En ce temps là il y eut le Rival flamboyant, le preux chevalier qui passait au fil de son épée aussi bien trempée que Durandal tout ce qui portait jupon, l'ogre qui se bourrait de nourriture et bourrait pucelles et femmes mûres, l'insatiable Minotaure auquel 7 vierges n'auraient pas suffi. Sa puissance et son aura sexuelles nous fascinaient, c'était une sorte de demi-dieu. Or, justement, ceux-ci peuvent être des personnages de tragédie et elle eut bien lieu et ne nous déçut pas. Le Destin pesait sur lui et on aurait pu dire, parodiant Racine : "C'est Priape tout entier à sa proie attaché". Il défia l'Amérique puritaine et féministe jusqu'à ce qu'il rencontre l'instrument de la Fatalité : une chambrière athlétique beaucoup moins belle que tant de femmes qu'il avait eues. La Chute fut à la mesure du personnage : humiliation planétaire d'un des Puissants du Monde, mise en jeu de sommes colossales pour tenter de le sauver, héroïsme sacrificiel de l'épouse bafouée qui lutta à ses côtés. Rien n'y fit, il finit par tout perdre : femme, pouvoir, argent et c'est un homme diminué (qu'on m'entende bien) qui survit.

Maintenant c'est ça : une histoire de tromperie et de "liaison", de rivales et de cocues. De la tragédie on est passé à la pantalonnade teintée de mélodrame. Pépère ne reçoit pas sa "connaissance" à l'Elysée comme le regretté Félix Faure ou ne se fait pas faire une gâterie en contemplant une tapisserie des Gobelins, il choisit la clandestinité (il eût été résistant, à n'en pas douter). Et là on est en plein roman rose. Trompant la surveillance de ses gardes, il quitte en tapinois son palais et enfourche son destrier pour gagner le petit nid où ils abritent leur amour. Mais plutôt qu'un banal casque de moto, que n'a-t-il choisi pour se cacher un masque de François Hollande, c'eût été vertigineux et il se serait fondu dans la normalité. Quand on connaît son goût pour la blague on l'imagine sonnant à la porte du studio, prenant un accent arabe et disant :" Madame, tu as commandé une pizza pour 12 ?". Morte de rire la Julie ! En plus l'appartement serait loué par une sorte de bandit corse récemment condamné, son "Dodo la saumure" à lui. Des mauvais esprits le verraient presque dire à ce folklorique et complaisant personnage, devant un Casanis :"J'en parlerai à Christiane" alors qu'il se cacherait plutôt dans un placard par crainte du chantage. Heureusement la presque-épouse trompée, la femme bafouée et humiliée par ses pairs, a introduit un peu de mélo dans la caleçonnade avec son hospitalisation "pour examens et par besoin de repos", qu'on comprenne ce qu'on pourra. Ce désespoir de Mimi Pinson paraît mièvre et à la mesure de sa médiocrité mais pourrait se corser (si j'ose dire) et il y en a qui doivent guetter le compte twitter de la dame qu'on ne peut quand-même pas embastiller. Le scandale éclabousse jusqu'à la mère des quatre enfants. Ce serait-elle qui aurait présenté à son ex-compagnon sa nouvelle maîtresse. Jeanne d'Arc ou la Madonne, tu parles ! La marquise de Merteuil, oui ! Toujours se méfier des femmes à qui on donnerait le bon dieu sans confession. Et se méfier aussi des faux anticonformistes qui n'épousent pas mais engrossent à la chaîne et sont assez tordus pour pratique l'adultère à la papa.