Une nouvelle fois l'hydre fasciste relève la tête et son souffle haineux se répand sur notre démocratie : c'est à peu près comme cela que les bons esprits commentent la victoire du FN dans le Var. Or il s'agit d'une élection cantonale partielle : il y a des milliers de cantons en France et Brignoles ne représente que lui-même. Au surplus la démocratie se défend très bien avec le scrutin majoritaire qui ne l'est guère, démocratique. Pour " concourir à l'expression du suffrage universel" certains partis sont plus égaux que d'autres. Le seul moment où le FN ait eu des députés, c'était sous Mitterrand qui avait changé les règles pour des raisons purement électoralistes. Mais, me dira-t-on, son audience et ses résultats sont en net progrès et il pourrait remporter des triangulaires. Fort bien, mais, chose terrible à dire, je ne serais pas choqué qu'un parti dans lequel se reconnaît presque un cinquième de notre peuple ait des représentants. A quoi on me répondra qu'ils n'en sont pas dignes. Oh ! pas si nettement, on prend des détours. Ainsi son électorat est-il qualifié de white trash, l'usage d'une langue étrangère voile le mépris. Ce que les politologues et autres journalistes n'osent pas dire car eux ne sont pas racistes, n'est-ce pas, c'est que ces gueux sont laids, gros, bêtes, méchants, ils habitent des lotissements minables dans des villes improbables et sinistres, ils se terrent dans leurs jardinets armés d'un fusil pour tirer sur les djeunes à casquette, ils lisent "Aujourd'hui" et se gavent de télé, postillonnent du ricard quand ils font leur tiercé au pmu et leur seul sport est de sortir leur berger allemand deux fois par jour. A cette plèbe s'opposent les nouveaux aristocrates cultivés, ouverts, fraternels, qui ont, eux, les bonnes réponses aux "bonnes questions" que pose le FN, qui prennent de la hauteur pour traiter des problèmes de société (pour les "rampants" c'est la boue dans laquelle ils pataugent), qui savent que le métissage et la jeunesse des quartiers bourrée de talents sont l'avenir de notre société (ou plutôt ils croient le savoir, par paresse intellectuelle ils répètent ces slogans sans les avoir jamais passés au crible de la critique). Nous ne sommes plus dans une opposition de classes mais de cultures ou plutôt il y a toujours une classe dominante, des exploités et un lumpen mais sur des critères culturels et non plus économiques. Pourtant ces gens, ce ramassis d'ouvriers menacés par le chômage, de petits employés, de fournisseurs de services, de commerçants vivotant, il va bien falloir les gagner car ils ne sont pas encore condamnés à disparaitre. Et on ne le fera pas en parlant du danger fasciste. Toute ma vie j'ai entendu cette antienne et ce que je voyais c'était Budapest en 56 ou Prague en 68. Le fascisme français a connu ses derniers soubresauts à Sigmaringen en 1945. Que dire des slogans débiles comme F comme fasciste N comme nazi, comme si c'était la même chose, ou Fhaine comme si elle n'était pas la chose du monde la mieux partagée...Il va bien falloir discuter du programme de ce parti. Si la sortie de l'euro peut être facilement démolie (mais y croient-ils eux-mêmes ?), si le financement de mesures coûteuses pour affirmer la présence de l'Etat n'est pas précisé, il faudra bien aborder aussi les questions de société sans anathème. Par exemple celle de la souveraineté nationale et des droits politiques des immigrés. Depuis l'Antiquité et dans de nombreux pays nationaux et étrangers ne bénéficient pas des mêmes. Cela doit-il aller jusqu'à la "préférence nationale" et dans quelles limites. De même, au lieu de reprocher à l'électorat du FN son rejet des coutumes ou de la culture des nouveaux arrivants devra-t-on réfléchir à ce que signifient des "valeurs communes". Après tout il n'est pas infamant de résister et de défendre ses propres valeurs plutôt que le gloubiglouba d'une culture mondialisée. Et qu'on ne crie pas à la lepénisation des esprits, c'est la réflexion et non l'injure et le prêchi-prêcha qui permettra aux adversaires de ce parti de le vaincre.