La mère Denis : sa trogne vermeille tannée par les grands vents du Cotentin et comme flambée par le calva, son fameux "c'est ben vrai ça", son air matois de paysanne qui voit venir les gens de la ville : le mariage réussie de la publicité et de la France profonde telle qu'elle n'existe plus. Elle évoque les draps blanchis sur le pré et cette profession disparue : les laveuses. Mon village comme tous possédait un lavoir municipal construit à la fin du siècle précédent. Dans les années 50 des femmes s'y retrouvaient, peu avaient des machines à laver et elles préféraient à la belle saison cet endroit ça à leur lessiveuse  parce qu'elles pouvaient y cancaner, un "espace de sociabilité" comme on dit maintenant. Parmi elles quelques professionnelles, souvent des veuves, qui faisaient ce dur métier, agenouillées, les mains dans l'eau froide toute la journée, les bras fatigués par les coups de battoir. Toutes disparurent vers 1960, comme à Plodémet les machines à laver étaient arrivées dans presque tous les foyers...Pendant quelque temps certains allaient encore l'été puiser de l'eau fraîche à la fontaine du lavoir. Il est maintenant tout propre avec quelques agenouilloirs et quelques battoirs et une plaque le signale aux touristes.

Madame Soleil a eu la chance d'épouser un monsieur Soleil dont le nom lui a donné en quelque sorte un diplôme d'astrologie. en plus elle s'appelait Germaine comme la regrettée madame Coty dont elle avait un peu le physique. Si Pompidou fit un peu pour sa popularité  en la citant dans une conférence de presse, celle-ci vint surtout de sa manière familière de présenter l'horoscope sur Europe1, de son aspect femme-d'à-côté qui donnait confiance et que soulignait la presse que l'on n' appelait pas encore "people".J'ai fait allusion à deux présidents, c'est l'occasion de rappeler la fascination d'un troisième pour l'astrologie, François Mitterrand et ses liens avec Elizabeth Teissier. Il paraît d'ailleurs que de nombreux politiciens courent les voyantes et les astrologues, ce qui m'a toujours paru désuet et "Quatrième république".

"L'homme des voeux Bartissol" a aussi été lancé par une station de radio. Il parcourait la France des sous-préfectures un peu comme Lucien Jeunesse (autre cher "disparu") en posant à un passant choisi au hasard une énigme. Si l'homme avait sur lui une ou des capsules de Bartissol, il gagnait quelque argent (rien à voir avec les gains faramineux des jeux télévisés). il n'a pas dû ruiner la maison Bartissol, qui aurait l'idée de se balader avec des bouchons d'apéro dans la poche ? Pourtant il semble bien qu'on ne trouve plus ce vin cuit ni peut-être le Byrrh sauf à l'état de traces sur le mur aveugle de vieilles maisons, ni le mandarin-curaçao cher aux coloniaux, ni "L'ambassadeur", autre vin cuit dont le slogan était : "L'Ambassadeur, quelle excellence !" et qui montrait sur son étiquette un diplomate en habit de cour du XVIIIème siècle. C'était un apéritif "pour les dames", les hommes eux buvaient du pernod. Le whisky n'était pas encore arrivé dans nos campagnes.