Les médias sont gâtés ces temps derniers : après les inondations dans le Midi, le terrible accident de Puisseguin et ses 43 victimes brûlées vives. Comme souvent ce fait divers a été l'objet d'une exploitation éhontée et d'une information aussi abondante que déficiente. On n'attend plus qu'une loi qu'il inspirerait directement pour nous priver encore de quelques liberté

Concernant l'exploitation politique donnons la palme au député ex-journaliste Noël Mamère qui a manifesté une mauvaise foi crasse et un total manque de vergogne au profit de sa petite boutique en perdition. Il  a été le premier à prétendre sans aucune preuve que ce tournant était particulièrement "accidentogène" (on parle maintenant ce sabir latino-grec), il a accusé les pouvoirs publics de ne rien faire pour les petites routes et de ne soigner que les autoroutes (allez donc redresser les routes du Médoc et autres pays vignobles en expropriant des vignerons pour qui chaque are est précieux !), enfin il a violemment attaqué Macron pour crime de lèse-chemin de fer. Rappelons deux choses à notre fier-à-bras : depuis toujours la grande majorité des excursions de vieillards ou de voyages scolaires se font en car et permettre aux gens de condition modeste d'échapper aux requins de la SNCF et à leurs tarifs hallucinants est faire oeuvre pie.

Oublions ce triste sire, ses mensonges et son ignorance et demandons-nous si les journalistes ont été à la hauteur. Hélas, non. ils ont pressé le citron au maximum (l'info a couru pendant une bonne semaine) au risque de se répéter et de se contredire. Ils ont appliqué leur grand principe : dire n'importe quoi plutôt que rien, interrogé les gens sans vérifier leurs propos, juxtaposé des versions contradictoires au lieu d'en choisir une, dicté leur réponse aux personnes interviewées en les harcelant. On a entendu ou lu que le car avait heurté la remorque , puis ce fut la cabine, et puis non, c'est le camion qui a heurté le car. Le chauffeur a d'abors été présenté comme un lâche quittant le navire puis comme un héros ayant sauvé plusieurs passagers. Le tournant était dangereux, non il ne l'était pas selon les témoignages (il semble que tous les Libournais aient un jour emprunté cette route). On a même frôlé l'information style Gorafi avec la chapelle ardente où, en attente des cercueils, on avait disposé des tonneaux recouverts d'un drap blanc...peut-être les villageois l'ont-ils fait mais je crois qu'il fallait par respect retenir l'info. Évidemment tout baignait dans un pathos qui visait à établir une connivence avec l'auditeur plus désireux qu'on titille sa sensibilité que d'affronter la brutale réalité. On a usé et abusé du mot "tragédie" quand il s'agissait d'un hasard malheureux. A la fin les faits ont été établis mais cela n'intéressait plus personne et les gens n'ont gardé que le souvenir d'un plaisir un peu malsain.

Pourtant il n'est pas question de mépriser le fait divers au profit d'une information "noble" qui serait par exemple la politique étrangère. Il nous apprend beaucoup sur notre environnement et nourrit les sociologues. Dans les années 70 "Libé" a voulu lui donner ses lettres de noblesse et a parfois réussi même en se trompant : son traitement de l'affaire de Bruay-en-Artois a révélé beaucoup de choses sur la mentalité de l'extrême-gauche qui ont fait basculer l'opinion. Ce tragique fait divers aussi nous découvre ce que sont la sociabilité et les loisirs en milieu rural. Les campagnards ont su vaincre leur isolement géographique ou familial (il est plus rare que les générations cohabitent) et hommes et femmes du troisième âge se retrouvent à pratiquer les mêmes loisirs. Ces "anciens" qui ont souvent connu une vie sans vacances se trouvent pris de "manie ambulatoire" (il y a 50 ans les seuls voyages étaient souvent des pélerinages ou des voyages commémoratifs : Lourdes ou Verdun) et les excursions se sont multipliées. Celle-ci était modeste : beaux paysages et bonne bouffe dans une région voisine, mais ils auraient pu tout aussi bien partir 3 ou 4 jours pour Venise ou Amsterdam. On les voit sur les aires d'autoroutes ou débarquant dans de grands hôtels endormis de leurs cars venus du fin fond de la France profonde, faisant chanter leur accent. Ceux-là sont morts et ce n'était ni la faute à Macron ni celle du Destin. Je ne sais si "l'hommage républicain"(sic) aura consolé leurs proches, en tout cas paix à leurs âmes.