnage de la chanson de Brel "Les bonbons", à tous ceux qui vont prendre un râteau avec leurs étoiles dans les yeux, à "l'amour de loin" de la poésie courtoise...Cela manque de sexe, pour ne pas dire que c'est émasculant. On imagine la fille (je ne parle ici que des couples hétéro) qui se prend pour une princesse et attend de son homme dévouement entier, adoration et "respect" en lui prêtant avec vanité un sentiment qu'il n'a peut-être pas. On entend bien moins souvent "mon amoureuse", comme si ces sentiments éthérés étaient réservés aux hommes, ces niais qu' on mène par le bout du nez.

Mais comment dire, alors ? "petit(e) ami(e)/ copain(ine)" ne convient qu' aux adolescents de même que boyfriend qui paraîtrait déplacé dans la bouche d'une quadragénaire, "amant" sous-entend l'adultère,  "mon mec" comme disaient les femmes affranchies dans les années 70-80 est comme un chiffon rouge brandi sous le nez des féministes qui en ont fait un équivalent de "porc", "mon compagnon" implique qu'il y ait cohabitation et partage du pain amer de l'existence, "mon copain" au-delà d'un certain âge...Et ce n'est pas plus facile pour les hommes : "ma nana" est absolument out of date et pourrait bien sembler dévalorisant à certaines, "ma maîtresse" est aussi vieillot que le cinéma de Chabrol, "amante" - plus rare - passerait mieux parce qu'il garde le sens qu'il avait au 17ème siècle, "en proie à la passion amoureuse", mais c'est bien littéraire. Dommage que les vigiles du politiquement correct et de l'antiracisme soient toujours sur la brèche, j'aimerais assez le "ma blonde" des Québecois qui inclut évidemment les brunes et les rousses dont chacun sait grâce à Flaubert qu'elles sont aussi chaudes et qui rappelle une de nos chansons traditionnelles. Et puisque nous j'ai évoqué le Québec, mes soeurs, je vous en prie, épargnez nous ce mot niaiseux en 2018 !