Dans son Dictionnaire des idées reçues, à l'article Malthus, Flaubert, célibataire endurci et assez mélancolique pour ne pas désirer de progéniture, se contente de noter cette scie des honnêtes gens de son temps : "l'infâme Malthus". Visiblement le discrédit dans lequel est tombé le génial pasteur perdure à notre époque moderne, fille du progrès. A peine 15 000 scientifiques eurent-ils signé une pétition en faveur d'un contrôle démographique mondial pour diminuer le réchauffement climatique que les antimalthusiens de choc sont montés au créneau, non plus des catholiques familialistes détestant ce parpaillot de Malthus, mais des progressistes à tout crin effrayés qu'on puisse les considérer comme des néo-colonialistes piétinant les valeurs des peuples indigènes et voyant dans leur fertilité une menace. On trouve même parmi eux des démographes comme aussi des climatosceptiques chez les climatologues...

Rappelons très schématiquement la théorie de l'économiste qui tient en une image : si vous partagez un gâteau, plus nombreux vous serez, plus petites seront les parts et il en sera de même pour les richesses produites. Dans un premier temps les faits ont démenti sa théorie puisque la production de biens n'a cessé d'augmenter grâce au progrès technique et scientifique, entraînant du reste un accroissement de la population et certains ont cru que la planète aurait assez de ressources pour nourrir celle-ci, si nombreuse qu'elle soit. Hélas, il a fallu déchanter : le réchauffement climatique dû principalement à l'homme met en danger l'humanité qui s'aperçoit que l'eau, les énergies fossiles, les terres arables ne sont pas inépuisables et que nous vivons dans une atmosphère de plus en plus empoisonnée. La réaction de bon sens est alors de se dire que si nous étions moins nombreux nous consommerions moins et que le réchauffement diminuerait d'amplitude. Comment y arriver ? Prendre des mesures politiques comme l'a fait la Chine après la révolution en contrôlant sévèrement les naissances  pour nourrir sa population ? Peu viable car même si les Chinois ont atteint leur but (voire l'ont dépassé), nous vivons dans un monde où les états à poigne se font rares. Du reste le problème ne concerne pas chaque pays mais toute l'humanité, ce qui explique l'implication de l'ONU et des organisations internationales spécialisées. Malheureusement des rapports, si honnêtes et complets qu'ils soient, ne permettent pas de résoudre le problème car le "Machin" est sans moyens ni pouvoirs. Tous donnent un excellent conseil : développer l'éducation, des filles notamment, afin que l'idée d'égalité des sexes et de libre choix commun de la maternité s'impose. Voeu pieux, direz-vous, auquel manquera l'argent pour le réaliser et qui se heurtera à la puissance des religions, aux préjugés des nombreuses sociétés qui considèrent la Femme comme inférieure et qui ont peur d'un désir féminin qu'ils brident par tous les moyens : maternité, excision, punitions cruelles pour les "écarts de conduite"...Et c'est à ces sociétés que nos "idiots utiles" de l'anticolonialisme apportent leur soutien, battant leur coulpe d'Occidentaux impérialistes qui ne sauraient imposer à des "indigènes" nos valeurs que nous avons l'audace de croire universelles : l'égalité, la liberté, la responsabilité. Leurs arguments laissent parfois rêveurs : pour vaincre la faim, bouffons des insectes, ou, grâce à la transition énergétique le problème disparaîtra : une éolienne qui tourne vous permettra de pondre 100 bébés.Quand on ne veut pas voir la réalité...Nos propres "indigènes" commencent déjà à nous accuser de vouloir châtrer l'Homme noir dont nous avons peur, surtout quand il déferle sur nos terres. Pour peu, les néo-malthusiens seraient considérés comme des disciples de Renaud Camus refusant le Grand remplacement alors qu'ils rêvent d'un monde plus heureux où nul ne serait forcé d'émigrer.

J'ai commencé ce texte en citant un illustre Normand, je conclurai en normand. Qui nous empêche de lutter sur les deux fronts : décroissance, en luttant contre un gaspillage et une consommation effrénés ("black friday") mais aussi développement mondial du contrôle des naissances et libération des femmes par l'éducation dans les sociétés archaïques qui les oppriment. Le combat est d'importance, il ne faut négliger aucune arme et ne pas écouter la voix des naïfs et des traîtres.