Quel splendide coup de pub que ces vacances à Marseille ! Vous y auriez pensé, vous, à visiter la cité phocéenne au milieu des tas d'ordures et des rafales de kalach ? Autant aller à Romorantin ou à Epinal, c'est moins pittoresque mais plus sûr. Il faut dire que les vacances d'un président de la république le mettent toujours devant un choix délicat. A-t-on assez reproché à Sarkozy les siennes en Nouvelle-Angleterre juste après son élection ! Pour peu on l'aurait qualifié de traître à la patrie. Alors, la France ? Le fort de Brégançon est en principe fait pour ça, mais on est toujours à la merci d'un papparazi à la coule qui vous mitraille, ou pire vous photographie en train de vous changer sur votre rocher. La France périphérique pour faire un coup politique ? Mais franchement, passer 15 jours à Hénin-Beaumont pour faire la nique à Marine, ou à La Souterraine pour caresser les ouvriers dans le sens du poil et jouir des verts bocages de la Creuse ? Le tranche-gueule intégral...Sans compter que ce penchant pour la ruralité aurait fait frémir la population branchée des métropoles. C'est alors que notre président a eu une idée de génie (encore une) et s'est écrié :"Bibi, fais les valises, on prend le PLM ce soir."

Il fallait, en effet, concilier les 2 France qui s'abreuvent de mépris et d'invectives et Marseille était bien la solution idéale. Où trouver ailleurs une diversité qui est pour la France une ardente obligation ? Arméniens, Comoriens, Maghrebins y défendent bec et ongles leurs coutumes et leur pré carré. La jeunesse   bouillonnante d'énergie et de désirs, en attendant que ses "quartiers" deviennent une pépinière de start-up n'hésite pas à brandir la kalach contre qui lui manque de respect ou se met en travers de son petit bizness. Marseille c'est "Plus belle la vie" et les films de Guediguian où les conflits se résolvent à la confusion des méchants et dont les héros sont bons, ouverts et en marche vers un avenir rayonnant. Mais c'est aussi le patrimoine culturel de la France éternelle : la bouillabaisse sur le Vieux port, le bistrot de César, "Tu me fends le coeur!" et "la marine française, elle te dit...", Raimu et Vincent Scotto, peuchère ! Sous la double invocation de Gastounet, le protestant cévenol, et de la Bonne Mère, le président sait une nouvelle fois unir la France derrière lui. Ils y sont donc arrivés incognito comme disent les journaux avec gros titres et photos,et profitent en paix du ciel bleu et du chant des cigales. D'ailleurs qui reconnaîtrait Bibi au milieu des cagoles du lieu et Manu avec son maillot de supporter de l'OM ?