Deuxième de couverture, une pub pour Bréguet, quatrième de couverture une autre pour Cartier. Nous sommes dans "M", le magazine de l'élite et les Fêtes approchent. Au milieu de tout ce luxe sur papier glacé quelques articles dont un portrait de Robert Ménard par un courageux journaliste qui n'hésite pas à attaquer l'incarnation de la nouvelle pensée unique qu'il diffuse à l'aide de son puissant réseau : Boulevard Voltaire.

L'individu est débusqué sur un marché de Béziers où il mène campagne pour le FN. D'emblée nous sommes édifiés sur le bonhomme qui pousse le cynisme jusqu'à laisser parler complaisamment un marchand arabe qui tient sur les immigrés des propos de Dupont-Lajoie. La suite est bien pire et a de quoi faire frémir tout citoyen attaché aux valeurs de la République. Ce journaliste est un obsédé de la liberté d'expression qui, pour lui, ne se partage pas et il serait prêt à mourir pour que chacun puisse défendre une opinion différente de la sienne. Je vous demande un peu, si les journalistes se mettent à penser ainsi, ça tuera le métier et ça sera une belle cacophonie ! Une personne interviewée déclare que c'est là un véritable credo pour Ménard. La métaphore dit tout, nous sommes dans le domaine du religieux, de l'irrationnel : cet homme ne réfléchit pas, c'est à peine s'il pense. Un journaliste devrait savoir combien la liberté d'expression poussée à l'extrême est dangereuse. Elle permet de donner la parole à ce salaud qu'est votre adversaire, elle fait la part belle à l'instinct, aux réactions à chaud, aux analyses au ras des pâquerettes qui ne tiennent compte que des faits. Elle conduit surtout aux pires dérives : d'abord des propos nauséabonds, puis on brandit des bananes sous le nez d'un ministre ou on orne d'une moustache ou d'attributs virils les affiches de notre bien-aimé président. Monsieur Ménard a-t-il oublié le rôle éducatif du journaliste, ce relais de l'idéologie officielle qui doit transmettre au peuple un certain nombre de valeurs : antiracisme, anticolonialisme, mariage universel, métissage...? Ce sont eux les digues qui empêchent qu'on franchisse les fameuses lignes rouges. S'il constate qu'il y a des tensions raciales dans les "quartiers" ou une forte immigration clandestine, c'est son devoir de citoyen de le taire. Monsieur Ménard, lui, est un mauvais Français : il bée d'admiration devant le 1er amendement de la Constitution américaine, celui qui déclare la liberté d'expression absolue. Comme si ces sauvages avec leurs colts et leurs hamburgers pouvaient donner des leçons à la France éternelle ! Il prétend que la censure ne  s'exercerait au sein de celle-ci que contre l'extrême-droite. Pur délire ! A-t-on jamais vu dans ce pays des journalistes refuser d'interviewer le leader d'un parti qui fait entre 15 et 20% sous prétexte qu'il est fasciste ? Imagine-t-on qu'une campagne de presse puisse interdire d'écrire à des écrivains qui pensent mal ? A-t-on jamais dissimulé une nouvelle qui n'entrait pas dans les schémas établis ? Mais le plus abject chez cet individu c'est l'esprit de trahison. Voilà quelqu'un qui a milité dans des partis de gauche, voire d'extrême-gauche, qui a fait oeuvre pie en fondant une ONG (pour la liberté de la presse, il est vrai), et il se retrouve à l'extrême-droite. Par quel mystère ? Le journaliste nous propose une explication en forme d'assignation à l'origine : c'est un fils de pied-noir ayant dû fuir l'Algérie, il ne pouvait donc finir que fasciste et antimusulman. D'ailleurs il a la traîtrise dans le sang : son père est passé du PC à l'OAS au moment de l'indépendance. Que monsieur Ménard s'estime heureux, il fut un temps où on fusillait les traîtres, maintenant on se contente de les traîner dans la boue.