Le choc qu' a provoqué l'image d'un jeune Français "de souche" égorgeant un homme sans défense au nom d'Allah a été tel qu'on a parfois frôlé l'islamophobie en essayant d'expliquer la dérive de Maxime Hauchard. Certains s'étonnent qu'il ait pu se mettre au service de l'EI et perpétrer un tel crime sans être de culture musulmane ni issu d'un quartier sensible. Autrement dit : si vous êtes arabe et pauvre, engagez-vous, rengagez-vous dans l'armée du Califat...

Il est vrai que le rapport de la Commission contre les dérives sectaires souligne que la plupart des jeunes Français candidats au jihad viennent de département très urbains et souvent pauvres et que les départements ruraux sont épargnés. A bien des égards l'Eure en est un mais Bosc-Roger est une sorte de banlieue pavillonnaire, proche d'Elbeuf, ville de longue tradition prolétaire où les ouvriers cauchois déracinés des industries textiles ont été remplacés par de immigrés frappés par la crise de l'automobile. C'est dans cette ville que le jeune Maxime est allé au lycée où il a fréquenté leurs enfants et non celles de fermiers normands avec du foin dans leurs bottes. Du reste la pathétique déclaration du maire : "Basket, karaté, danse, judo, skate, je ne pense pas que la jeunesse soit désoeuvrée à Bosc-Roger" montre bien qu'il se place dans la perspective de maires de villes à "quartiers" où on essaie de traiter les débordements d'une jeunesse impatiente et frustrée par le sport et uniquement par le sport. Ajoutons que comme pour beaucoup de ses camarades ses études "sans anicroches" ne lui ont pas procuré autre chose qu'un petit boulot dans une pizzeria qu'on espère hallal...Il a pu rêver d'autre chose.Mais on ne voit pas pourquoi son background familial - il serait plus honnête de dire son appartenance ethnique - aurait pu être un obstacle à son engagement. Des musulmans, bien rares il est vrai, deviennent chrétiens dans des pays arabes ou des Français se font bouddhistes. On dénie à ces convertis une culture islamique comme si une tradition familiale ou ethnique la donnait. La culture religieuse d'un musulman lambda n'est guère plus riche que celle d'un chrétien : quelques préceptes moraux, quelques rites et 2 ou 3 formules. On n'est pas un plus mauvais musulman qu'un autre en acquérant cela et l'engagement des djihadistes n'est pas inversement proportionnel à leur foi comme le prétendent certains. De plus un converti, parce qu'il a fait lui-même son choix, parce que sa conversion est souvent due à des liens d'amitié avec celui ou celle qui l'a convaincu et s'enracine dans l'affectif, parce qu' on d'adonne avec plus de passion à ce qui est nouveau, pratique sa religion avec beaucoup plus de zèle que ceux qui sont nés dedans.

On a évoqué aussi à juste titre l'utilisation habile d'Internet pour conquérir une rêveuse jeunesse que les jeux video ont habituée à la violence. Rappelez-vous le terrifiant Benny's video de Haneke. Cela peut explique la cruauté et la barbarie de l'égorgement, mais on ne doit pas exclure d'autres hypothèses : des menaces de mort s'il n'accomplissait pas l'acte, un conditionnement physique et mental paralysant complètement sa raison. Reste un point, probablement le plus important, qui n'a pas été abordé, ou plutôt si, de façon indirecte, par Ariane Mnouchkine dans le journal de France-cu. Parlant des 375 jeunes Français qui font le jihad, elle dit "Ce sont 375 sadiques" et ne pense pas qu'il y ait quoi que ce soit à ajouter. Le Sexe, oui, qu'on occulte fâcheusement pour expliquer les débordements d'une jeunesse déboussolée qui ne fait plus ni l'amour ni la Révolution. La propagande de Daesh sur Internet, c'est un peu celle des troupes coloniales autrefois : argent, congaïs et domination brutale de l'indigène dans un paysage exotique. On ne met pas les houris en avant mais les scènes de meurtre ont de quoi titiller des jeunes qui peuvent avoir des problèmes avec leur virilité (rappelez-vous le mariage vite rompu de Merah). Quel aimable substitut que ce couteau qui pénètre dans une chair tendre, ce sang qui jaillit...D'ailleurs ce sadisme, comme il se doit, est lié au masochisme, physique avec les rigueurs de l'entraînement mais surtout moral : il y a dans cet engagement un relent de culpabilité coloniale, un dolorisme d'oppresseur repenti. Faites moi mal, que j'expie jusqu'à devenir un monstre qui fera horreur à ses semblables. Non, Maxime Hauchard n'est pas une bête sauvage: il est humain, trop humain...