Il dit encore "passages cloutés" pour  "passages protégés".

Il s'étonne qu'il n'y ait plus de "Félix Potin" dans Paris ni de "Dames de France" en province (à ce propos, il abomine l'expression "en région").

S'il exprime un sentiment d'admiration, il n'emploie pas le mot cool mais sensass et il ne faudrait pas beaucoup le pousser pour qu'il dît formid'

Il s'indigne qu'un journaliste qui fait allusion à l'OAS dans un article se croie obligé de préciser de quoi il s'agissait.

Mai 68 lui paraît hier alors qu'un demi-siècle nous en sépare. Un demi-siècle c'est ce qui sépare mai 68 de la fin de la première guerre mondiale...

Il va, vêtu d'un jean et d'un blouson comme il y a 40 ans.

Les rassemblement d'amateurs de 2CV ou de 4L qu'il croise parfois sur les routes à la belle saison lui tirent des larmes.

Faisant fi du politiquement correct il parle encore de colonies et de métropole et déteste l'euphémisme à l'international pour à l'étranger.

Il a fait partie du dernier carré des résistants au téléphone portable jusqu'à ce que France Télécom les réduise par sa politique de la terre brûlée, en détruisant ses cabines téléphoniques.

Au café il peut héler le loufiat en criant "Garçon!" au mépris de l'usage désormais établi qui veut qu'on dise : "Monsieur, s'il vous plaît" et "Bonjour!" quand il est à votre portée.

Des slogans publicitaires des années 50-60 traînent dans sa mémoire :"Etre fraîche, c'est facile. Le rester, c'est Printil", "Un préjugé qui vous coûte cher", "Pour toi, cher ange, Pschitt orange. Pour moi, garçon, Pschitt citron", "Dubo, Dubon, Dubonnet", "A vue de nez, il est 5 heures du soir"...mais aussi "La publicité vous prend pour des cons, la publicité vous rend cons".,.

Et des refrains idiots : "Donne-moi ta main et prends la mienne/ mais oui, mais oui, l'école est finie", "Sacré, sacré,sacré Charlemagne","Capri, c'est fini"...

Il voue un culte à Marynin Monroe et à Brigitte Bardot.

Il déplore la fin des études classiques (oubliant, du reste, peu-à-peu son latin) et émaille ses propos de citations des pages roses.

Il ne comprend pas qu'on puisse encore appeler station-service des postes d'essence où l'on doit se servir seul au risque de se salir, voire de flamber, où il faut aller payer à la boutique au risque de se tremper, où on ne vous nettoie pas le pare-brise (à vous le seau d'eau sale et le chiffon gras) ni ne vous vérifie l'huile ou la pression des pneus comme on le voit faire dans les vieux films américains.

La litanie des noms doubles, voire à particule, des hommes politiques de la IVème, le ravit. Elle fleure bon les vieilles familles de notables enracinées dans leur terroir : Bourgès-Maunoury, Cornut-Gentile, Coudé du Foresto...

Il aime traverser les petites villes de la France périphérique en fermant les yeux sur les zones de chalandise minables qui les encerclent. Dans le centre on trouve encore de vieilles merceries, des magasins qui s'appellent "Mode de Paris", un mail...Mais soudain - ô horreur - un kebab et une agence flambant neuve du "Crédit agricole".

Il évite de ponctuer sa phrase d'un "voilà" tous les quatre mots et abhorre l'expression "pas de souci".

Il a assisté impuissant à la mamanisation de la société. La première fois, il y a fort longtemps, qu'il a entendu un grand adolescent (il proscrit évidemment "ado") dire "ma maman" il a cru à un second degré, mais non. Les mamans sont partout, dans la bouche des adultes les plus rassis, dans celle des politiciens, des pipoles, des journalistes. Tous baignent dans une sorte d'attendrissement niais qui le fait grincer des dents. Bientôt le mot "mère" ne survivra que dans l'expression "nique ta mère".

Il commence à calculer l'âge des disparus dans les avis de décès du "Monde" et ne commence pas un repas sans avaler quelque petite pilule. Bientôt il mettra des bas de contention pour prendre l'avion.