La profondeur des décolletés du personnel d'un ministère (personnel féminin seulement, le dépoitraillé à la BHL semble permis aux mâles) peut sembler pure bagatelle bien qu'il ait fait les choux gras de la presse en ligne cette semaine. Ce n'en est peut-être pas une. Passons sur les affirmations, démentis, déclarations en off et autres caméras cachées, peu importe en définitive qu'il y ait eu ou non une circulaire sur ce grave sujet, l'essentiel était de se livrer de nouveau au Ségolène bashing. Il est probable que le personnel du ministère n'a pas supporté l'autoritarisme indéniable de sa ministre et qu' un petit malin en a donné une interprétation plus symbolique que réelle avec cette histoire de soutien-gorge. Fille d'officier, de famille traditionaliste et très marquée par son éducation qu'elle n'a rejetée que partiellement en s'engageant à gauche, la ministre apparaît souvent comme une sorte d'adjudant Scrogneugneu, une Christine Boutin de gauche ayant horreur de toute déviance, ce qui inclurait même le plaisir sexuel. Ségolène, c'est la rigidité du devoir opposée à la mollesse du plaisir, la loi contre l'anarchie des sens, la Mère-la-pudeur qui s'oppose à une société hédoniste, une austère qui veut à la fois punir les femelles aguicheuses et les mâles voyeurs. C'est aussi une dinde, une cruche, une ambitieuse effrénée...j'en passe et des meilleures. On se croyait débarrassé d'elle et voici que cette comtesse d'Escarbagnas débarque du fin fond de sa province où elle était en exil pour réintégrer la Cour ! Sa province, justement. Rappelons-nous comment les médias étaient tombés sur le râble de la poitevine Edith Cresson, notre première femme premier ministre. On pourrait dresser une longue liste de femmes politiques sur lesquels ils se sont acharnées : de Dominique Voynet à Christine Boutin, de Cécile Duflot à NKM, de Taubira à Morano. S'il est difficile de traiter de dinde une polytechnicienne, on lui reproche sa classe d'origine ou son ambition qui est une vertu chez l'homme et un péché chez la femme, voire son physique en restant discret. Il y a moins de têtes de turc chez les politiciens car il s'agit bien là de délégitimer les femmes, de leur interdire la politique, en même temps qu'on fait un éloge vibrant de la parité, et pour ça l'arme du ridicule est imparable.

Il semble qu'il y ait aussi pour le conseiller de Hollande un processus de disqualification sur des bases différentes. Les journaux ont moins insisté sur ce qui était le plus grave, le conflit d'intérêt, que sur les 30 paires de chaussures. Est-ce pour ne pas parler de corde dans la maison d'un pendu avec un nouveau  secrétaire du PS et un secrétaire d'état compromis autrefois dans l'affaire de la MGEN ? Non, il s'agissait avant tout de souligner le caractère de parvenu de Morelle. Ces 30 paires évoquent les 3000 paires d'Imelda Marcos, petite chanteuse parvenue en son temps au sommet du pouvoir. Un fils de modeste immigré espagnol (nous leur avons donné un roi, ils nous envoient leurs fils - ou filles) a fait de brillantes études et obtenu ainsi argent et pouvoir, mais il n'a pas les codes, montre par ses excès qu'il n'entrera jamais dans le monde auquel il aspire. Il apparaît comme vulgaire, mais aussi traître à sa classe en employant un cireur : le mot évoque les Noirs misérables du Sud ou les gosses du Tiers-monde frappant leur boîte de leur brosse pour attirer votre attention et réveiller votre générosité. En plus il utilise pour faire reluire ses godasses les salons de la République, cela a un petit côté "Maintenant c'est nous qu'on est les princes !". A la différence de Ségolène c'est lui qui fait son malheur mais le fond est le même : le pouvoir est réservé à certains. Ni bonnes femmes, ni gueux...