Lors d'un conseil des ministres sous De Gaulle deux ministres qui se détestaient commencèrent à s'invectiver en grec et c'est dans cette langue que le Général les ramena à la raison. Imagine-t-on une scène semblable actuellement ? Pas même en latin...Valls et Duflot n'échangeront pas des insultes homériques que seul Fabius comprendrait. Cinquante ans avant, qu'ils aient été élevés chez les Pères ou dans les lycées de la République, les serviteurs de l'Etat étaient pétris de culture humaniste et de rhétorique classique. Les temps ont bien changé comme l'exemple des présidents de la Vème qui se sont succédé le prouve. Avec Pompidou, agrégé de lettres, normalien, auteur d'une anthologie de la poésie française, capable de citer Eluard lors d'une conférence de presse (et qu'on ne m'objecte pas Taubira qui nous accable de citations de poètes régionalistes à l'exclusion de tout autre) nous avions encore à faire à un homme cultivé et cette culture toute classique n'excluait pas un vif intérêt pour l'art moderne. La glissade vers le bas a commencé avec Giscard. On entrait dans les générations d'après-guerre où Polytechnique et l'ENA avaient plus de prestige que Normale. Son soi-disant goût pour Maupassant m'a toujours paru une coquetterie de classe (un grand bourgeois doit forcément manifester son intérêt pour les arts et les lettres, ce qui lui donne sa légitimité), quant à ses romans ils sont atrocement mauvais, mais au moins il a essayé...Mitterrand serait comme un dernier sursaut de la culture dans le monde politique. Plus vieux que son prédécesseur il appartient aussi à ces générations que les Pères ont nourries de latin et de grec, il était avocat à une époque où ceux-ci avaient encore le goût et la connaissance de la langue, enfin il manifestait un véritable amour de la littérature, assez traditionnel au demeurant, qui l'amenait à fréquenter des écrivains de haute volée (Jünger pour mémoire). La décadence a repris avec Chirac, énarque évidemment, proclamant bien haut son amour des arts premiers et de la civilisation japonaise, mais celle-ci se réduisait à peu près au sumo et ceux-là conviennent parfaitement à qui aborde l'art de façon instinctuelle (je pense qu'il était sérieux quand il affirmait préférer la musique militaire aux autres), pas à celui qui le fait à travers le filtre de siècles de culture. Avec les deux derniers la décadence devint dégringolade. Sarkozy nourri de télé, imprégné de vulgarité (par démagogie peut-être, mais c'était devenu son être même), ne connaissait de littérature que les romans que ses professeurs l'avaient obligé à lire au lycée. Hollande comme tous ses petits copains de la promotion Voltaire ne lit que des rapports, de temps en temps un livre d'actualité politique pondu par un journaliste du sérail, et quand il s'emmerde à Brégançon une biographie qu'il ne finit jamais. Inutile de préciser qu'il n'a jamais abordé l'oeuvre du parrain de sa promo, dommage il aurait pu y trouver de saines leçons.

Tout cela est-il si grave ? A-t-on besoin de gens cultivés à la tête du pays ? Ne faut-il pas plutôt des économistes, des experts en politique et en sociologie ? Et puis la culture a changé il faut suivre le mouvement...Non, non et non ! Cette culture humaniste permettait de voir les choses de haut et évitait qu'on pratique à la petite semaine une politique de boutiquier frileux. Elle donnait une claire conception de la France, voire de l'Europe, et du destin qu'on espérait pour elle. Relire Balzac ou Zola  apprenait plus sur notre société que les ouvrages de tâcherons myopes. Elle apprenait aussi à gouverner les hommes et non à se soumettre aux masses et aux sondages. Elle formait en définitive des grands hommes et non des techniciens couleur de muraille.