Quel génie politique ! C'est tout bonnement Nico le finaud. La République était devant un problème qui semblait insurmontable et l'ébranlait jusque dans ses fondements : les repas de substitution à la cantine. Fallait-il, campant sur des positions farouchement laïques, au nom de l'unité et de l'indivisibilité, les refuser au risque de déchirer le vivre ensemble proclamé par les meilleurs esprits ? Ou devait-on au contraire les accepter et se voir traité de foie jaune, de remplaciste, de communautariste fieffé ? Le dilemme était cornélien, mais IL est venu et tel le jeune Alexandre a tranché le noeud gordien. La solution était simple, encore fallait-il la trouver : double ration de frites à la place du sauciflard et de la côte de porc haram. Nous nous assurerons ainsi le soutien des premiers intéressés, ceux qui sont au centre du système éducatif, ceux qui depuis leur plus tendre enfance se goinfrent dans les "Macdo" et chez les "Grecs". Trop contents les lascars, ils exigeront même plus de pâté et de jambon pour les petits Gaulois. Les laïcards seront contents aussi : pas de merguez ni de mouton suiffeux qui marqueraient l'emprise de l'Islam. Qui fera la gueule ? Plenel, peut-être, mais il la fait toujours. Ajoutons qu'une telle mesure sera pérenne, au point qu'on pourrait presque la graver dans le marbre de la Constitution : imagine-t-on un ministre de l'Education nationale revenir dessus et proposer à la place quinoa et épinards ? Le flot des manifestants en casquette et capuche aurait vite fait de battre les murs de la rue de Grenelle et de l'emporter dans la tourmente.

Mais Tricky Nicky voit encore plus loin et c'est à son regard d'aigle qu'on reconnaît le grand homme d'état. Dans quelques années les enfants de la génération-frites seront tous devenus obèses. Dans les courses-poursuites avec la police ils n'auront aucune chance. Ils perdront toute agressivité et traîneront dans leurs cités, boudinés dans leur jogging et leur maillot "Qatar airways". Le "péril jeune" aura été conjuré. Allons plus loin. Ces populations allogènes seront peu à peu intégrées par ce symbole gastronomique de notre pays. On les entendra crier "Vive la France et les pommes de terre frites" comme sous la IIIème république et réciter le poème "France, tu m'as nourri de l'huile de ta friteuse", tout cela en brandissant le drapeau tricolore. Ce sont les petites décisions qui font les grandes évolutions et ça le Grand Nicolas l'a compris. "L'identité heureuse" on y arrivera mais par la frite.