Cracher sur un cadavre n'est pas mon genre, mais enfin je suis suprêmement agacé par la diffusion massive du "Tourbillon", de "J'ai la mémoire qui flanche" ou de séquences de Jules et Jim ou de Ascenseur pour l'échafaud sur les réseaux sociaux. Jeanne Moreau, la grand-mère du cinéma français, est morte et ça m'émeut à peu près autant que si c'était Yolande. Qui pis est je ne l'aimais pas beaucoup et je me permets de reproduire la phrase d'une de mes "amies" Facebook qui résume assez bien mon état d'âme : "Je n'ai jamais pu la supporter, la trouvant à la fois horriblement prétentieuse et épouvantable actrice".Prétentieuse, ô combien. Je ne vois, pour lui damer le pion, qu'Isabelle Huppert avec son air inspiré pour juger de la marche du monde, ou pour exprimer la souffrance de l'artiste et la portée métaphysique de l'oeuvre qu'elle sert. La différence est qu'Huppert est une très grande comédienne et que je ne suis pas près d'oublier la putain de la Porte du paradis, la postière hystérique de la Cérémonie ou sa dernière prestation dans Elle. De Jeanne Moreau, rien, aucun personnage qui m'ait accroché, aucune scène marquante comme, par exemple, la sublime séquence d'ouverture du Mépris  "et mes fesses, tu les aime mes fesses ?" avec sa "rivale", Bardot. Que reste-t-il d'elle ? la chanson d'un film très surestimé de Truffaut. La chanson est joli, on est content de reconnaître le Rezvani des années Lulla qui joue de la guitare, mais la voix de Moreau, plus criarde que sensuelle, ne nous saisit pas aux tripes.

Comment est né le mythe ? je m'interroge. Je peux comprendre l'idolâtrie pour Seyrig, ses airs de grande dame, sa voix grave et sa diction parfaite, pour Bardot qui irradiait la sensualité et l'esprit de liberté de son temps, pour Signoret à cause de Casque d'or, mais Moreau ? Elle n'était pas, comme dit mon amie, "une épouvantable actrice", mais une actrice médiocre qui frôlait parfois le ridicule. On peut se demander si Louis Malle n'est pas à l'origine du mythe. Dans la grande tradition française des couples antagonistes (Corneille/Racine, Anquetil/Poulidor, Delon/Belmondo), il a fait s'affronter dans Viva Maria les "deux grandes actrices françaises, Bardot et Moreau à ses yeux. Le film fut un ratage, aucune des deux n'en sortit grandie, mais elles étaient en haut du podium. Ceux qui ne célèbrent pas l'actrice, célèbrent la Fâmme et des éloges insensés pleuvent sur elles. J'ai entendu je ne sais quel saltimbanque dire : "C'était une insoumise". Elle qui appartenait à presque tous les lobbies du monde de la Culture, elle qui soutenait Hidalgo, la madone des bobos lors des municipales de 2012. Des insoumises comme ça, je t'en foutrai.      Bon, je m'arrête là avant de m'en prendre à son physique et je vais me mettre à la nécro de Bardot, ce ne sera pas dans le même ton.