La mésaventure arrivée récemment à Bruno Le Maire serait amusante si elle ne dévoilait la mauvaise foi, l'esprit cour-de-récréation et l'ignorance qui nourrissent le débat politique et l'information. Tout est donc parti d'un d'un twitt sur BFM qui prétendait résumer les paroles de l'homme politique à propos du burkini qui fut le grand débat d'idées de l'été : "Nos femmes ont vocation à être visibles, non dissimulées". Il aurait dit "la femme a vocation à garder les enfants" ou "bikini et mini-jupe sont des appels au viol" que la réaction n'aurait pas été pire ! Aussitôt d'obscures ministresses (qui, diable, pourrait dire de quoi sont responsables Rossignol et Lemaire ?) ont dégainé leur pistolet à twitts. La première avec son "nos femmes, nos chevaux, nos gens..." ne manque ni d'esprit ni de fiel : elle rejette Le Maire (en deux mots...) dans le ghetto de la grande bourgeoisie, voire de l'aristocratie (sa femme est noble). On ne discute pas avec ses gens-là toujours prêts à rétablir leurs privilèges : on leur coupe la tête. Pareille aventure est arrivée à ce pauvre Villiers à jamais marqué par son surnom : "le vicomte". On n'est pas étonné de retrouver sur les rangs de ces féministes pures et dures qui hurlent au premier chatouillis, Cécile "parlons de moi" Duflot, et l'hystero-trotskyste Caroline De Haas (je sais, elle n'est probablement pas trotskyste, mais c'est pour ressusciter une vieille injure) qui veut bien que les femmes appartiennent - de gré ou de force - à de jeunes immigrés frustrés, victimes éternelles du colonialisme mais pas à des réacs fieffés comme Le Maire. La plus cultivée, une présentatrice de télé (comme quoi...) rappelle ce vieux toast des cavaliers : "A nos femmes, à nos chevaux et à ceux qui les montent".

Or, patatras, l'enregistrement du discours montre que l'infâme macho avait dit LES et pas NOS, ce qui change tout. Branché sur les réseaux sociaux j'ai attendu vainement de lire les excuses de ces dames qui semblent ignorer que perseverare diabolicum. Les plus lâches se sont contentées d'effacer leur twitt. Le coupable, quant à lui, s'était déjà expliqué, s'évertuant - comme il ne se rappelait pas exactement ce qu'il avait dit - à justifier le "nos", ce qui n'était pas difficile. "Nos", ici, ne marque nullement la possession mais   l'appartenance à un groupe, une communauté, en l'occurrence la France (est-ce cela qui gêne nos femmes de gauche ? Non seulement leur corps est à elles, mais leur âme aussi, libre de toute attache). Il n'y a là aucune notion de possédant (l'homme) et de possédée (la femme). Ajoutons pour dédouaner complètement Le Maire que son "nos" inclut toutes les femmes qui vivent sur le territoire et sous les lois de la France. de toute façon il a dit "les", ce qui nous place sur un plan supérieur, celui de l'universalisme révolutionnaire : aucune femme de par le monde ne devrait être voilée et séquestrée, avis aux Saoudiens, émiratis et tutti quanti...

Le pire dans cette histoire c'est le fonctionnement de l'information. un simple twitt peut en tenir lieu parce qu'il émane d'une chaîne d'info en continu qui a pignon sur rue malgré les vives critiques dont elle a été l'objet lors des attentats. Par paresse les destinataires de l'info ne vérifient pas un résumé en 170 signes d'un discours beaucoup plus long, et réagissent bille en tête. Cette info superconcentrée est du pur foutage de gueule. Comment faire en sorte de ne pas le déformer et d'en donner l'essentiel avec les limites qu'on vous impose ? Résumer est un travail délicat et fait regretter le temps où les agences de presse confiaient parfois la rédaction des dépêches à un écrivain. Nous avons probablement affaire ici à un titulaire d'un Bts "info et communication" peu au fait des nuances entre déterminants qui a brouillé involontairement le message. Entre l'ignorance crasse de notre langue, la fascination pour le vedettariat qu'offre Twitter, l'habitude paresseuse de tout avaler sans vérifier qu'Internet a particulièrement développée et le sectarisme qui fait considérer l'adversaire comme un nuisible qu'il faut éliminer, nous sommes bien partis pour les présidentielles...