Que cet hommage au livre de Pierre Bayard ne vous effraie pas, vous saurez quoi offrir à l'occasion des fêtes en lisant ce blog. Telle une vulgaire ministre de la culture j'avoue ma faute, mais on peut saisir au vol quelques impressions qui feront une opinion. D'abord une impression générale : les jurys, soit qu'ils aient eu peur de se faire souffler dans les bronches, soit qu'un grand vent purificateur ait dissipé les miasmes putrides d'une littérature de mâles blancs oppresseurs, ont sacrifié à la parité et à la diversité : des femmes, des Maghrébins...Nous sommes entrés dans un monde idéal où il n'est même plus question de la corruption et des coups fourrés pour que le prix soit attribué à sa boutique. Que c'est triste un marronnier qui disparaît !

A tout seigneur tout honneur, voyons d'abord le prix Goncourt. Comme je l'ai dit je n'ai pas lu une ligne de Mathias Enard mais d'autres s'en sont chargés pour moi. Nous avons quand-même un point commun : lui et moi sommes nés à Niort. Ça nous fait une belle jambe, me direz-vous. En tout cas cela fait de lui le deuxième écrivain niortais après Louis de Fontanes, plus connu il est vrai pour son amitié avec Chateaubriand que pour sa poésie. On lui accorde de la culture, voire de l'érudition et une solide connaissance du Moyen-Orient cadre de son roman (il est diplômé d'arabe et de persan). L'érudition ne fait pas forcément un bon roman mais rien ne dit qu'il n'ait pas aussi du style et de l'invention. A offrir à des amis sérieux et fortement diplômés.

D'une académie l'autre, quid du grand prix du roman de l'Académie française ? Le jury aurait dû siéger en Normandie, il n'a pas été fichu de départager deux candidats qui ont obtenu chacun une moitié de récompense. Les mauvaises langues disent que des raisons diplomatiques sont à l'origine de cette cote mal taillée. Cela arrive souvent dans les festival de cinéma et on sait toujours dans ce cas lequel est le meilleur film (se rappeler celui de Cannes où on a osé couronner en même temps Apocalypse now et le médiocre Tambour de Schlöndorff). J'ai bien envie de vous laisser deviner qui est Coppola et qui Schlöndorff, mais enfin une solide réputation précède Hédi Kaddour et on peut craindre que Boualem Sansal n'ait surfé sur un anti-islamisme assez populaire chez ses lecteurs, et puis se mesurer à Orwell peut sembler un peu prétentieux, utopie et contre-utopie sont un genre périlleux.

Le prix Renaudot n'est pas seulement un prix de consolation genre prix de bonne camaraderie, d'illustres auteurs l'ont obtenu. J'ai bien peur que cette année...Il a donc été attribué à Delphine de Vigan, mais une fois qu'on a dit ça...D'abord elle est éditée chez J-C Lattès qui symbolise pour moi une littérature populaire "facile" présentée sous une couverture évoquant celle des livres du défunt "France-Loisirs" (bon, d'accord, nous sommes là dans la subjectivité la plus injuste). Il me semble qu'elle a eu le Goncourt des lycéens. Aïe, aïe, aïe, au jugement littéraire d'adolescents dont beaucoup sont forcés à lire par des profs en veine "d'enseigner autrement"...je préfère tout de même celui des adultes même s'il est un peu faisandé. Ajoutons qu'elle n'a pas fait preuve de beaucoup d'imagination comme le proclame le titre, D'après une histoire vraie. Certes celle-ci n'est plus vraiment une vertu littéraire, puisqu'on se met à exploiter les faits-divers, sans parler - nous y reviendrons - de l'autofiction. Malheureusement c'est ainsi que tous les romans finissent par se ressembler. A offrir sur le quai d'une gare à un voyageur qui a quelques heures à tuer.

J'ai gardé pour la bonne bouche le prix Décembre, last but not least : le lauréat reçoit 30 000€. Excusez du peu ! C'est même plus que les francs-or du vieux Goncourt ! Il faut dire que son mécène a les moyens, il s'agit de Pierre Bergé. Comme il fait partie du jury on est sûr qu' Eric Chevillard ne sera jamais récompensé...Cette année c'est Christine Angot qui l'a eu. Vous savez bien, Christine Angot, on en parle à toutes les rentrées littéraires, ses lecteurs haletants attendent Inceste 2, puis 3 , puis 4...tels des ados accros aux sequels de films hollywoodiens. Après le papa c'est la maman qui tient cette année la vedette. Oncles, tantes et cousins se terrent : si la petite Christine qui était pourtant si gentille allait les coller dans son prochain roman ! Cette modification de la focalisation change-t-il grand chose ? Je vous renvoie à l'excellent blog de Pierre Jourde dans "L'obs". Il se contente de recopier certains passages du livre. C'est vache, légèrement malhonnête mais irrésistible. Soyez rassurés rien n'a changé et vous pourrez toujours l'offrir au tout-venant de vos amis. Autre chose irrésistible : la photo prise lors de la réception du prix. On y voit une Christine Angot qui essaie de sourire à côté de Charles Dantzig qui fait partie du Jury. Il a l'air si coincé qu'on se demande si elle ne lui a pas mis la main aux fesses ou n'a pas proféré quelque grossièreté apprise au côté de Joey Starr. C'est vraiment "Nous ne sommes pas du même monde". Et puis, tiens, puisqu'on parle du loup : il y a quelques années j'aurais été prêt à mourir pour Dantzig à l'époque de l' Encylopédie capricieuse du tout et du rien et maintenant il écrit des romans édifiants pour dénoncer les méchants (les réacs homophobes), trahissant ainsi les idéaux littéraires qu'il proclamait. Espérons qu'il n'aura droit à aucun des petits prix pas encore attribués !