Méluche est notre Caton, ce vieux Romain, censeur à la sévérité proverbiale qui fit exclure des nobles du sénat, édicta des lois somptuaires et défendit farouchement les valeurs traditionnelles de la république romaine. Il est tellement républicain, a-t-il écrit, que tout ce qui touche au symbole royaliste [l'] exaspère. N'est-ce pas magnifique de voir au début du 21ème siècle un homme qui se définit comme républicain par opposition aux royalistes ? On croyait que ces derniers faisaient depuis des générations partie de notre passé, mais pas pour le citoyen Mélenchon qui a un attachement viscéral à la Grande Révolution. Macron a dû se dire qu'en ne choisissant pas Versailles il échapperait aux réflexions désagréables sur sa dérive monarchique, mais Chambord, c'était planter une banderille dans la peau sensible de l'Insoumis en lui rappelant le Prétendant, dernier descendant de la branche aînée qui voulait se débarrasser du drapeau tricolore. Pour notre ami du peuple, d'ailleurs,tout château a été bâti avec la sueur et le sang des manants pour satisfaire le caprice d'un seigneur ou d'un roi qui tondait ses sujets comme moutons et piétinait les récoltes au cours de ses chasses; ça ne pouvait pas passer : un bon républicain, et a fortiori le président de la république, ne met pas plus les pieds au château qu'à l'église. Ajoutons que Chambord a été construit pour un roi-mécène qui, certes, a vu les arts et les lettres s'épanouir sous son règne mais qui soignait sa gloire par un faste trop éclatant et pensionnait grassement des artistes étrangers. Et qui devait payer pour tout ça, hein, je vous le demande ? L'indignation de notre tribun de la plèbe est telle qu' il se permet un jeu de mots à deux balles en invitant le président à aller voir le fameux escalier à double révolution (hi hi hi!) du château. Il n'est pas seul dans ce bon combat pour lequel a reçu le soutien de Dupont-Aignan et de Collard : c'est vraiment le peuple contre les oligarques... Mais ton combat n'est pas terminé, Jean-Luc. N'as-tu pas honte de siéger dans un palais qui porte le nom honni d'une famille de tyrans ? Dès aujourd'hui exige que le Palais Bourbon soit débaptisé et devienne, par exemple, le Palais du peuple, ou mieux encore, le palais des Gens pour que ta fameuse apostrophe passe ainsi à la postérité.