J'ai été surpris l'autre jour quand un homme que je croyais de bonne extrace m'a demandé des nouvelles de "mon épouse". J'avais cru jusqu'alors que l'emploi de ce mot était typiquement petit bourgeois, manifestation d'un désir de distinction en refusant le mot usuel femme. Peut-être cet homme n'était-il pas ce que je croyais ou bien ma perception de la langue est fausse. Il est vrai qu'à la rigueur cet emploi pourrait être justifié par l'équivoque de femme qui définit à la fois un sexe et un statut social, ce qui n'est pas le cas de mari (il me semble d'ailleurs que époux est moins usité). On pourrait employer conjoint et conjointe mais ils appartiennent aux domaines juridique et administratif, sans compter les mauvais jeux de mots que permet le préfixe. Dans certains cas on emploi homme dans le sens de mari, mais d'une part le mot est presque toujours précédé d'un possessif qui évoque l'intimité et les liens affectifs ("mon homme", "comment va ton homme ?"...), d'autre part il désigne l'homme aimé qui peut être un amant aussi bien qu'un mari (voire dans les romans sentimentaux d'avant 14, le fils que sa mère appelle parfois "son petit homme"). Ce mot, qui a longtemps appartenu au langage populaire (et notamment aux chansons) est maintenant couramment utilisé au second degré. Autre expression du peuple, mais qui n'a pas franchi la barrière de classe, c'est dame pour femme ("Comment va vot' dame ?"). J'imagine qu'il y eut là aussi à l'origine un désir de distinction : le prolétaire a voulu se faire aussi respectable que le bourgeois avec sa dame et ses demoiselles. Restent enfin deux mots ambigus pour désigner un couple : compagne et compagnon. Avec le mariage homosexuel ils sont appelés à être de plus en plus utilisés. Auparavant ils ont été d'abord réservés aux gens à la colle ou autres pacsés mais il est aujourd'hui fréquent qu'un mari ou une femme désigne ainsi son partenaire. Il y a là, me semble-t-il un peu d'hypocrisie et beaucoup de posture : on se marie toute honte bue après avoir dit pis que pendre de cette institution et on essaie de l'oublier et de faire croire qu'on reste des amants, seulement des amants...