Un journaliste du prestigieux quotidien, narrant les bisbilles de la famille Le Pen pour rendre hommage à Jeanne d'Arc, évoque "le directeur de l'hebdomadaire pétainiste Rivarol". Pétainiste ! Quel sens cela peut-il avoir ? Pétain est mort et enterré depuis belle lurette (je signale aux nécrophiles que c'est dans l'île d'Yeu. Le cadavre a déjà été enlevé une fois pour "inhumer au fort de Douaumont la dépouille du vainqueur de Verdun au milieu de ses hommes". Fermez le ban. Alors si le coeur vous en dit...). L'hebdo en question peut bien défendre la famille (un papa, une maman...), la patrie, si ça veut encore dire quelque chose, réclamer à grands cris qu'on mette enfin au boulot les fonctionnaires, ses positions n'ont quasiment rien à voir avec celles "de la période la plus noire de notre histoire" dans une société qui a considérablement évolué en 70 ans. Il réagit aux problèmes de notre temps : immigration, chômage, éducation, alliances étrangères, évolution des moeurs...que le vieux birbe n'aurait même pas pu imaginer. Il est d'extrême-droite, peut-être même fasciste si ce mot a encore un sens, mais pétainiste ? Pourquoi pas boulangiste pendant qu'on y est ! Cette manie si française de vouloir déconsidérer l'adversaire en lui jetant à la figure une filiation supposée avec des hommes ou des partis qui sentent le soufre ! On est bien dans la diabolisation.

On pourrait,certes, s'émerveiller que des journalistes connaissent si bien notre passé, nos racines, notre héritage, encore faudrait-il que l'histoire ne soit pas déformée par ignorance ou volontairement. Si des pétainistes ont écrit dans Rivarol, il servit aussi de refuge à des ultra-collaborationnistes comme Lucien Rebatet qui méprisaient Vichy et ses vieillards tremblants qui tentaient de ménager la chèvre et le chou. Autre qualificatif utilisé contre la Droite pas toujours extrême, c'est le mot "chouan". Pour peu que vous ayez une particule à votre nom comme le Vicomte ou cette sainte femme de Bérengère de la Duchère, vous n'y coupez pas, si j'ose dire. Pareillement si vous avez le malheur d'être né dans les frontières de la Vendée militaire, mais j'ai vu un jour Hervé Mariton ainsi désigné alors que je croyais que son origine pied-noire l'en aurait mis à l'abri. Sottise là encore. Les chouans se sont battus pour trois choses essentiellement : le refus de la conscription, la volonté de garder leurs curés et de ne pas se faire carotter les biens nationaux par les bourgeois républicains. Nous avons maintenant une armée-cadeau Bonux de volontaires, ce sont les Chinois qui rachètent nos terres et il y aura bientôt plus de loups que de curés dans les campagnes. Rien à voir, encore une fois, avec les problèmes ou les mentalités de l'époque. Dans un Ouest devenu rose on n'arbore plus le drapeau blanc et on porte des bonnets rouges. Du reste le terme est presque élogieux : il a un parfum de poudre, d'aventure et de révolte. Et puis les chouans, c'était le peuple qu'il ne faut jamais mépriser. il n'empêche, c'est rageant de voir des gens qui s'indignent qu'on puisse "assigner à une identité" et vous en coller une de façon arbitraire. Vous avez remarqué que mes deux exemples concernaient la Droite. Qui oserait parler pour la Gauche de "partageux" ou d'un "quotidien bolchevik". Normal, alors que la Droite s'englue dans un passé moisi, la Gauche est en marche vers les lendemains qui chantent...