Est-ce l'approche des élections régionales (et de celles qui suivront) ou le simple besoin d'affirmer sa présence mais la Sainte Clique fait donner le canon contre les clercs dévoyés qui menacent la pensée correcte ? La polémique fait rage dans ce qu'un journaliste du "Monde" appelle joliment le "bocal intellectuel national" qui contient plus d'agités qu'à l'époque où Céline s'attaquait à Sartre. Le poisson pourrirait-il par la tête se demandent les intellectuels légitimes devant les faux-frères qui entonnent "C'est nous les gars de la Marine" ? Hier c'étaient un Renaud Camus tombé en dépit de son oeuvre littéraire dans le discrédit le plus total ou un Finkelkraut qu'on aurait presque oublié, mais de nouveaux ennemis se lèvent. L'an dernier on dénonçait Christophe Guilluy considéré comme défenseur des petits Blancs simplement parce qu'il faisait son métier de géographe en les définissant et en les situant, puis au début de l'année ce fut le tour d'Emmanuel Todd contempteur de la pensée-"Charlie" dont il démasquait le faux unanimisme, il y a un mois Jacques Sapir dont l'audace allait jusquà imaginer une alliance souverainiste avec le FN, aujourd'hui Michel Onfray. Les quatre intellectuels sus-nommés se prétendent de gauche mais nos maîtres-penseurs ne sont pas dupes et les accusent de "dérive droitière décomplexée" . "Dérive" dit tout :s'écarter du droit chemin tracé par nos saints hommes et de surcroît accomplir ce forfait sans aucun remords, quel crime abominable ! Leur pensée nauséabonde (il y aurait beaucoup à dire sur ce que recèle cette épithète favorite de la Gauche morale qui, elle, doit être en odeur de sainteté) les conduit au "déshonneur" qui frappe immanquablement les traîtres (on croirait relire les condamnations du CNE en 1944-45). La dernière tête de turc (si j'ose dire) en date est donc Onfray. Voyons un peu le cas pendable de cet énergumène.

Le personnage a toujours été dans la provocation et l'excès et il est évident que le catch médiatique ne lui déplaît pas, ses adversaires savent en profiter et c'est bien dommage car ils devraient un peu écouter ce qu'il dit. Traiter B-HL de con n'est pas très subtil mais il lui reprochait ainsi sa calamiteuse campagne libyenne avec toutes ses conséquences et cela méritait examen. La mauvaise foi de ses adversaires est encore plus patente à propos de la photo du petit Aylan : "Oh, le misérable ! Il manque de respect au petit mort, un enfant, comment ose-t-il !". Onfray s'est contenté de rappeler quelques évidences qu'il n'est pas besoin d'être médiologue pour connaître : une photo n'est jamais la réalité mais une fraction de celle-ci, jamais la vérité mais celle du photographe. Une photo peut être maquillée ou détournée et les exemples ne manquent pas de photos mises en scène qui ont ému la planète. Il a aussi rappelé que l'émotion paralysait la pensée et l'auteur d'une Contre-histoire de la philosophie aurait pu ajouter qu'on pense toujours contre. Pour essayer de convaincre ceux qui font de lui un penseur d'extrême-droite il rappelle dans une tribune tous ses engagements "de gauche" : athéisme, opposition à la peine de mort, approbation du libre choix, du mariage gay et du suicide assisté en fin de vie...Mais il est bien conscient que cela ne suffit pas pour faire de lui un homme de gauche car ses positions ne sont pas correctes sur trois sujets tabous : l'accueil des réfugiés qui doit être sans conditions ni limites, l'Islam religion de paix et d'amour qui ne constitue pas une menace et la défense des "petits Blancs" absolument interdite puisqu'elle ne va pas dans le sens de l'Histoire qui est le métissage. En plus ce mauvais drôle se veut "socialiste libertaire" (on frémit rue de Solferino) et il proclame qu'il ne vote jamais au mépris du nécessaire engagement citoyen. C'est peut-être sa plus grave faute avec celle d'avoir écrit un Traité d'athéologie, cela en fait, comme pendant la Révolution en somme, un aristocrate condamné comme tel par tous les robespierristes vouant un culte à l'Etre suprême et voulant émanciper l'humanité toute entière. Islamistes, chrétiens ou progressistes, aucun n'accepte qu'on soit un homme libre.