"Ils sont partout", ainsi commence la présentation des deux pages de "débats" (vaguement inégal le débat : un contre trois...) par Nicolas Truong. Kolossale finesse que ne désavouerait pas J-M Le Pen. Au fait qui sont- "ils" ? Un dessin les représente dans une compétition de tir à la corde, opposés à un adversaire dont on ne voit que les mains et les pieds. Ce sont, dans l'ordre, Finkielkraut, Zemmour, Richard Millet et Houellebecq. Je me doute bien que le caricaturiste n'allait pas faire une frise, mais enfin il a choisi et il y en a qui vont se fâcher : quid de Marcel Gauchet qui donne des boutons à Eddy Bellegueule et à son fidèle Achate dont le nom se dévisse ? Pourquoi pas Onfray dont on parlait tant naguère ? Et Renaud Camus, le châtelain gascon, c'est un écrivain pour concierges peut-être ? Je ne voudrais pas faire de l'hyper-critique et pousser trop loin le soupçon, mais enfin je remarque que les capitaines de l'équipe sont juifs. Ces gens-là, c'est bien connu, "tirent les ficelles", d'ailleurs "l'Obs" le laissait discrètement entendre il ya un mois. Du reste Camus et Onfray sont cités plus loin et on leur adjoint Glucksmann qui ne peut plus se défendre et même Michel Déon...(j'ai cru halluciner, à 96 ans l'auteur des Poneys sauvages qui, certes a collaboré un temps à "l'Action française" et a fait partie des "Hussards", n'est plus guère présent dans le débat public et serait tout au plus un paléoréac...). Ah oui, vous l'aviez remarqué vous aussi, pas une femme dans le lot, ni Elisabeth Badinter la farouche républicaine ni Natacha Polony, ni Elisabeth Levy, les bonnes femmes ça n'est même pas fichu de mal penser, ça ne pense pas, point. Ces zigotos seraient donc omniprésents et "saturent l'espace public" : presse, radio, télé, édition, ils contrôlent tout et répandent leur idéologie nauséabonde et haineuse sur la France subjuguée. Que c'est amusant ! Parmi eux deux écrivains ont été pour ainsi dire réduits au silence : Renaud Camus est obligé d'éditer son Journal sur le Net après avoir connu le décri que l'on sait, quant à Millet il a été (mal)proprement chassé de chez Gallimard à la suite de la campagne haineuse menée contre lui par Anastasie Ernaux et a trouvé refuge chez un petit mais courageux éditeur : Pierre-Guillaume de Roux. Enfin, succombant à la pression des attaques qu'il a subies Onfray s'est mis en retrait du débat public.

Contre eux le "Monde" fait donner la fine fleur des VRAIS intellectuels, ceux de gauche, qui font partie de "chers professeurs" comme on disait sous De Gaulle. D'une part Daniel Lindenberg qui ressort opportunément son essai, Le rappel à l'ordre, enquête sur les nouveaux réactionnaires, d'autre part une certaine Gisèle Sapiro, sociologue de l'Ehess. Malheureusement ils sont dans la déploration et le découragement : la société ouverte et égalitaire qu'ils appellent de leurs voeux seraient-elle donc condamnée par un peuple contaminée par des idées malsaines ? "Si on m'avait écouté, dit Lindenberg, si on avait ouvert un débat de fond sur mon livre (génial), tout cela ne serait pas arrivé...". Eh oui, le peuple ingrat n'écoute jamais les prophètes et parfois leur jette des pierres. Alors il ressasse ses vieilles idées : à l'origine de tout ça Chévènement et son républicanisme patriote qui conduit à l'union sacrée de tous les souverainistes gauche et droite confondues (prends ça, Sapir!), le retournement de valeurs comme "Lumières", "nation", "laïcité", "féminisme" (prends ça, Elisabeth!), la tradition du pessimisme et le thème de la décadence en littérature, l'islamophobie née d'une colonisation mal digérée (plus de 50 ans après...). Sa collègue, en bonne sociologue, distingue des catégories et établit un classement : intellectuel (médiatique) qui dit n'importe quoi et chercheur qui sait mais qu'on n'écoute pas (On en trouve beaucoup, notamment chez les sociologues épigones de Bourdieu qui vous démontreront chiffres à l'appui que ce que vous vivez n'est pas vrai : il n'y a pas de violence dans les quartiers ni à l'école, le flot des immigrés se tarit, l'insécurité est un fantasme...). Ces "intellectuels" soufflent sur le feu, passent leur temps à "essentialiser" en brandissant origine et religion, tout ça pour garder une visibilité qui satisfait leur goût du pouvoir. Mais, après avoir dit tout le mal qu'elle en pense, elle s'interroge naïvement "pourquoi suscitent-ils un tel intérêt auprès du public ?". J'aurais bien une réponse, mais satisferait-elle la dame ? J'en doute. Un même découragement les point : le combat semble perdu et l'hydre de la Réaction va continuer à cracher ses flammes sur notre malheureux pays en proie aux pires démons. A moins que ce ne soit une tactique habile : "réveille-toi, peuple de gauche, et proscris ces misérables dont nous avons dressé la liste". Et même, si par hasard quelque tueur fanatique passait par là...