Ah, cet ouragan sur Saint-Barth et Saint-Martin, comme il fait bruire les réseaux sociaux en donnant une piètre idée d'eux-mêmes et du caractère de nos concitoyens ! Les vents s'étaient à peine calmés, laissant un paysage de désolation,que la polémique commençait, toute en nuances et finesse. Rien n'avait été prévu et n'était fait pour apporter les premiers secours en nourriture et médicaments, rien pour protéger les populations contre les bandes de pillards armés et féroces dont tous n'appartenaient pourtant pas à des gangs, rien pour secourir les malheureux touristes terrés dans leurs hôtels sans réseau, obligés de boire l'eau de leur piscine, dégoulinant de sueur sans la clim, alors qu'ils espéraient les vacances de rêve quasi contractuelles : cocotiça, c'est la cerise ers, sable blanc, buffet somptueux vin compris et accueil chaleureux des populations (ils auraient dû préférer l'Auvergne...). Et chacun (le plus souvent loin des îles) d'y aller de sa comparaison. Les Hollandais, eux, ne s'étaient pas laissé surprendre (car nous partageons Saint Martin avec ces mangeurs de fromage), ils avaient posté à la frontière des troupes d'élite lourdement armées et qui patrouillaient dans les rues pour effrayer les malfrats, organisaient les secours avec une efficacité toute nordique et protestante. Ont fleuri les slogans habituels : "J'ai honte d'être français, "gouvernement d'incapables", "France, pays de m....", "Macron démission"...Sans compter les fausses nouvelles, sciemment ou intentionnellement répandues : 250 ruffians évadés qui s'apprêtaient à massacrer les survivants, des centaines de cadavres dans les flots. Pour peu, on aurait vu des hordes de zombies rejouant le film de Romero. Nous sommes tellement habitués à être pris en charge par l'Etat, et encore plus dans les DOM où l'assistanat est un horizon indépassable, qu'il aurait fallu qu'on livre dans les 24 heures une nourriture saine et variée, qu'on reconstruise les maisons en une semaine et que les indemnités tombent au bout du mois. Ce n'est pas de la France que j'ai honte mais de cet "allô, maman, bobo" général.

Nous retrouvons les mêmes réactions face au "Fainéants, cyniques, extrémistes" présidentiel. Ajoutons "puniques" pour la rime. En effet la formule de Macron concernait avant tout la construction européenne, ce que ses adversaires avec une mauvaise foi patente ont gommé, profitant du télescopage avec la critique par le président des retraites à la SNCF. Ce garçon finira par m'être sympathique à cause de ses écarts par rapport à la langue de bois, qu'il assume au lieu de dire qu'on l'a mal compris. S'attaquer à la retraite à 52 ans, à la corporation des cheminots, grands responsables de l'échec de 1995 et du retard pris, il faut oser. Il y a, dans la fonction publique notamment, des glandeurs, des postes inutiles, des économies possibles. Prendre des airs outragés et ne pas vouloir affronter la réalité est une réaction bien peu "citoyenne" pour employer le langage de ces tartuffes. Arrêtons de pousser des cris d'orfraie dès qu'on touche à nos prébendes (ah, ces 5 euros  de l'APL qui allaient pousser nos étudiants à la prostitution, voire au suicide...). N'attendons pas de l'Etat, même contre les phénomènes naturels, une protection absolue qui fait de nous des créatures fragiles et craintives. C'est ce que Macron semble penser et je ne peux lui donner tort.