Son ire n' a pas été vraiment jupitérienne, plutôt une petite colère d'enfant gâté qui veut diriger les jeux et ne supporte pas la mise en question de sa royauté. Non seulement le chef d'état-major des armées lui mettait le nez dans ses contradictions : diminuer les crédits de la Défense quand on clame à tout va qu'on fera tout pour la sécurité des Français, quand on descend les Champs-élysées en command car, fier comme Artaban, pour flatter le militaire, quand on sait très bien que la France, engagée sur de nombreux fronts, manque cruellement de matériel, mais il l'a fait dans un langage de soudard, ce qui a peut-être vexé le plus notre petit coq qui y a vu un mépris du soldat pour le péquin ou de l'aristo pour la roture, voire du chouan pour la République...Bon, on ne guillotinera pas Villiers comme la Convention l'a fait pour de nombreux généraux, on ne l'embastillera pas sur le mode gaullien, on se contente d'une semonce de pion. C'est égal, je serais lui, je lui enverrais ma démission par le travers de la figure.

  Pour Trump il est tout miel et caresses. Il ne s'agit pas là de critiquer une invitation que celui-ci méritait en tant que dirigeant d'un pays qui vint à notre secours il y a un siècle (Rappelons à ce sujet que De Gaulle ne daigna pas se déplacer pour les cérémonies de commémoration du 6 juin en 1964, mesquinerie qui lui fut reprochée à juste titre). Cela dit, avec Trump il faut s'attendre à tout : interrogé par un journaliste sur le sens de sa visite, il répondit qu'il avait lu tous les livres sur...le D day. Non, ce qui est blâmable, ce sont ces sourires affichés, ces poignées de mains viriles,ces tapes dans le dos à faire sauter un dentier, ces épithètes flatteuses dont il a été aussi peu avare que Trump qui voit des dirigeants géniaux dans les moindres dictatures ou trous-du-cul du monde. Tout cela témoigne d'un orgueil fou et en même temps d'une grande naïveté. Faire évoluer Trump, quelle blague ! Il n'est que de voir l'air buté du personnage et de se rappeler son incommensurable vanité qui l'empêchera toujours de reconnaître qu'il a eu tort. Qu'il ne compte pas trop sur une victoire diplomatique concernant l'accord de Paris pour faire oublier ses échecs au niveau européen, Trump sera un trop gros morceau à avaler, et d'ailleurs, cela en vaut-il la peine ? Miser sur un président affaibli par ses compromissions c'est miser sur le mauvais cheval et ça nous amène à douter de la lucidité politique du nôtre.

Abordons le point le plus délicat : Bibi. Essayons de le faire en dû respect à l'âge et au sexe. La peur du dérapage m'étreint, mais il y va de l'image de la France...Au début l'étrangeté de ce couple si peu conforme au modèle courant est bien passée peut-être parce que le mariage entre personnes du même sexe avait ouvert les esprits. Notre esprit égalitaire et plutôt tolérant pour la bagatelle ("après tout, s'ils sont heureux comme ça") semblait accepter que la "différence d'âge" ne fût plus un privilège masculin, les amatrices de gigolos voyaient se lever un avenir radieux, les timides jeunes gens cherchant une maman ne seraient plus moqués, la France, une fois de plus, montrait la voie aux autres pays englués dans la vieille morale en plaçant sur le trône la vieille reine et son jeune époux. Mais les choses se sont vite dégradées et de quelques caricatures dans "Charlie hebdo" on est passé à des commentaires aussi vachards que nombreux sur les réseaux sociaux. Quelques exemples récents : les photos des obsèques de Simone Weil où on voit madame la présidente en robe noire ultra-courte qui découvre des jambes d'échassier qu'elle ne peut croiser sans atteinte à la pudeur, une autre où sa robe blanche la fait ressembler à une infirmière, à côté d'une Melania aussi resplendissante qu'élégante, enfin cette photo qui montre les deux couples à table au "Jules Verne" avec ce dialogue facétieux imaginé par un de mes amis sur Facebook que je me permets de reproduire tant il m'a fait rire :

  Macron " - Papa, maman, je vous présente ma fiancée, Melania.

                 - Félicitations, elle est charmante."

Inutile de dire que les commentaires sont souvent beaucoup plus méchants que les miens. Certains se demandent même si le poste de conseiller-image de Bibi n'est pas instrumenté par un ennemi farouche de Macron. Car il s'agit bien d'image et plus précisément de celle de la France, et ce d'autant plus qu'on a sorti de dessous le boisseau les épouses de président qui auparavant faisaient tranquillement dans leur coin des visites de charité, des inaugurations ou des vernissages. La dame fait penser à ces vieilles femmes qui s'habillent comme des jeunes filles, se maquillent comme des courtisanes et, sur leurs stiletto, courent de façon pathétique sur les traces d'une jeunesse à jamais enfuie, incapables de percevoir les rires ou l'agacement de leur entourage. C'est peu de choses, mais c'est agaçant et cela finira par atteindre l'image de Macron lui-même, toujours flanqué d'une Folle de Chaillot pour ne pas dire pire...Et ça, je ne crois pas qu'il le supporte.