g14_001Excellente expo qui, comme son titre l'indique, nous fait grâce des marronniers sur la guerre 14 : les tranchées, l'enfer de Verdun, les mutinés de 17 ou l' offensives de Nivelle. Elle porte sur ce mois, entre l'assassinat de François-Ferdinand à Sarajevo et les déclarations de guerre, où tout était en suspens, où presque tous les souverains et chefs de gouvernement ont essayé de négocier jusqu'au bout pour sauver la paix, entretenant l'espoir dans les populations. Cette guerre est replacée dans son contexte avec de nombreux documents sur la mondialisation de l'économie, le développement des transports internationaux, les courants politiques, les guerres balkaniques..., documents qui se développent autour d'un axe chronologique, juillet 1914. La première salle consacrée à l' immédiat avant-guerre est une des plus touchantes, donnant à voir ce qu'on perdait. L'été 14 fut un "bel été" : bourgeois en villégiature, trains de plaisir pour les pauvres, moissons faites et qu'on devine abondantes(un tableau un peu pompier représente une batteuse dans une campagne qui commence à se mécaniser), la France fête le 700ème anniversaire de Bouvines, bataille creuset du sentiment national, et la revue du 14 juillet connaît un plein succès, Guillaume II est en croisière et aristocrates et grands bourgeois en Suisse ou sur la Riviera. Une citation de Zweig rappelle combien cet été fut chaud et lumineux (beaucoup de panneaux sur les écrivains européens, notamment ceux qui ont combattu. Tolkien, vous saviez ?). Dans son roman Le roi des Deux-Siciles, le polonais Kusniewicz évoque admirablement cet été brûlant sur la plaine hongroise, la poussière, les feuilles des arbres qui jaunissent, la relative fraîcheur des nuits étoilées. Il témoigne surtout de l'effondrement d'un monde que la double monarchie représentait mieux que tout autre pays. Son héros, jeune officier esthète et incestueux, appartient à cette classe élégante et cosmopolite qui partage avec une bourgeoisie intellectuelle souvent juive la passion des arts et de la littérature, le monde de La montagne magique et de Madame Solario dont les survivants entretiendront la nostalgie. La diversité de ses peuples rendait cet empire fragile, la guerre, Wilson et Clemenceau auront raison de lui et le démembreront, ce qui était peut-être une sottise. Beaucoup de documents aussi sur le courant antimilitariste qui s'incarnait moins en Jaurès qu'en Gustave Hervé. Beaucoup plus violent, il tournera casaque au nom de la défense nationale en 14 et tombera dans les pires excès du patriotardisme. A l'opposé l'esprit guerrier était entretenu chez les adolescents par les romans de Danrit (pseudonyme d'un officier) qui avait le sens de l'anticipation : il imagine une invasion de l'Europe par les Noirs et les Arabes unis sous la bannière de l'Islam...Comme il s'agit de l'été 14, sur la guerre elle-même pas grand chose sauf les morts : la journée la plus meurtrière pour l'armée française ne fut pas sous Verdun ni sur la Somme, mais le 22/08/1914 où moururent 27 000 soldats. Un mur a été tapissé de ces fiches des" morts pour la France" que l'armée adressait aux familles. J'avais déjà vu sur le site du ministère celles d'un grand-oncle et d'un cousin de mon grand-père qui fut lui-même blessé. La guerre a frappé dans les campagnes. On trouve à la librairie récits et des romans sur la guerre, malheureusement pas Le roi des Deux-Siciles qui est en plein dans le sujet. Les écrivains-combattants sont nombreux mais l'impitoyable Norton Cru ne recommandait guère que Genevoix et Galtier-Boissière. Ajoutons Gabriel Chevallier et Verdun dans Les hommes de bonne volonté, l'unanimisme de Jules Romains permettant de multiplier les points de vue sur l'évènement.